Dans mon livre consacré au pouvoir d’achat, publié en 2018, je montrais notamment que l’or permet de préserver le capital sur le long terme, au-delà de fluctuations de prix parfois marquées, que j’avais détaillées dans un article paru la même année.

Je rappelle ma méthode d’évaluation : il s’agit de prendre le prix d’un bien pour une année donnée, puis de le rapporter au SMIC net mensuel de cette même année. Autrement dit, mesurer combien coûtait, pour un salarié rémunéré au salaire minimum, l’achat d’un aspirateur, d’une douzaine d’œufs ou encore d’un Napoléon, année après année, sur la période 1965–2015. C’est la méthode qu’avait adoptée le grand économiste Jean Fourastié pour reconstituer l’évolution des prix sur le long terme avec le plus de justesse et de réalisme possible.

Pour l’or, j’ai pris le Napoléon 20 Francs — la pièce d’investissement la plus courante en France. J’avais déjà effectué une actualisation en mars de l’année dernière : avec un Napoléon coté à 530 € et un SMIC net mensuel de 1 426 €, la pièce représentait alors environ 37 % de ce salaire.

Un an plus tard, la progression continue du cours de l’or modifie sensiblement ce ratio. Le Napoléon s’échange désormais autour de 750 €, tandis que le SMIC net mensuel atteint 1 443 €. La pièce de 20 francs or représente ainsi près de 52 % du salaire minimum mensuel. Autrement dit, un Napoléon vaut désormais environ la moitié d’un SMIC !

Le record de la fin des années 1970 — qui avait déjà été approché l’an dernier — est désormais nettement dépassé.

 

Prix réel de la pièce d'or Napoléon

 

On observe une tendance haussière qui s’accentue depuis le début des années 2000, période à partir de laquelle les banques centrales ont fait tourner la planche à billets pour faire face aux crises successives : éclatement de la bulle technologique en 2000, attentats du 11 septembre 2001, crise des subprimes en 2008, crise grecque en 2010, puis pandémie COVID en 2020.

L’augmentation continue de la dette américaine — qui vient de dépasser les 38 000 milliards de dollars — les craquements dans le crédit privé, ainsi que la guerre au Moyen-Orient, contribuent à nourrir une inquiétude de fond qui pousse les épargnants et les investisseurs à se tourner vers l’or.

Ce mouvement concerne également les banques centrales de nombreux pays émergents, qui cherchent à réduire leur dépendance au dollar en diversifiant leurs réserves de change vers l’or.

Le graphique est particulièrement éloquent : nous passons d’un niveau historiquement situé autour de 10 % à près de 50 % aujourd’hui. Il s’agit d’un bouleversement majeur qui traduit, selon nous, au-delà de la planche à billets, une crise de l’économie réelle et un recul du pouvoir d’achat en Europe.

Une énergie durablement plus coûteuse — sous l’effet de la transition énergétique et des conséquences indirectes des sanctions contre la Russie — ainsi qu’une quasi-absence dans les nouvelles technologies, telles que l’intelligence artificielle ou la robotique, dans un environnement marqué par une forte complexité bureaucratique et un marché fragmenté, amènent à un effacement économique de l’Europe. La situation est préoccupante, et les perspectives d’amélioration restent pour l’instant très limitées.

De plus en plus d’acteurs à travers le monde ont des raisons solides d’acheter de l’or. Dans un contexte où les monnaies fiduciaires se déprécient progressivement sous le poids d’endettements difficilement soutenables, le métal précieux continuera probablement de refléter ces évolutions dans ses cours. Particulièrement en France et en Europe, qui ne parviennent plus à générer de la croissance.

Un Napoléon vaudra-t-il un jour un SMIC mensuel ? Nous en prenons le chemin.

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Les informations contenues dans cet article ont un caractère purement informatif et ne constituent en aucun cas un conseil d’investissement, ni une recommandation d’achat ou de vente.