Vous vous souvenez de la période qui a suivi le krach systémique de 2008 et des tentatives de mise en place des règles Dodd-Frank pour encadrer les banques. À la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), le gendarme des marchés à terme des matières premières, une équipe d’« incorruptibles » avait alors été constituée. La tâche était particulièrement difficile : un fonctionnaire de la CFTC gagnait en moyenne à peine plus de 3 000 $, et au mieux 4 000 $, alors qu’en face se trouvaient des banques extrêmement puissantes, manipulant régulièrement le marché des métaux précieux. Elles engrangeaient ainsi des millions de dollars et ne se privaient pas de tenter d’influencer ceux qui cherchaient à leur mettre des bâtons dans les roues.

À l’époque, Bart Chilton, l’un des cinq commissaires de la CFTC, faisait des efforts méritoires pour dénoncer la manipulation des cours par ces banques dominantes agissant de concert. Il est malheureusement décédé des suites d’une maladie. Il disposait de vingt procureurs sous son autorité pour faire respecter la loi. À ce jour, il n’en reste plus aucun, le dernier ayant présenté sa démission le lundi 23 février.

Le COMEX est souvent été surnommé le « CRIMEX » sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, sur ce marché, il semble possible d’enfreindre règles et lois sans véritable risque de poursuites, faute d’autorité pour traduire les contrevenants en justice. 

Le 30 novembre 2025, le CME a coupé ses systèmes informatiques pendant dix heures, le temps de négocier avec un acheteur afin qu’il retire sa demande de livraison portant sur 7 330 contrats de 5 000 onces d’argent — soit 36 millions d’onces — ce qui aurait placé le COMEX dans une situation très délicate. Finalement, ce trader a accepté que 6 816 de ses contrats soient réglés en espèces, moyennant une prime de 65 millions $.

En décembre, les autorités du COMEX auraient négocié de manière similaire pour 95 % des contrats en jeu, réglés en espèces, et auraient interdit, pour les autres, la sortie des barres d’argent des entrepôts pendant une période non divulguée.

Le jeudi 26 février, quelques heures avant l’expiration des contrats, le CME a de nouveau interrompu ses serveurs et annulé les contrats conclus dans la journée sur les métaux précieux.

Le COMEX en faillite ?

Souvenez-vous que, le 27 novembre 2025, sans aucun communiqué de presse, la banque JP Morgan a délocalisé son bureau de trading de métaux précieux — qui traite chaque jour des milliards de dollars — quittant New York pour Singapour. Cinquante traders et leurs familles avaient reçu l’ordre d’être installés à Singapour, dans la région Asie-Pacifique, à cette date.

Mi-janvier, quatre des principales banques se sont totalement retirées du marché de l’argent au COMEX :

  • JPM
  • HSBC
  • SCOTIA
  • BNP PARIBAS

Ces établissements représentaient plus de 40 % des échanges sur les contrats à terme des métaux précieux. Elles ne souhaitent pas se retrouver au cœur d’un marché en pleine dislocation, ni être associées à une éventuelle faillite et aux risques juridiques et financiers qui pourraient en découler.

 

Le COMEX en faillite

 

L’Inde ne suit plus le fixing de Londres

 

L'Inde ne suit plus le fixing de Londres

 

Prenez un atlas : vous constaterez que, sur la plupart des cartes, le centre du monde est situé en Europe, voire en Angleterre. Ces représentations traduisent une vision centrée sur les nations occidentales dominantes. Ce paradigme apparaît aujourd’hui largement dépassé.

Depuis 1919, la référence mondiale du prix de l’or était le « fixing » de Londres, issu d’un échange entre les cinq principales bullion banks de la place londonienne, à l’origine dans les bureaux de N.M. Rothschild.

Aujourd’hui, compte tenu de la situation du COMEX à New York et des difficultés rencontrées par le marché de Londres en octobre, une part croissante du monde se tourne vers le fixing de Shanghai.

Depuis quelques semaines, l’Inde a officiellement annoncé que la référence de son marché de l’or et de l’argent ne serait plus le prix fixé à Londres. Une information majeure.

 

 

La décision de l’Inde en est une illustration claire : le centre de gravité du monde ne se situe plus en Europe, mais en Asie.

 

Centre de gravité mondial ne se situe plus en Europe, mais en Asie

 

Les chiffres des stocks d’or et d’argent publiés par le marché de Londres relèvent, selon moi, davantage de la métavers que de la réalité. Ces stocks ne seraient pas disponibles à la vente et pourraient, en réalité, appartenir aux banques chinoises — Lire mon article à ce sujet.

Un jour prochain, ce scandale pourrait éclater, provoquant un choc monétaire majeur qui entraînerait nos monnaies dans une chute brutale face aux métaux précieux. 

La rigueur du Shanghai Gold Exchange

Face à l’opacité du marché des métaux précieux à Londres et à New York, le SGE se situe à l’exact opposé.

L’or et l’argent vendus dans la journée changent de propriétaire à la clôture.

Les stocks physiques sont publiés quotidiennement, tant pour le SGE que pour le SHFE (marché des contrats à terme).

Un milliardaire chinois, Bian Ximing, est devenu une figure majeure des matières premières après avoir réalisé d’importants investissements sur les marchés des métaux ces dernières années. Après avoir fortement misé sur la hausse depuis août dernier, il a commencé à alléger ses positions courant novembre, estimant que le sommet de cette vague haussière approchait.

Selon Bloomberg, ce trader détenait déjà, début février, la plus importante position vendeuse nette sur l’argent jamais enregistrée en Bourse. Il a été l’un des principaux bénéficiaires du mouvement baissier des 29 et 30 janvier.

Les autorités chinoises ont toutefois identifié d’importantes manipulations sur le cours de l’argent, notamment via un tracker à effet de levier, ainsi que par l’action coordonnée de plusieurs hedge funds prenant des positions supérieures aux stocks disponibles à Shanghai. Les sanctions ont alors été rapides : 25 sociétés se sont vu interdire toute prise de position vendeuse, et d’importants appels de marge ont contraint l’ensemble des traders à réduire leurs engagements.

Ximing aurait détenu une position vendeuse équivalente au stock total du SHFE en Chine, qu’il compensait par une position acheteuse sur les contrats à terme de l’argent au COMEX. Or, les stocks d’argent physique du COMEX ne seraient pas suffisants pour assurer une livraison permettant à Ximing de couvrir ses ventes à découvert à Shanghai.

De telles pratiques sur le papier ne peuvent fonctionner qu’entre le COMEX et le marché de Londres ; elles ne sont pas possibles avec Shanghai, où la livraison physique est obligatoire.

Pas de vente à découvert — ce que l’on appelle le « naked short ».

Compte tenu de l’importance accordée par le gouvernement chinois à l’or et à l’argent, ainsi que de son intention de réévaluer les métaux précieux — clairement exprimée dans ses directives de juin adressées aux ministères concernés (lire mon article à ce sujet) — les marchés de Shanghai, le SGE et le SHFE, ont été repris en main ces dernières semaines avec une grande fermeté. Aucune infraction aux règles de trading n’est désormais tolérée.

Nous sommes à l’exact opposé du COMEX, où il ne semble plus y avoir d’autorité en mesure de faire respecter les règles.

La Chine est ainsi en train de s’imposer comme la référence internationale du prix réel du physique, tant pour l’or que pour l’argent.

Quant au COMEX, la baisse de 33 % de l’intérêt ouvert montre que ce marché est déjà, progressivement, délaissé par les professionnels.

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