Évidemment, un tel scénario peut sembler totalement irréaliste, et il est fortement déconseillé de chercher à le reproduire. Il reste toutefois intéressant de prendre du recul pour analyser les dynamiques à l’œuvre sur les marchés.

Fermeture des raffineries

Entre 2020 et 2021, plusieurs compagnies pétrolières ont procédé à la fermeture, temporaire ou définitive, d’un grand nombre de raffineries, que ce soit aux États-Unis, en Australie ou en Europe (France, Royaume-Uni, Norvège, Finlande, Danemark, Pays-Bas, Italie, Portugal, Espagne, Croatie, Pologne, Israël). Ces fermetures ont crée une pénurie artificielle de produits distillés (essence, fioul, kérosène), entraînant une hausse durable des prix à la pompe à l’échelle mondiale. Dans la mesure où ces infrastructures ne peuvent pas être remises en service rapidement, ces tensions sur les prix se sont installées dans la durée.

En novembre 2021, lors de la COP26 à Glasgow, la Financial Alliance for Net Zero a été lancée. L’ensemble des grandes banques et compagnies d’assurance du G7 se sont engagées à ne plus financer l’exploration ni le développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers. Ce qui pouvait apparaître comme une décision radicale s’inscrit en réalité dans une continuité avec les fermetures de raffineries évoquées précédemment.

 

Fermeture des raffineries

 

En 2022, les États-Unis, suivis par l’Union européenne, ont interdit l’achat de pétrole russe dans le cadre des sanctions mises en place après le déclenchement du conflit en Ukraine. Cette décision a profondément modifié les équilibres énergétiques mondiaux.

En septembre 2022, le gazoduc russo-allemand Nord Stream 1 a été détruit, privant l’Europe d’un accès direct à un gaz bon marché. À noter que Nord Stream 2 reste intact et, depuis plusieurs années, attend toujours une éventuelle validation politique pour entrer en service.

Dans le même temps, plusieurs pays européens ont interdit l’installation de nouvelles chaudières au fioul. Parallèlement, les gouvernements ont fortement encouragé le développement des véhicules électriques, en prévision d’une pénurie pétrolière et de la hausse des prix.

En mai 2025, les États-Unis sont intervenus au Venezuela, pays disposant des plus importantes réserves de pétrole au monde. L’objectif probable : priver la Chine de l’un de ses principaux fournisseurs de pétrole.

En février 2026, l’escalade des tensions autour de l’Iran, impliquant notamment Israël et les États-Unis, a ravivé les craintes d’un conflit majeur, accentuant encore les pressions sur les marchés énergétiques mondiaux.

 

Circulation interdite par les compagnies d'assurances

 

En mars 2026, les grandes compagnies de réassurance ont commencé à refuser de couvrir les risques de guerre dans la zone. En pratique, cela revient à interdire aux navires de traverser le détroit d’Hormuz, devenu économiquement et assurantiellement impraticable. Ce n’est donc pas uniquement une décision militaire : ce sont aussi les acteurs financiers qui ont, de fait, fermé le robinet du pétrole bon marché.

Officiellement, l’Iran a déclaré restreindre le passage aux navires liés aux États-Unis, à Israël et à leurs alliés.

 

Fermeture détroit Ormuz

 

Pour les médias :

L’Iran ferme le détroit d’Hormuz…
Trump ferme le détroit d’Hormuz, via une tentative de blocus en mer d’Oman.

Sans même parler des destructions d’infrastructures pétrolières et gazières en Arabie saoudite (raffinerie de Ras Tanura), en Iran (champ gazier de South Pars), au Qatar (Ras Laffan), à Bahreïn (Bapco), au Koweït (Mina al-Ahmadi) ou encore aux Émirats arabes unis…

 

Destructions d'infrastructures pétrolières et gazières

 

  • Le 1er mars : incendie d’une raffinerie en Équateur
  • Le 12 mars : incendie d’unités de traitement pétrolier au Texas
  • Le 23 mars : incendie d’une raffinerie au Texas
  • Le 3 avril : incendie d’un terminal d’oléoduc majeur en Russie
  • Le 4 avril : incendie d’une installation pétrolière en Russie
  • Le 7 avril : incendie d’une centrale thermique en Inde
  • Le 9 avril : incendie d’une raffinerie au Mexique
  • Le 15 avril : incendie d’une raffinerie en Australie
  • Le 20 avril : incendie d’une installation pétrolière en Russie
  • Le 21 avril : incendie d’une installation pétrolière en Inde
  • Le 21 avril : incendie d’une centrale thermique en Roumanie
  • Le 21 avril : incendie d’une plateforme pétrolière au Texas

Et sans oublier les pétroliers russes incendiés en Méditerranée, en mer Noire, dans le Golfe ou encore au Myanmar — soit une dizaine de navires touchés.

 

Total des stocks mondiaux de pétrole

 

Le résultat de l’ensemble de ces événements est déjà visible : les stocks de pétrole et de produits dérivés ont fortement chuté, atteignant des niveaux préoccupants — et la situation pourrait encore se détériorer.

Lufthansa a ainsi annulé 20 000 vols afin d’économiser du kérosène. De son côté, l’AIE a averti que l’Europe ne disposerait plus que de six semaines de réserves de carburant aérien.

Le 11 mars 2026, le porte-parole des Gardiens de la Révolution iranienne donnait le ton : « Préparez-vous à un pétrole à 200 $ ! »

Mais au fond, l’Iran n'a fait qu’exprimer ouvertement une dynamique enclenchée de longue date : fermeture de nombreuses raffineries, sous-investissement dans l’exploration pétrolière, notamment sous l’impulsion de la Financial Alliance for Net Zero. Depuis 2020 — voire avant — les grandes puissances avaient conscience qu’une forte hausse du prix du baril était programmée.

Dés janvier 2014, la directrice du FMI, Christine Lagarde, évoquait déjà l’idée d’un « reset » lors du forum de Davos. Le fait que ce message provienne du Fonds monétaire international suggère qu’il s’agissait d'un événement monétaire de portée mondiale.. Cette réflexion remonte en réalité aux discussions engagées après la crise financière, notamment lors du G20 de novembre 2008 à Washington, parfois qualifié de « Bretton Woods 2 ».

En novembre 2008, l’or valait 700 $, l’argent 8,75 $, et le pétrole 46 $.
En mars 2026, l'or atteint 5 400 $, l’argent 97 $, et le pétrole 119 $.

Le pouvoir d’achat des monnaies s’est donc fortement érodé au fil des années, sous l’effet notamment de l’expansion massive de la masse monétaire et de l’endettement global. Ce mouvement de dévalorisation monétaire pourrait encore s’accélérer d’ici la fin de l’année.

 

Trump a annoncé vouloir lancer "le plus puissant RESET de l'histoire"

 

Le 10 avril 2026, Donald Trump a annoncé vouloir lancer prochainement « le plus puissant RESET de l’histoire ».

Pourtant, les contours de ce RESET avaient déjà été esquissés bien en amont. Dès septembre 2025, la perspective d’une réévaluation de l’or par décret présidentiel était avancée, en s’appuyant notamment sur certaines publications de la Réserve fédérale. Mon article « La Chine et la réévaluation des métaux précieux » montrait comment la Chine avait anticipé ce mouvement dès juin 2025, en donnant notamment des instructions à ses ministères en vue du RESET. « La réévaluation concertée des minerais stratégiques » laisse apparaître que les pays du G7 ont, eux aussi, mis en place dès cette période des mesures conférant à l’argent et à d’autres ressources critiques un statut particulier.

Le prix de l’énergie, et du pétrole en particulier, a déjà joué un rôle déterminant sur le plan monétaire, notamment après le 15 août 1971, lorsque Nixon a mis fin à l'étalon-or instauré à Bretton Woods en 1944. Le premier choc pétrolier avait alors provoqué une forte inflation, entraînant une hausse marquée de l’or et de l’argent. Les accords du pétrodollar ont ensuite permis au système monétaire international de fonctionner jusqu’à aujourd’hui.

Le RESET annoncé par Trump le 10 avril ne constituerait donc pas une réelle surprise pour les autorités gouvernementales, monétaires et bancaires.

La question, que seule une minorité attentive aux enjeux monétaires et aux métaux précieux semble réellement se poser, est désormais la suivante : à quel prix ces métaux seront-ils réévalués ?

Ceux qui suivent de près l’actualité internationale savent que certains membres de l’entourage de Trump ont multiplié les opérations boursières à effet de levier, quelques minutes avant l’annonce de décisions susceptibles de provoquer de fortes variations de marché.

Ces pratiques, considérées comme des délits d’initiés et impliquant des personnalités difficilement inquiétables, auraient contribué à la démission de la directrice de la Securities and Exchange Commission le 16 avril dernier.

Or, ces délits d’initiés à répétition sont riches d’enseignements pour nous.

 

Francis Hunt tweet

 

Sur « X » (ex-Twitter), le 9 mars 2026, Francis Hunt écrivait :

« Quelqu’un aux poches incroyablement profondes achète des options d’achat sur l’or échéance décembre 2026, avec des prix d’exercice à 15 000 $ et 20 000 $, et ce à une échelle totalement aberrante. Ces parieurs ne commenceront à gagner de l’argent sur leurs calls, qu’au-delà de ces niveaux. »

« Étant donné l’ampleur industrielle de ces achats, cela ressemble à quelqu’un qui sait quelque chose et qui prend position sur ce qui apparaît comme un pari fou, en misant sur un prix de l'or multiplié par quatre au minimum. »

« Qu’est-ce qui s’est déjà produit pour que cela nous paraisse remarquable ? »

« La même chose s’est produite sur le marché de l’argent : quand les prix évoluaient autour de la fin des 30 $ et du début des 40 $, vers février-mars, il y a eu des achats massifs de calls visant les 80 à 85 $, dans des volumes absolument aberrants. »

« Et c’est exactement ce qui s’est produit en décembre suivant… »

Or, depuis cette déclaration de Francis Hunt le 9 mars, il apparaît que des traders très agressifs — ou des initiés misant sur une information confidentielle — ont pris environ 500 000 options d’achat, pariant sur un prix de l’argent compris entre 900 et 1 000 $ d’ici la fin de l’année.

Vous pouvez considérer qu’il s’agit de traders fous et négliger cette information… c’est le choix de Neils Christensen sur Kitco.

 

Prix once argent 1000 $

 

1 000 $ l’once d’argent, cela vous semble totalement aberrant ?

Moi, pas du tout.

Dans mon livre « Histoire de l’Argent », publié en 2012, j’expliquais déjà, à travers différents raisonnements, que ce niveau pourrait correspondre à sa valeur dans un scénario où l’or, remonétisé, serait réévalué à 10 000 $. J’ai toujours défendu un ratio de 1 pour 10 entre l’or et l’argent : un niveau cohérent à la fois avec les réserves en sous-sol, la production minière, et les volumes de produits dérivés tels que mesurés par la BRI.

Dans ce contexte, voir aujourd’hui certains traders — ou des initiés misant sur une information confidentielle — parier sur un or à 20 000 $ l’once ne me surprend pas.

Une vidéo publiée en août 2025 évoquait déjà ce scénario, en détaillant le mécanisme comptable qui pourrait être utilisé par le Trésor américain et la Réserve fédérale pour procéder à une telle réévaluation. D’ailleurs, le 1er août 2025, la Fed publiait sur son site un document intitulé « Réévaluations des réserves d'or : l'expérience internationale ».

Et en avril dernier, Donald Trump lui-même s’est vanté de lancer « le plus puissant RESET du monde ». 

Il est difficile de ne pas corréler ces faits.

Un tel RESET permettrait de rendre à nouveau soutenables les niveaux de la dette mondiale, notamment celle des États-Unis.

Qui vivra verra !

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée à condition qu’elle contienne tous les liens hypertextes et un lien vers la source originale.

Les informations contenues dans cet article ont un caractère purement informatif et ne constituent en aucun cas un conseil d’investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente.