Comme chaque année, la Cour des comptes publie son rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques. Et, d’année en année, son diagnostic se fait de plus en plus sévère : « Dix mois avant les échéances politiques de 2027, la Cour des comptes réitère son avertissement : la situation des finances publiques de la France est alarmante et appelle des mesures fortes, crédibles et rapides. »

À la lecture de ce rapport de 150 pages, on perçoit le problème crucial : la charge de la dette.

Comme nous le savons, la dette est « roulée » : lorsqu’un emprunt arrive à échéance, l’Agence France Trésor — le service de Bercy chargé de la gestion de la dette de l’État — émet un nouvel emprunt d’un montant équivalent afin de rembourser le précédent. Pour une entreprise, un tel mécanisme serait qualifié de « cavalerie financière » et conduirait rapidement à la faillite.

Mais pour l’État, c’est différent. Il dispose du pouvoir de lever l’impôt, et ne se gênerait pas pour puiser dans l’épargne des Français (directive BRRD) ou dans l’assurance-vie (loi Sapin 2). Cette capacité d’intervention contribue à rassurer les investisseurs internationaux.

Il faudrait que l’État dégage des excédents budgétaires pour rembourser sa dette sans avoir à emprunter de nouveau. Nous en sommes aujourd’hui très loin.

Mais tout cela concerne le principal de la dette. Les intérêts, eux, doivent être versés chaque année aux emprunteurs, et ils sont financés directement par le budget de l’État : c’est la charge de la dette. Or, comme on le voit sur ce graphique (page 70), ce poste est en train d’exploser :

 

Charge de la dette entre 2020 et 2026, ensemble des administrations publiques (en Md€)

 

Nous avons quitté l’époque dorée — pour les emprunteurs — des taux d’intérêt proches de zéro qui prévalaient durant la crise du Covid, pour retrouver des niveaux plus conformes aux moyennes historiques, voire légèrement supérieurs, sous l’effet de la persistance de l’inflation et des inquiétudes liées au niveau élevé de l’endettement public dans de nombreux pays (États-Unis, Japon, Royaume-Uni, France notamment).

Pour le gouvernement, l’équation devient inextricable. La charge de la dette augmente mécaniquement : elle passe de 60,1 milliards € en 2024 à 65,7 milliards € en 2025 (+5,6 milliards €), puis à 77,4 milliards € en 2026 (+11,7 milliards € supplémentaires). Il faut donc trouver de nouvelles ressources pour financer cette hausse, tout en réduisant le déficit de près de 5 % du PIB à 3 %, conformément aux engagements pris auprès de la Commission européenne.

Un défi impossible sans réformes structurelles profondes ni coupes budgétaires drastiques. Or, une telle politique semble difficilement envisageable à l’approche de l’élection présidentielle, d’autant plus que l’Assemblée nationale demeure divisée en trois blocs incapables de dégager une majorité stable.

Conséquence : le déficit budgétaire reste proche de 5 % du PIB en 2026 et pourrait même dépasser 6 % en 2027, selon les dernières projections de Bercy. La charge de la dette et le déficit budgétaire entrent ainsi dans un véritable cercle vicieux, chacun se renforçant l’un l’autre.

Le refinancement du stock de dette — c’est-à-dire l’émission de nouveaux emprunts pour remplacer ceux arrivant à échéance — dans un contexte de taux d’intérêt durablement élevés va mécaniquement alourdir la charge de la dette : « La majeure partie de la hausse résulterait du refinancement progressif du stock de dette publique à des taux de marché plus élevés. Ce mécanisme restera à l’œuvre, de manière inexorable, au cours des prochaines années si bien que la charge d’intérêts devrait dépasser les 100 Md€ par an à l’horizon 2029, augmentant graduellement les efforts nécessaires pour l’atteinte des objectifs de déficit. » (p. 69)

100 milliards € par an en 2029 ! La charge de la dette est en train d’engloutir une part croissante du budget de l’État. En 2026, avec 77,4 milliards €, elle représente déjà près de 23 % des recettes de l’État (329,5 milliards €, selon l’INSEE). Imaginez devoir consacrer près d’un quart de vos revenus au seul paiement des intérêts de votre emprunt, sans même rembourser le principal. Et cette proportion est appelée à augmenter dans les prochaines années. Les comptes de l’État sont en train d’exploser en vol. Et le jour où les investisseurs internationaux — qui achètent la moitié de notre dette — siffleront la fin de la partie, ce sera la crise grecque et dix fois plus gros…

Quelle solution le gouvernement a-t-il trouvée jusqu’à présent ? L’augmentation des impôts. Selon la Cour des comptes, la réduction du déficit entre 2024 et 2025 — de 5,8 % à 5,1 % du PIB — est « exclusivement imputable aux hausses d’impôts » (p. 42), et non des efforts de baisse de la dépense publique.

Le rapport liste pas moins de 20 nouvelles mesures en 2025 : « surtaxe exceptionnelle », « contribution financière », « majoration d’accise », « malus automobile », « versement mobilité », « taxe sur les transactions financières », « taxe sur les petits colis » — finalement supprimée après son échec — entre autres (p. 64). Les Français n’échapperont pas à une hausse d'impôts, affirme l’OCDE.

Des impôts en hausse avant la faillite, voici le programme !

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