En cette année 2026, l’euro numérique devrait prendre un nouveau tournant. L’adoption de son règlement est à l’ordre du jour chez les députés européens, en vue d’une mise en place en 2029. Alors que ces dernières décennies, l’euro n’a cessé de perdre de sa valeur et que les budgets des pays européens s’enfoncent dans le rouge, cet euro numérique servirait de relais pour maintenir la stabilité du système monétaire européen. À un prix que personne ne peut encore mesurer…

La monnaie repose uniquement sur la confiance. Comme elle est de nos jours presque exclusivement créée par la dette, sa valeur est fondée sur la capacité de chaque agent économique à rembourser son crédit. Le système monétaire mondial repose donc sur la somme de nos engagements mutuels. Or, alors que la dette des pays européens ne cesse de croître et que son remboursement se complique plus que jamais, la confiance dans l’euro ne cesse de s’affaiblir, rendant nécessaire la mise en place d’un nouveau modèle.

L’euro numérique, tel que présenté par la BCE, cherche à s’inscrire dans cette rupture. La distribution de cet euro central ne se ferait pas à travers une banque commerciale mais par l’institution de Francfort, au même titre que les pièces et les billets, cette fois sous une forme dématérialisée. Contrairement à la monnaie-dette, cette monnaie ne serait pas adossée à un crédit bancaire. Chaque citoyen de la zone euro détiendrait alors un compte bancaire auprès de sa banque centrale nationale. Cette monnaie ne dépendrait plus de la résilience d’une banque commerciale (dont la crise de 2008 a montré les risques) et serait donc la propriété directe de son détenteur quelles que soient les circonstances. Les fonds qui y seraient détenus pourraient provenir soit de transferts depuis leurs comptes bancaires traditionnels, soit de versements directs par la banque dans le cadre de soutiens exceptionnels (aides ciblées, politiques de soutien économique, revenu universel...) Cet euro ne se présenterait toutefois pas comme un compte ouvert directement auprès de la BCE mais serait intégré aux applications bancaires existantes, via une option dédiée.

Cette révolution monétaire en cours prend tout son sens lorsque l’on mesure le risque d’une crise de la dette, en zone euro comme ailleurs. Les garanties des dépôts dans tous les pays européens étant insuffisantes pour protéger les déposants, une crise majeure entraînerait des pertes considérables pour les citoyens de la zone euro. Dans un tel scénario, l’euro numérique pourrait donc jouer dans un premier temps un rôle de sauvetage à travers la distribution d’une monnaie insensible aux faillites des banques. Alors que les traités européens empêchent aujourd’hui la détention de monnaie centrale numérique, ce nouvel euro instaurerait un moyen de transfert direct entre la banque centrale et un compte bancaire classique, permettant ainsi de protéger les fonds des citoyens européens. Une fois un tel mécanisme instauré, l’euro numérique de banque centrale servirait donc de relais en se complétant au système monétaire existant. Étant donné le risque de fuite des dépôts, les montants détenus en euros numériques devraient toutefois, selon la BCE, être plafonnés à hauteur de 3 000€ par habitant, sans produire d’intérêts.

L’euro numérique pourrait alors devenir un nouvel outil de politique monétaire. En permettant à la BCE d’injecter de la monnaie directement dans le portefeuille des citoyens, il ouvrirait la voie à des mécanismes de soutien direct. Étant donné le niveau d’endettement public dans la zone euro et le dilemme auquel est confrontée la BCE, cet euro numérique pourrait par exemple être injecté en quantité suffisante pour relancer l’inflation et réduire mécaniquement le poids de la dette.

La transition progressive à cette monnaie centrale et numérique entraîne d’autres enjeux, en particulier concernant la liberté individuelle. Cette monnaie numérique de banque centrale permettrait en effet une plus grande transparence dans les transactions et donc potentiellement une capacité de suivi renforcée. Que ce soit pour chaque État ou dans le cadre d’un État européen, ce basculement pourrait être instrumentalisé pour un contrôle des dépenses de chaque citoyen en vue d’assurer les recettes nécessaires à des États membres aujourd’hui proches de la faillite. Tous les défenseurs de la liberté individuelle devraient s’interroger quant à cette évolution… Le paiement en espèces ou la détention d’euros chez différents intermédiaires empêche aujourd’hui tout contrôle dans les actes du quotidien. Or, dans le cas de la mise en place de l’euro numérique, cette possibilité disparaîtrait. Une dépense jugée inefficace ou improductive par l’État pourrait par exemple être réprimandée.

Le plus contradictoire est que cette évolution est pensée par une banque centrale indépendante en vertu du libéralisme. Mais le libéralisme ne peut être l’œuvre d’un système monétaire basé sur la dette. Car à mesure que les dettes s’accumulent et que le pouvoir économique se concentre dans les mains d’une minorité, un tel système ne devient plus libéral mais autoritaire, où l’État joue un rôle grandissant. Une telle évolution s’observe déjà depuis des décennies mais pourrait atteindre, sur le plan monétaire, son paroxysme dans le cadre de l’euro numérique.

L’objectif de la BCE est avant tout de maintenir la confiance dans l’euro et éviter des fuites de capitaux, notamment face à l’essor des cryptomonnaies et l’engouement pour l’or physique, actif souverain par excellence et valeur de refuge en cas de crise. Cet attrait est en effet la conséquence logique de la perte de confiance dans l’euro du fait de l’inflation en croissance depuis la crise sanitaire. Il est également porté par le désir de souveraineté chez les citoyens européens alors que la mondialisation atteint plus que jamais ses limites face à la succession de crises.

Malgré une mise en place prévue en 2029, le recours à l’euro numérique pourrait toutefois se faire avant en cas de crise financière majeure. Alors que les députés européens devraient adopter son cadre réglementaire cette année, sa conception pourrait faire l’objet d’un débat plus large. Dans le prolongement de la création du bitcoin et des conséquences liées à l’inflation, l’euro numérique a la capacité d’alimenter le débat autour des questions monétaires. Il doit dès lors permettre à chacun de s’interroger quant au système monétaire existant, afin que la monnaie retrouve son rôle au service de l’économie réelle…

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