C’est amusant, l’or et le bitcoin semblent avoir échangé leurs rôles depuis le début de l’année 2025 : d’habitude placide et augmentant sereinement, l’or explose les compteurs comme un bitcoin en plein bull run, tandis que la devise numérique s’offre une année de calme et de stabilité. Et ce que l’on pourrait appeler les "altcoins de l’or", que sont l’argent mais aussi le platine ou le palladium, grimpent derrière le métal précieux numéro un. Tandis que les altcoins (Ethereum, XRP, Solana…), eux, font grise mine. Le monde à l’envers !

Une question s’impose aussitôt : l’or risque-t-il de connaître, à son tour, un plongeon comparable à ceux que le bitcoin essuie régulièrement lors de ses bear markets ? Un krach de l’or est-il envisageable ? Examinons ce scénario.

Le bitcoin évolue par cycles de quatre ans relativement bien identifiés, rythmés par le halving — ce mécanisme qui divise par deux la création monétaire tous les quatre ans. Sauf précisément en ce moment. 2025 aurait dû être une belle année, mais le bitcoin s’est fait largement distancer par l’or. S’agit-il d’un retard ou les cycles sont-ils désormais complètement dilués ? Trop tôt pour le dire. L’or, lui, ne connaît pas de ruptures brutales dans sa production – de l’ordre de 3 000 tonnes par an – et n’est donc pas soumis à de tels cycles.

Regardons dans l’histoire les fortes baisses du cours de l’or, on en connaît deux, et voyons si elles sont reproductibles :

  • En 1980 : après la période de forte inflation durant la décennie 1970, l’or est pris à contre-pied par la vigoureuse politique du nouveau président de la Fed, Paul Volcker, qui monte le taux directeur à 20% ! L’inflation finit par être vaincue et le cours de l’or chute, avant de stagner entre 300 et 400 dollars l’once jusqu’au début des années 2000. Aucun risque que ce scénario se reproduise aujourd’hui. Au contraire, Donald Trump a clairement exprimé sa volonté de remplacer Jerome Powell, qu’il juge responsable de maintenir des taux d’intérêt trop élevés. Le mandat de Powell s’achève en mai et son successeur devrait adopter une posture nettement plus accommodante. Autrement dit : le risque d’une remontée des taux est quasi nul.
  • En 2013 : après la flambée liée à la crise des subprimes de 2008 puis à la crise grecque de 2010-2011, qui avait ravivé les doutes sur la pérennité de l’euro (l’or frôlait alors les 2 000 dollars l’once), le cours s’est replié et a stagné jusqu’en 2018. Nous ne sommes aujourd’hui absolument pas dans ce cadre. Mais cela veut dire que si une crise financière ou une crise de la dette — américaine, européenne ou japonaise — devait survenir, le cours de l’or s’envolerait encore davantage. Il ne pourrait corriger ensuite que dans l’hypothèse où cette crise serait résolue sans dégâts majeurs.

Bien sûr, une partie du mouvement actuel s’explique par le stress provoqué par Donald Trump et ses droits de douane, annoncés brutalement, puis ajustés à la baisse avant d’être relevés de nouveau. Cette versatilité va-t-elle cesser ? Difficile à dire. Le fait est qu’il dispose de peu d’outils et qu’il aime manifestement s’en servir. Il ne faut probablement pas s’attendre à de grands changements d’ici les élections de mi-mandat du 3 novembre — renouvellement du Congrès et d’un tiers du Sénat. La suite dépendra de sa majorité et des nouveaux équilibres politiques. C’est donc la date clé à garder en tête.

Ce qui ressort surtout, c’est la montée de la volatilité : en l’espace de seulement 14 heures, la capitalisation de l’argent a fluctué de plus de 2 000 milliards de dollars — soit davantage que la capitalisation totale du bitcoin.

 

Volatilité du prix de l'argent

Source

 

La volatilité restera élevée – voire pourrait encore s’accentuer – cela ne fait guère de doute. Mais on n’achète pas de l’or pour une journée ou même pour un an : on en achète pour des années, parfois des décennies, afin de se protéger d’une dilution monétaire que plus aucun État ne cherche réellement à freiner. L’or permet de voir venir, de s’enrichir, et de profiter du spectacle.

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