« C’est quand la marée se retire que l’on voit ceux qui nageaient sans maillot. » — Warren Buffet

Sévissant depuis cinquante ans ou plus dans les marchés, je suis arrivé à une conclusion assez simple : lorsque la banque centrale des États-Unis commence à monter ses taux après une longue période de taux bas, beaucoup de ceux qui avaient emprunté lorsque c’était facile ne peuvent rembourser et font faillite.

J’ai souvent comparé cette réalité à la pêche à la dynamite en haute mer. Vous balancez un bâton de dynamite qui explose à dix mètres de profondeur. Les sardines et les merlans remontent d'abord. Suivent les thons, les requins, dauphins et cachalots. En tout dernier apparaissent les grandes baleines bleues. Et quand les baleines apparaissent, alors il est raisonnable de cesser d’être pessimiste et de commencer à acheter sur les marchés financiers. Cette fois-ci, la baleine pourrait bien être la zone euro.

Que le lecteur veuille bien considérer le graphique suivant :

 

 

En effet, nous venons d’atteindre 0.97 dollar par euro, ce qui semble bien indiquer que l’explosion a déjà eu lieu.

Depuis 1974, chaque fois que nous sommes passés sous la barre des 1.10, une baleine bleue remontait quelque temps après : d’abord l’Amérique Latine dans les années 1980, puis l’URSS à la fin des mêmes années 1980, et enfin l’Asie dix ans plus tard. Il me semble logique de prévoir que la prochaine baleine sera la zone euro.

Pourquoi ?

Parce que les pays de la zone euro qui ne paient plus leur énergie en euro, car nous sommes fâchés avec la Russie, vont devoir la payer en dollars, qu’ils n’ont pas. Ils doivent donc en acheter sur le marché en donnant des euros en échange. Ceux qui sont le plus à « découvert » sur le dollar dans le monde, ce sont donc les européens qui ne savaient pas, il y a un an, qu’ils allaient avoir besoin de tous ces dollars un an plus tard. Ils sont à découvert sur l’énergie, ce que tout le monde a compris, et sur le dollar, ce que peu de gens ont compris.

Si « gouverner c’est prévoir », on ne peut être qu’émerveillés par les capacités de prévision de madame Von der Leyen et de monsieur Macron qui présidait l’Europe l'an dernier.

  • Qui va donc casser l’ordre donné (par qui ?) à tous les pays européens de ne plus acheter de pétrole ou de gaz à la Russie, et donc de payer en dollars ce qu’ils achèteront à d’autres ?
  • Qui va franchir le Rubicon en premier et déclencher de ce fait la réaction nucléaire qui mettra fin à l’existence de mon Frankenstein financier favori, l’euro ? Telle est la question.

Eh bien, autre fois c’eut été le France. Aujourd’hui, je pense que c’est l’Italie.

Je m’explique.

D’abord, l’Italie, qui vote au moment où j’écris ces lignes, ne peut pas encaisser une nouvelle hausse des taux alors même qu’elle est en train de rentrer à nouveau dans un ralentissement.

 

 

Le PIB par habitant en Italie est en effet en baisse de 5% depuis la création de l’euro, tandis que la production industrielle a chuté de 18% depuis 2000 (merci monsieur Draghi).

Mais une nouvelle baisse de 3% du PIB par habitant, accompagnée d’une hausse de la dette en pourcentage du même PIB, s’annonce dans un futur assez proche. C’est ce que semble indiquer le troisième graphique :

 

 

La croissance nominale est inférieure à 2% par an et les taux d’intérêts sont supérieurs à 4%… et donc le ratio dette sur PIB va exploser à la hausse à nouveau et aller vers deux fois le PIB.

Faisons une petite règle de trois :

  • Le service de la dette est en ce moment à peu près à 3% du PIB par an et la BCE ne peut plus manipuler les taux de l’Italie à la baisse pour maintenir la tête du pays hors de l’eau, puisque les États-Unis montent les-leurs.
  • Sur les chiffres de croissance d’aujourd’hui (qui vont baisser), et compte tenu de la hausse des taux d’intérêts dans les cinq années à venir, le service de la dette passera à 6% du PIB. Cela veut dire que le niveau de vie de chaque individu baissera d’au moins 3%, ce qui est impossible.

Et il n’y a pas de solution tant que l’Italie restera dans la zone euro, et tout le monde le sait là-bas.

L’Italie peut facilement sortir de la zone euro puisqu’elle a un excédent primaire de son budget, ainsi qu’un excèdent commercial. Elle n’a donc pas besoin des marchés financiers pour faire ses fins de mois, au contraire de la France.

En tout état de cause, il ne faut pas s’y tromper : les élections italiennes portent sur un sujet et un seul : l’euro.

« Pensez-y toujours, n’en parlez jamais  », tel semble être le mot d’ordre en Italie.

Et donc, plus la « droite » aura de nouveaux élus, plus la probabilité que l’Italie abandonne l’euro sera élevée.

Plus de « combinazione », si utile aux Draghi de ce monde.

Les nouveaux élus, s’ils sont en nombre suffisants, vont devoir sortir de l’euro et donc de l’Europe le plus rapidement possible pour pouvoir signer au plus vite des contrats avec la Russie pour la fourniture d’énergie payable en nouvelle lire.

Sale coup pour l’OTAN, qui contrôle toute la Méditerranée à partir de bases américaines en Italie.

Les États-Unis vont-ils accepter que l’Italie achète son énergie en Russie ?

Je ne sais pas, mais si c’est le prix à payer pour garder leurs bases en Italie et en Grèce, sans doute.

Si quelqu’un a une autre solution, qu’il la présente toutes affaires cessantes au nouveau gouvernement Italien. Le temps presse.

Mon commentaire sur les élections, dont je ne connais pas les résultats :

  1. Si la droite a une majorité au-delà des attentes actuelles, l’euro est mort.
  2. Si la droite a la majorité dans les deux chambres, même conclusion.
  3. Si la gauche fait mieux que prévu, l’agonie du système va se prolonger. Achetez de l’or.

Source originale: Institut Des Libertés