Nous avons vu, dans notre précédent article, comment la charge de la dette était en train d’étrangler les finances publiques françaises. Mais la situation est également critique aux États-Unis, comme le souligne The Kobeissi Letter : « La dette fédérale américaine atteint 39 400 milliards de dollars, en hausse de 3 200 milliards sur les douze derniers mois. Depuis 2020, elle a progressé de 16 300 milliards de dollars, soit une moyenne de 209 milliards par mois. » Autrement dit, la dette américaine augmente désormais d’environ 6,7 milliards de dollars par jour. Une véritable course à l’abîme.
Mais, comme en France, c’est surtout le coût de cet endettement qui devient préoccupant. La charge de la dette, qui doit être décaissée du budget fédéral, devient démesurée : « Le Trésor américain dépense désormais 24 milliards de dollars chaque semaine uniquement pour payer les intérêts, un montant qui a bondi de 13 % sur un an. Sur les neuf premiers mois de l’exercice 2026, ces intérêts totalisent 939 milliards de dollars, soit davantage que le budget du Département de la Défense. »
Comme en France, ce poste est devenu l’un des principaux postes de dépenses de l’État. Et, là aussi, ce sont les dépenses sociales qui déséquilibrent les finances publiques : le régime public de retraite (Social Security), l’assurance maladie des plus de 65 ans (Medicare) et la couverture santé des ménages les plus modestes (Medicaid). Le déficit budgétaire comme la dette rapportée au PIB sont d’ailleurs comparables à ceux de la France, avec respectivement 5,9 % et 120 % du PIB en 2025.
Deux différences fondamentales méritent toutefois d’être soulignées :
- Un taux de prélèvements obligatoires nettement inférieur, presque la moitié, avec 25% du PIB en impôts et cotisations, contre 45% en France, ce qui permet un puissant dynamisme économique pour la première économie mondiale ;
- Le rôle central du dollar, première devise de transaction et de réserve au monde, qui lui assure une demande quasi infinie.
Malgré tout, la charge de la dette pèse de plus en plus sur le budget américain. Cette contrainte pourrait même s’accentuer prochainement si la Réserve fédérale relevait à nouveau ses taux en cas de retour de l’inflation, comme l’a récemment évoqué Christopher Waller, membre du Conseil des gouverneurs de la Fed (AFP). Or, toute hausse des taux se traduit mécaniquement par une augmentation de la charge de la dette.
Après l’épisode — plutôt réussi d’ailleurs — du DOGE d’Elon Musk, toute volonté de s’attaquer aux dépenses publiques a été abandonnée par la nouvelle administration. Pire, les recettes attendues des droits de douane instaurés par Donald Trump pourraient disparaître après que la Cour suprême les a jugés contraires à la Constitution. Sa décision imposerait même leur remboursement, soit 81 milliards de dollars perçus depuis le début de l’exercice budgétaire, ouvert en octobre 2025.
Le nœud coulant se resserre. La charge de la dette alimente le déficit, lequel accroît à son tour la dette, dans un véritable effet boule de neige. Plus on repousse dans le temps la nécessaire rigueur budgétaire, plus la voie de sortie passe par une solution de crise, un reset : période de forte inflation, défaut partiel ou total…
On se focalise souvent sur le niveau de la dette rapportée au PIB, en se disant qu’il existe encore une marge de manœuvre puisque le Japon affiche une dette de plus de 230 % du PIB. Pourtant, l’indicateur le plus révélateur est sans doute la charge de la dette. C’est elle qui fait entrer le déficit budgétaire dans une spirale infernale. Et dans plusieurs grandes économies, à commencer par les États-Unis, cette limite commence à être atteinte.
Au fond, c’est le modèle même des monnaies fiduciaires, mis en place depuis la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, qui entre en crise. C’est sous cet angle qu’il faut analyser la situation actuelle, et les perspectives qui en découlent sont particulièrement préoccupantes.
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