J’ai un problème.

Depuis bien des années, je dis aux lecteurs d’acheter des obligations chinoises pour la partie défensive leur portefeuille et de financer ces achats par des ventes des obligations françaises ou de la zone euro qu’ils pourraient encore détenir.

En termes simples, je leur disais de remplacer les obligations de la zone euro par des obligations chinoises.

Cela a été une très bonne idée, comme le montre mon premier graphique :

 

 

Je fais 46% de mieux depuis 2014, la plus grande partie de cette sur-performance se produisant à partir de 2020.

Mais la détention des obligations chinoises commence à poser des problèmes pour ceux qui les détiennent, et je dois évoquer cette réalité.

Je vais donc commencer par les raisons qui pourraient amener un lecteur parfaitement rationnel à vendre ces positions :

  1. La Chine va perdre le marché américain et va devoir dévaluer pour préserver ses emplois. Cette idée est fausse. La Chine n’a plus besoin de préserver ses emplois puisque depuis quelques années, les entrées nouvelles sur le marché du travail baissent.

  2. Plus sérieusement, après le déclenchement de la guerre Russie-Ukraine, nous avons constaté que ceux qui avaient des obligations russes en Occident ont été incapables de les vendre. Ils se retrouvent donc aujourd’hui avec des positions complétement illiquides, qui pèsent lourdement sur la valeur de leurs portefeuilles puisque ces obligations sont valorisées à zéro.

  3. Et donc, si la Chine venait à envahir Taiwan (ce que je crois être militairement et politiquement très difficile, voire impossible), les obligations chinoises ne pourront plus être vendues ou achetées. Dans ce cas de figure, les gérants vont se retrouver avec des actifs illiquides, ce qui pourrait les forcer à fermer tous leurs fonds à tout remboursement et à toute nouvelle suscription. Et donc, ces gérants vendent avant que d’en être empêchés … et par conséquent, les sorties de capitaux de Chine depuis quelques mois ont été monstrueuses, ce qui a entrainé une certaine baisse de la monnaie chinoise.

  4. Ensuite, lors du dernier Congrès du Parti, Xi, s’est littéralement arrogé tous les pouvoirs. Aucune des factions qui représentaient des sensibilités différentes à l’intérieure du Parti n’est représentée dans les organes dirigeants. Le voilà seul aux commandes pour un grand moment et je me retrouve en face d’un pouvoir politique autoritaire, si ce n’est totalitaire. Et si cet homme décidait de ne pas me rembourser, je ne vois pas très bien comment je pourrais réagir juridiquement.

  5. Et enfin, les relations commerciales et diplomatiques entre la Chine et les États-Unis continuent de se détériorer et chacun sait que déplaire aux États-Unis quand ils sont sur le sentier de la guerre est rarement une bonne idée (voir la saga BNP).

Et donc, je n’ai que des coups à prendre et je décide de sortir de mes obligations chinoises.

Donnons maintenant la parole à la défense :

  1. Si mon hypothèse de départ qui était que la Chine voulait dédollariser l’Asie est la bonne et que cette volonté est bien celle de Xi, alors la dernière chose que la Chine acceptera sera de laisser chuter sa monnaie, tant cela serait une immense perte de face en Asie.

  2. Bien au contraire, dès que les sorties de capitaux se ralentiront, on peut être certain que la monnaie chinoise va reprendre sa hausse structurelle, surtout si la Chine paye en yuan pour acheter son énergie. C’est déjà le cas pour la Russie qui risque d’être suivie par l’Arabie Saoudite et les Émirats.

  3. En fait si j’ai raison dans mon analyse, la brutalité monétaire américaine actuelle va rendre de plus en plus indispensable une coopération monétaire accrue en Asie et le yuan en sera la pièce maitresse. Et comme c’est en Asie que se passera l’essentiel de la croissance mondiale dans les années qui viennent, ne pas avoir de yuan pour y participer serait tout simplement suicidaire.

  4. Je n’ai pas recommandé les obligations chinoises parce que j’avais une passion coupable pour le régime en place à Pékin, mais parce que la politique monétaire suivie par la BOC visait à préserver le pouvoir d’achat de ceux qui épargnaient dans cette monnaie, alors que la politique monétaire de la zone euro confinait au délire : depuis 2004, la quantité de monnaie de banque centrale créée par la BCE a été multipliée par cinq alors que le PIB nominal de la zone est monté de 34% en tout et pour tout.

 

 

Quand je pense que dans une interview récente, madame Lagarde s’est exclamée que l’inflation en Europe venait d’exploser à la hausse et que nul ne s’y attendait, j’ai vraiment l’impression que « l’on » me prend pour un imbécile.

  • J’ai aussi recommandé d’acheter des obligations chinoises tout simplement parce qu’elles sont anti-fragiles et protègent statistiquement merveilleusement bien contre des baisses des marchés des actions européens qui eux, apparaissent de plus en plus fragiles. Et donc, d’une certaine façon, j’ai des obligations chinoises parce que la moitié du portefeuille IDL est constitué d’actions françaises.

Venons-en maintenant à la vraie question.

Aujourd’hui, il existe clairement un véritable effort de la part de Washington d’imposer sa souveraineté monétaire et juridique au monde entier, et à défaut à ses alliés historiques présents dans l’OTAN.

Comme nous l’avions anticipé dans « A clash of Empires », livre écrit avec mon fils il y a déjà quelques années, nous sommes bel et bien entrés dans une guerre monétaire entre les États-Unis et la Chine.

Et les États-Unis me semblent animés d’une belle énergie belliqueuse pour maintenir envers et contre tout ce que Rueff appelait leur « privilège impérial ».

Et de fait, aidés par Bruxelles, ils semblent bien prêts à se battre jusqu’au dernier européen.

En ce qui me concerne, je vois que les intérêts vitaux du complexe militaro industrielle aux États-Unis sont engagés dans le conflit monétaire avec la Chine, mais je ne vois pas trop en quoi cela me concerne.

Quand de Gaulle exigeait que les surplus extérieurs français avec les États-Unis soient soldés en or et non plus en dollars, c’était en grande partie parce que les États-Unis à l’époque étaient engagés dans une aventure militaire au Vietnam à laquelle de Gaulle ne voyait aucune raison de participer.

Et donc, il lui semblait de sa responsabilité et de sa conviction d’empêcher que la France ne soit entrainée dans une affaire qui n’avait rien à voir avec notre pays.

En ce qui me concerne, je garde mes obligations chinoises.

Cependant, je comprends très bien que beaucoup de lecteurs qui estiment que les risques politiques et commerciaux inhérents à la détention d’obligations chinoises sont beaucoup trop importants qui hésitent a conserver leurs positions en monnaie chinoise.

Pour ceux-là, je conseille de vendre les obligations chinoises et de répartir les sommes ainsi libérées en actions de l’indice IDL et en or (70% actions et 30% or).

En effet, je n’ai pas trouvé de marché obligataire alternatif qui serait acceptable dans le portefeuille pour remplacer les obligations chinoises.

À partir de maintenant, je suivrai ce deuxième portefeuille qui sera donc le deuxième portefeuille IDL, excluant la Chine.

Voici ce qu’aurait été la performance de ce portefeuille alternatif depuis le début de 2020 :

 

 

Et voici le portefeuille original avec les obligations chinoises :

 

 

Le résultat final est que le portefeuille diversifié simplement avec de l’or a une rentabilité supérieure à celui qui comprend des obligations chinoises (voir ci-dessus), MAIS avec une volatilité beaucoup plus forte.

Ce qui veut dire que sortir des obligations chinoises accroit la volatilité du portefeuille de façon significative et donc accroit le risque en cas de baisse des marchés.

"On n’a rien sans rien", dit la sagesse populaire.


Source originale: Institut Des Libertés | Think Tank