Un événement fondamental est passé inaperçu la semaine dernière : exprimé en euros, le cours de l’once d’or a dépassé son record historique du 4 octobre 2012 (1380 €). Nous évoluons à 1400 € le 4 septembre. Personne n’en a parlé parce que les économistes et les médias ne prennent en compte que le cours de l’or en dollars qui, à 1537 $ le 4 septembre, demeure encore éloigné de son record du 16 août 2011 (1908 $). Cette différence s’explique par un accès de faiblesse du dollar par rapport à l’euro entre mi-2011 et mi-2012.

Cependant, nous sommes en Europe : les prix, nos salaires et notre épargne sont libellés en euros, c’est donc bien le cours de l’or en euros qu’il faut prendre en compte. Alors, comment expliquer cette fièvre de l’or ? Par une baisse significative de l’euro par rapport aux autres grandes devises ? Ce n’est pas le cas, il faut donc chercher une cause interne.

Le cours de l’or s’est maintenu au-dessus de 1200 € entre la mi-2011 et le premier trimestre 2013 pour ensuite refluer autour de 1000 € jusqu’en septembre 2018, date à partir de laquelle il entreprend une belle ascension, dans laquelle nous sommes toujours. Durant cette période, l’Europe se débat dans une crise de sa dette souveraine touchant la Grèce, ainsi que l’Irlande, le Portugal et l’Espagne. Une disparition de l’euro est évoquée par plusieurs commentateurs, il n’est donc pas étonnant que l’or se maintienne alors à un niveau élevé, ni qu’il reflue ensuite quand la crise sera résolue (en apparence) à coup de fonds d’aide et de planche à billets de la Banque Centrale Européenne.

Cependant, il n’y a pas de crise de la dette souveraine en ce moment, au contraire, puisque les taux-zéro rendent le déficit budgétaire et l’endettement indolores. Alors, comment expliquer cette progression du cours de l’or ? Il faut, selon nous, se tourner vers un secteur dont les médias parlent peu, celui des banques européennes. Pour en avoir une image synthétique et fidèle, quoi de mieux que de regarder l’EURO STOXX Banks (le cours boursier des grandes banques européennes) sur 10 ans : c’est catastrophique ! Le cours passe par un plus haut à 240 points, puis s’effondre à trois reprises. Nous en sommes à 80, soit une division par trois, et une tendance clairement orientée à la baisse.

Voici la source du problème, silencieuse cette fois contrairement à la crise grecque : les grandes banques européennes. Certaines vont plus mal que d’autres (les italiennes, les grecques, les espagnoles, la Deutsche Bank), mais celles qui ne suscitent pas d’inquiétude dans la presse spécialisée, comme les banques françaises, font pâle figure par rapport à leurs consœurs américaines. Car ces dernières ont effectué un réel effort de redressement de leurs comptes et leur effet de levier avoisine les 1/10 (un dollar de cash pour 10 d’engagement) quand les banques européennes se situent autour de 1/30… Les investisseurs ne sont pas dupes et ils restent éloignés de ces valeurs, d’où un cours de bourse massacré. La BCE, qui ne parvient pas à sortir de l’ornière des taux-zéro, rajoute bien sûr aux inquiétudes.

Une fois n’est pas coutume, la prochaine crise financière viendra peut-être d’Europe et pas des États-Unis, expliquions-nous en janvier 2018, et ce pronostic semble se confirmer. Face à cette menace, la meilleure protection est l’or, évidemment et, manifestement, de plus en plus de personnes se le disent et passent aux actes.