Enfin, nous l’attendions depuis longtemps : voici une grande enquête sur l’or détenu par les Français ! Rendue publique le 18 mai, elle a pourtant été très peu relayée par les médias. Réparons donc cet oubli.

Cette étude a été réalisée par le cabinet EY (anciennement Ernst & Young) pour le Comité professionnel de développement économique de l’horlogerie, de la bijouterie-joaillerie et des arts de la table, ainsi que pour l’Union française de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, des pierres et des perles (UFBJOP). Elle est présentée par son comité professionnel, Francéclat.

Selon cette enquête menée auprès de 2 000 particuliers représentatifs de la population française, les Français détiendraient un stock colossal de métal jaune : 4 000 tonnes d’or, 4 026 exactement, soit davantage que les réserves de la Banque de France, qui s’élèvent à 2 437 tonnes ! Un chiffre qui correspond aux estimations en vigueur.

Ces 4 000 tonnes se répartissent en deux catégories bien distinctes :

  • Les bijoux — alliances, bagues, colliers, etc. — qui représentent 81 % des objets détenus pour un total de 1 634 tonnes.
  • Lor dinvestissement — pièces, lingots et or papier — qui ne représente que 19 % des objets détenus mais totalise 2 392 tonnes. À notre avis, l’or papier aurait d’ailleurs mérité d’être comptabilisé séparément, puisqu’il ne s’agit pas de "vrai" or… mais bref.

L’or d’investissement pèse donc 60% de l’ensemble de l’or détenu par les particuliers, ce qui témoigne de l’attrait des Français pour cet actif.

La détention d’or est massive : les deux tiers des Français (66 %) possèdent au moins un objet en or, le plus souvent un bijou. Cette détention est toutefois très concentrée, puisqu’une minorité (12 %) détient plus de 100 grammes d’or, principalement sous forme de pièces ou de lingots.

Mais si la détention est élevée, la circulation est en revanche limitée, puisque 69 % du stock est considéré comme « inactif », c’est-à-dire conservé sur le long terme sans être porté, utilisé ou revendu. Le phénomène est encore plus marqué pour les bijoux, dont 76 % restent stockés sans être portés. Une situation qui peut notamment s’expliquer par le contexte sécuritaire, les vols à l’arraché de colliers en or étant devenus fréquents.

La vente — ou la donation — demeure ainsi un événement relativement rare. Seuls 22 % des détenteurs d’or déclarent avoir déjà vendu ou donné au moins une fois. Parmi eux, 41 % indiquent que cette opération remonte à plus de cinq ans, signe d’une très faible rotation.

Les Louis d’or (53 %) et les Napoléons (47 %) sont massivement transmis de génération en génération. Ils confirment ainsi leur statut de véritables « reliques familiales ».

L’enquête met en évidence trois principaux freins à la vente de l’or :

  • Lattachement sentimental, cité par 48 % des répondants. L’or, surtout lorsqu’il est hérité, est chargé d’une forte dimension affective et familiale ; sa revente est souvent vécue comme une rupture symbolique difficile à accepter.
  • La crainte de ne pas obtenir un prix juste (40 %). La méconnaissance des prix du marché et la défiance envers certains circuits de rachat alimentent une hésitation qui décourage le passage à l’acte.
  • La fiscalité et sa complexité (27 %). La taxe forfaitaire sur les métaux précieux est fréquemment perçue comme lourde et difficile à appréhender.

Conséquence de cette forte thésaurisation et de ces réticences à la vente, l’intention d’achat d’or reste globalement faible : 69 % des Français n’envisagent pas d’en acquérir, toutes formes d’or confondues.

Les motivations diffèrent d’ailleurs profondément selon le type d’or considéré. Les bijoux répondent avant tout à des logiques émotionnelles — plaisir esthétique (29 %), occasions rituelles (24 %), cadeaux (23 %) — tandis que l’or d’investissement relève davantage d’une logique financière et patrimoniale, centrée sur l’épargne (31 à 38 %) et la transmission (16 à 19 %).

Au total, seuls 13 % des Français déclarent avoir l’intention d’acheter de l’or.

En conclusion, les Français aiment l’or et sont conscients de sa valeur. Toutefois, la fiscalité, sa complexité, ainsi que la méconnaissance du marché, freinent son développement et les poussent à une simple thésaurisation, et une transmission de génération en génération. Le mythe des "Napoléons de la grand-mère" a finalement du vrai !

Que faudrait-il faire pour dynamiser le marché de l’or ? L’étude ne se prononce pas sur cette question ; avançons donc quelques pistes :

  • Alléger et simplifier la fiscalité. La taxation des plus-values atteint aujourd’hui 36,2 %, un niveau élevé. Certes, un abattement de 5 % par an s’applique à partir de la troisième année de détention, conduisant à une exonération totale après 22 ans. Mais avant la présidence Hollande, cette durée n’était que de 12 ans ; un retour à ce régime pourrait être envisagé. Quant à la taxe forfaitaire de 11,5 %, qui s’applique lorsque la date d’acquisition ne peut être prouvée — cas fréquent pour les fameux Napoléons hérités de la famille — elle mériterait également d’être revue à la baisse. Dans l’idéal, la fiscalité sur l’or pourrait même être supprimée afin d’en faire une véritable monnaie complémentaire. L’or pourrait alors être utilisé dans les transactions dès lors que vendeur et acheteur en conviennent, irriguant ainsi l’économie. C’est du moins l’idée que je défends — je rêve peut-être, mais j’assume.
  • Mieux informer les épargnants. Peu de Français savent, par exemple, que l’achat d’un bijou en or est soumis à 20 % de TVA, contrairement à l’or d’investissement qui en est exonéré. Une meilleure connaissance de ces mécanismes favoriserait sans doute des choix plus éclairés.
  • Recréer un marché de lor à la Bourse de Paris. Cela permettrait de disposer d’une référence nationale plutôt que de dépendre exclusivement du cours de l’once en dollars, une unité souvent abstraite pour le grand public. Un marché de l’or cité quotidiennement par les médias constituerait par ailleurs une formidable vitrine.

L’or des Français est un trésor dormant, une ressource mal exploitée et une intention d’achat négligée. Son réveil pourrait contribuer, à son échelle, au redressement économique du pays.

 

Les Français et l'or

 

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