Quelque chose est en train d’évoluer dans la structure des marchés, et ce mouvement dépasse largement le seul cadre des métaux. Il concerne l’allocation globale du capital.

Amazon vient d’enregistrer sa plus longue série de séances négatives depuis 2006. Ce n’est pas anodin. Nous parlons d’un pilier du Nasdaq, d’un symbole du régime « long tech / short actifs réels » qui domine depuis plus d’une décennie.

Lorsque ce type de valeur enchaîne des pertes comparables à celles observées à l’approche de la grande crise financière, cela traduit au minimum un essoufflement du leadership boursier, et au pire un véritable déplacement des flux de capitaux.

 

Amazon: plus longue série de pertes depuis 2006

 

En parallèle, l’or ne monte pas seulement en prix ; il attire des capitaux à un rythme désormais difficile à ignorer. Selon Bank of America, les flux cumulés vers les fonds aurifères atteindraient environ 127 milliards $ depuis 2020.

Ce qui interpelle surtout, c’est la dynamique récente : près de 120 milliards $ auraient afflué depuis le début de 2025. Autrement dit, l’essentiel des flux du cycle s’est concentré sur la période la plus récente. Nous ne sommes plus dans une phase d’accumulation progressive, mais dans une accélération marquée.

Cette accélération intervient alors même que le prix de l’or a déjà fortement progressé ces dernières années. Cela signifie que les investisseurs ne poursuivent pas une hausse naissante ; ils recherchent une protection. Scotiabank estime d’ailleurs que le cycle haussier n’est pas achevé. Les moteurs structurels demeurent : achats soutenus des banques centrales, incertitudes commerciales persistantes, tensions géopolitiques élevées et absence de discipline budgétaire crédible.

 

 

Collectivement, elles détiennent encore moins de 30 % du stock mondial, ce qui laisse subsister un potentiel significatif de diversification.

La demande d’investissement privé vient amplifier ce mouvement. En janvier, les ETF adossés à l’or ont enregistré 19 milliards $ d’entrées, soit le mois le plus important jamais observé. Les encours totaux ont progressé de 20 % pour atteindre 669 milliards $, tandis que les avoirs physiques ont grimpé à 4 145 tonnes, un niveau record.

La demande d’investissement privé renforce ce mouvement. En janvier, les ETF adossés à l’or ont enregistré 19 milliards de dollars d’entrées, le mois le plus fort jamais observé. Les encours globaux ont bondi de 20 % pour atteindre 669 milliards $, tandis que les avoirs physiques ont grimpé à 4 145 tonnes, un record absolu.

Nous ne sommes plus face à un phénomène marginal : l’or redevient un actif central dans l’allocation du capital.

Le signal ne vient pas seulement des marchés occidentaux. En Inde, les flux vers les ETF or ont dépassé ceux des fonds actions en janvier. C’est un élément clé. Lorsque les investisseurs indiens — traditionnellement friands d’actions domestiques — arbitrent en faveur du métal, cela traduit une préférence croissante pour la stabilité face aux incertitudes géopolitiques et monétaires. Dans un pays où l’or est déjà culturellement ancré, ce basculement financier renforce encore la demande structurelle.

Un autre acteur mérite attention : Tether. Selon les estimations de Jefferies, l’émetteur de stablecoins détiendrait environ 148 tonnes d’or physique, valorisées autour de 23 milliards $. Cela le placerait parmi les trente plus grands détenteurs mondiaux. La finance numérique cherche désormais un ancrage tangible.

Pendant ce temps, l’argent montre des tensions plus visibles sur le physique. Les stocks combinés ont chuté d’environ 18,5 millions d’onces, soit près de 575 tonnes sur une seule semaine :

 

Variation hebdomadaire des stocks d'argent COMEX

 

Les sorties de métal des coffres du COMEX s’intensifient depuis le mois de janvier. À Shanghai, les stocks tournent autour de 353 tonnes avec de légères variations hebdomadaires positives. Toutefois, la tendance dominante demeure celle d’un drainage progressif des réserves :

 

Stocks d'argent à Shanghai

 

En parallèle, le volume de l’ETF SLV a atteint un record historique, signe que l’argent attire désormais une profondeur de flux inhabituelle. Sur certaines séances récentes, les volumes échangés sur le SLV ont même dépassé ceux de Nvidia et de Tesla, deux des valeurs les plus actives du marché américain. Voir un ETF adossé à l'argent physique rivaliser — et ponctuellement surpasser — les géants technologiques en termes d’activité est un signal fort. Cela signifie que l’argent n’est plus un marché périphérique réservé à une niche d’investisseurs spécialisés : il capte désormais une attention et des capitaux comparables à ceux des leaders du Nasdaq.

 

Volume des transactions sur le SLV

 

Le cuivre, en revanche, présente un tableau plus contrasté. Les stocks mondiaux recensés sur les principales places d’échange ont franchi le seuil du million de tonnes, une première depuis plus de 20 ans :

 

Stocks mondiaux de cuivre sur les principales places d’échange

 

Dans le passé, un tel niveau signalait souvent un ralentissement. Mais le cuivre est aujourd’hui devenu un métal stratégique, essentiel à l’électrification, aux réseaux et aux infrastructures énergétiques. Une part de cette accumulation pourrait ainsi relever d’une logique de sécurisation des approvisionnements, plutôt que traduire un simple excès cyclique.

Nous évoluons ainsi dans un environnement de rotation progressive. Les grandes valeurs technologiques montrent des signes d’essoufflement. À l’inverse, les flux vers l’or prennent une dynamique quasi parabolique. Les banques centrales poursuivent leurs achats, les ETF établissent de nouveaux records.

En Inde, l’allocation semble privilégier l’or au détriment des actions. Le marché de l’argent affiche des tensions croissantes sur le segment physique. Même des acteurs issus de l’écosystème crypto renforcent désormais leurs réserves en métal.

Ce n’est pas une panique, mais un déplacement de gravité. Le capital semble progressivement quitter l’univers de la croissance financière abstraite pour se réancrer dans celui des actifs tangibles.

Lorsque les flux convergent vers les métaux monétaires tandis que les piliers du Nasdaq vacillent, nous ne sommes plus face à un simple arbitrage tactique, mais peut-être devant l’amorce d’un véritable changement de régime.

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