La dette fédérale américaine dépasse désormais le seuil symbolique des 100 % du PIB, vient d’annoncer le CRFB (Committee for a Responsible Federal Budget). Plus précisément, il s’agit de la dette fédérale détenue par le public (31 270 milliards $), en excluant donc celle détenue par la Fed, la banque centrale américaine. En incluant cette dernière, la dette totale atteint 39 000 milliards $, soit 122 % du PIB.
🇺🇸 La dette publique des États-Unis vient de dépasser les 100 % du PIB pour la première fois depuis 1946 https://t.co/eWvedvCbCg pic.twitter.com/5p2jhGUAN4
— Or.fr (@Or_fr_) May 4, 2026
Une remarque toutefois : en Europe, cette distinction n’est généralement pas faite. La Banque de France détient environ 22 % de la dette de l’État, mais cette part n’est pas soustraite de la dette totale. Si elle l’était, la dette française repasserait sous les 100 % du PIB, à environ 95 %. Certains économistes estiment d’ailleurs que ces 22 % pourraient être effacés d’un simple trait de plume, sans cofnséquence majeure, puisqu’il s’agit d’une dette que l’État se doit à lui-même — mais c’est un autre débat.
Le CRFB insiste sur le caractère "bipartisan" (Républicains et Démocrates) de cette dérive : baisses d’impôts non financées, nouvelles dépenses, aides d’urgence et absence de règles contraignantes pour encadrer les déficits. Comme l’explique La Tribune, trois postes tirent particulièrement la dépense vers le haut : les retraites, les programmes de santé et la charge d’intérêts.
Les deux premiers augmentent mécaniquement avec le vieillissement de la population ; le troisième explose dès que les taux d’intérêt remontent, la charge de la dette représentant désormais 14 % du budget. Les recettes, elles, restent globalement stables en proportion du PIB. Résultat : même en l’absence de choc majeur, les États-Unis se sont installés dans un régime de déficit permanent.
Une croissance réelle d’environ 2 % ne suffit plus à compenser des déficits primaires (c’est-à-dire hors charge de la dette) supérieurs à 3 % du PIB.
Cette croissance continue de la dette n’a, jusqu’à présent, pas déclenché de panique sur les marchés. Il faut dire que ces derniers n’ont pas vraiment le choix : le dollar reste la principale monnaie de réserve mondiale, la devise dominante pour les transactions internationales (pétrole, matières premières, etc.), ainsi que le socle du marché financier le plus vaste et le plus liquide au monde, sans véritable concurrent à ce jour.
Cependant, la confiance des investisseurs pourrait finir par s’éroder — c’est le scénario envisagé par l’organisation No Labels (BFMTV). Cent ans après, les États-Unis sont-ils sur le point de connaître une crise financière comparable à la Grande Dépression de 1929 ? Dans un document de 75 pages intitulé "Cauchemar sur Main Street", No Labels imagine une Amérique proche de l'effondrement économique, faute d'avoir réussi à tenir ses comptes publics.

Le début des turbulences est imaginé pour septembre 2028, à deux mois de l’élection présidentielle censée désigner le successeur de Donald Trump.
La crise commence par des difficultés à placer la dette américaine : les investisseurs exigent des taux d’intérêt toujours plus élevés, passant de 5 % à 6 %, puis 7 %, 8 %…
Les détenteurs de bons du Trésor prennent peur : "Qui voudrait acheter nos obligations à 10 ans offrant 5 % de rendement alors qu’il est possible d’en acheter de nouvelles à 8 % ? Personne, à moins de les brader fortement. C’est ce que nous avons dû faire", témoigne le PDG fictif d’une banque américaine.
La valeur des obligations s’effondre alors, entraînant dans son sillage les banques, dont elles constituent l’un des principaux actifs de bilan. Le crédit se contracte brutalement, touchant de plein fouet l’économie réelle avec des faillites d’entreprises et des licenciements massifs. La Fed tente de limiter les dégâts en abaissant ses taux, mais au prix d’un retour de l’inflation et d’une nouvelle érosion du pouvoir d’achat.
Il ne s’agit évidemment que d’un scénario, mais la dérive des finances publiques et l’explosion de la charge de la dette ne paraissent pas soutenables à long terme. Les États-Unis ne sont d’ailleurs pas un cas isolé : la France suit une trajectoire comparable. Mais en tant que première puissance économique mondiale, une défaillance américaine aurait des conséquences cataclysmiques.
Comme souvent en économie et sur les marchés, la psychologie joue un rôle central. Or, tout au long de l’année 2029, les États-Unis commémoreront le centenaire de la crise de 1929 — de quoi alimenter les inquiétudes et attirer la scoumoune.
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