Le déficit budgétaire de la France suscite des inquiétudes depuis longtemps, mais cette fois la situation semble particulièrement préoccupante. Déjà élevé, le déficit devient complètement hors de contrôle.

Qu’on en juge : après un déficit de 5,1 % du PIB en 2025, bien au-delà des 3 % fixés par les critères de Maastricht, une note confidentielle du Trésor prévoit 5,2 % en 2026 et, surtout, 6,2 % en 2027 (L’Opinion). Pire encore que les anticipations de la Commission européenne, qui table sur 5,7 %. Le dérapage est total.

Et encore, rapporter le déficit au PIB revient à comparer deux grandeurs de nature différente. Normalement, on compare un déficit aux recettes. Sous cet angle, les 135 milliards € de déficit prévus pour le budget 2026 représentent environ 42 % des recettes de l’État, soit un déséquilibre démentiel : lorsque l’État perçoit 100 € d’impôts et de taxes, il en dépense 142 €. N’importe quelle entreprise tomberait en faillite, mais pas l’État, qui se finance par la contrainte et trouve encore, jusqu’à présent, des investisseurs prêts à lui prêter.

 

Budget 2026 de l'État
 Recettes : 319 milliards €

Déficit : 135 milliards €

 Dépenses : 454 milliards €

 

Est-ce la panique à Bercy ? À première vue, non. Le ministre des Comptes publics, David Amiel, temporise : « Les risques pour le déficit en 2027 seront rendus publics. On a missionné – et c’est inédit – quatre économistes indépendants qui rendront un rapport en juillet. » (Le Figaro).

Des économistes vont donc se pencher sur les déficits publics. Voilà qui manquait manifestement. On notera au passage que trois des quatre experts désignés n’ont jamais travaillé dans le secteur privé. Plus qu’une réponse à l’urgence budgétaire, ce nouveau comité Théodule traduit plutôt une déconnexion totale d’avec la réalité.

Un parlementaire préférant garder l’anonymat alerte : « Si l’effort budgétaire n’est pas à la hauteur, la Commission européenne pourrait imposer des sanctions dès la fin de l’année 2027, après l’élection présidentielle. »

Après la présidentielle : voilà l’information importante. D’ici là, tout semble fait pour repousser les décisions les plus douloureuses. Une attitude qui rappelle la célèbre formule attribuée à Madame de Pompadour après la défaite de Rossbach : « Après nous, le déluge. »

Ces chiffres catastrophiques interviennent dans un contexte économique déjà déprimé : le PIB a reculé au premier trimestre (-0,1 %), tandis que l’inflation repart à la hausse, atteignant 2,4 % sur un an selon l’INSEE et 2,8 % selon l’indice harmonisé européen.

Peut-on espérer un coup de pouce de Christine Lagarde ? Au contraire, la BCE a choisit de serrer la vis au mauvais moment en relevant son taux de dépôt de 2,0 % à 2,25 %, une première hausse depuis octobre 2023. Or, une remontée des taux d’intérêt renchérit le crédit immobilier, alourdit le coût de la dette des entreprises et contribue, au final, à ralentir davantage l’activité économique.

Nous sommes en récession et cette situation risque de durer, ce qui dégradera encore les recettes fiscales et poussera le déficit à la hausse.

Laisser ainsi filer le déficit ressemble à une forme d’abandon, un refus d’affronter la tempête et de refiler la patate chaude au prochain locataire de l’Élysée. Pas sûr cependant que les marchés l’entendent de cette oreille : et si une crise de la dette éclatait en pleine campagne présidentielle ?

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