Chacun le perçoit et peut le ressentir : l’histoire s’accélère plus que jamais. Dans une période où la dette mondiale atteint un record historique, où la production comme la consommation sont décuplées, l’ordre des choses se trouve bousculé et les décisions politiques échappent donc à toute logique. Les conflits se multiplient dans le monde et de nouveaux, moins prévisibles, apparaissent. Alors que 2026 s’ouvre sur de nouvelles tensions nationales et internationales, à quoi pourrait ressembler le cours de cette année sur la plan géopolitique ?
La période actuelle répond à des dynamiques de l’histoire qui la dépassent. Nous sommes dans une période de fin de cycle où des phénomènes similaires à ceux que nous avons déjà connus reviennent : déficit record, dettes élevées, dépenses publiques en hausse, baisse de la croissance, inégalités sans précédent et, enfin et surtout, une multiplication des guerres.
La première observation nous porte de l’autre côté de l’Atlantique, dont les décisions continuent de dicter la marche du monde. L’Empire américain, pays le plus endetté, montre des signes de déclin marqués. Pour tenter de résister, il emporte dans sa chute (comme l’ont fait toutes les puissances hégémoniques par le passé) d’autres pays à travers un impérialisme des plus violents. Après l’intervention au Venezuela seulement trois jours après la nouvelle année, le président Donald Trump a menacé plusieurs pays d’Amérique latine et a annoncé vouloir mettre la main sur le Groenland, sur la terre de ses "alliés"… Derrière ces choix et ces ambitions se cache un principe évident qui a toute prise aux États-Unis, et ce depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : l’hégémonie américaine est fondée sur l’absence de limites, comme l’a montré la fin des accords de Bretton Woods et de l’étalon-or faisant de la toute-puissance du dollar une monnaie au potentiel de création illimité. Plus que jamais, l’économie américaine témoigne de cette idéologie : la dette du pays, désormais à plus de 38 000 milliards de dollars, augmente chaque jour davantage à un rythme exponentiel, tandis que le déficit ne cesse de croître. Alors que les dépenses publiques augmentent plus vite que les recettes, le pays cherche donc, pour retarder son déclin et préserver l’hégémonie du dollar, à trouver des relais de croissance en dehors de ses frontières, d’où la mainmise sur les ressources d’autres pays (le pétrole au Venezuela, les terres rares au Groenland).
L’année 2026 risque donc d’être marquée par un usage accru de la force, et ce sur tous les continents. Ce n’est pas à un retour des empires auquel nous assistons, ni à une guerre de civilisations, mais à une crise de fin de cycle et à l’imposition d’une idéologie unique à travers le monde, celle de loi de la plus forte dictée par la première puissance mondiale. L’Amérique latine en est aujourd’hui la première victime, l’Europe pourrait l’être demain, et bientôt l’Asie, à Taïwan notamment. Car, dans le même combat qui se joue pour la préservation de la toute-puissance américaine, Trump entend affaiblir ses principaux rivaux, la Chine en premier lieu.
Dans cette période de clair-obscur, le monde se redessine rapidement. Un nouvel ordre apparaît, comme le montre le récent rapprochement entre le Canada et la Chine. Les alliances entre les pays de l’Ouest (à l’exception des États-Unis) et ceux du Sud s’accélèrent. Il devient de plus en plus évident que ces derniers seront au cœur des décisions lors des décennies à venir, alors qu’ils occupent déjà plus de la moitié du PIB mondial et plus des deux tiers de la population. Les banques centrales de ces pays continuent d’ailleurs d’accumuler de l’or à un rythme croissant, en vue de se préparer à l’établissement d’un nouveau système financier.
Au cœur de ce basculement, l’Europe cherche à prendre un nouveau virage. Depuis la menace de l’administration américaine sur le Groenland, les pays européens se disent prêts à tourner le dos à leur supposé « allié historique », notamment à travers l’envoi de soldats au Groenland et la possible vente d’obligations américaines. Ils sont en effet les nouveaux financeurs de la dette américaine et donc du privilège exorbitant du dollar depuis que la Chine, la Russie, et de nombreux autres pays se sont dédollarisés. L’Europe détient, au total, près de 3 000 milliards de dollars de bons du Trésor, soit moins de 10 % de la dette totale du pays. Mais l’hypothèse d’un revirement de l’Europe contre les États-Unis est irréaliste, pour la simple et bonne raison que les pays européens sont dépendants des États-Unis, que ce soit en termes financiers (les banques européennes sont dollarisées), énergétique (l’Europe achète du gaz de schiste américain), industriel (une grande partie des réseaux et infrastructures européennes sont dépendantes de logiciels américains), militaire, etc. À tel point qu’une chute de l’Empire américain entraînerait par la même occasion l’effondrement instantané de l’Union européenne. Donald Trump a d’ailleurs directement menacé les pays européens par de « grandes représailles » dans le cas d’une vente forcée de la dette américaine…
Enfin, le monde reste, en 2026, au bord d’une grande pénitence économique et financière qui continue de menacer. Celle-ci pourrait être déclenchée par un événement venu de toute part, que ce soit d’un krach au Japon (deuxième détenteur de dette américaine), l’éclatement de la bulle de l’intelligence artificielle aux États-Unis, ou encore d’une crise de la dette privée ou publique (la dette mondiale atteint aujourd’hui 346.000 milliards de dollars…). Tous ces phénomènes tirent le prix de l'or vers de nouveaux sommets. L’attrait record pour le métal jaune s’explique également par le tournant historique que nous traversons, mais aussi la fin de la globalisation telle que nous l’avons vécue, la volonté de souveraineté chez les États et les individus, et naturellement les achats continus des banques centrales qui cherchent à se protéger grâce à une valeur refuge. L’or reprend ainsi son rôle, et rien n’indique que cette tendance s’inversera.
L’année à venir s’inscrit donc, dans la continuité des années que nous vivons depuis la crise sanitaire, comme une rupture totale avec le passé, d’où la multiplication des crises qui ne sont que des périodes où l’ordre naturel des choses s’impose.
Mais désormais, face au risque d’un effondrement, le temps est plus que jamais venu de mettre en place un nouveau système financier. Dans un premier temps, une partie des dettes mondiales, surtout dans les pays les plus pauvres, doit être annulée pour leur libérer des marges de manœuvre et leur permettre de retrouver leur souveraineté. Ensuite, la monnaie, aujourd’hui créée exclusivement par la dette partout dans le monde, doit s’émanciper de ce procédé et être créée en quantité limité pour conserver sa fonction sociale et relier les individus. Étant au cœur des échanges humains, elle dispose depuis toujours d’un pouvoir de pacification que rien ne permet à un tel niveau. Car l’émission de monnaie permet d’abolir la violence, contrairement à l’émission de dettes qui ne fait que la repousser dans le temps ou la déplacer sur l’environnement extérieur. Enfin, l’établissement d’une monnaie fondante, comme proposé au président américain Roosevelt au siècle dernier (dans une époque semblable à l’actuelle), reste enfin une solution révolutionnaire, tant pour éviter le risque d’une crise financière d’ampleur que pour préparer les décennies à venir sur un ordre plus juste et plus équilibré.
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