Comme chaque début d’année, Saxo Bank dévoile ses “prévisions chocs”. L’objectif n’est pas tant de lire dans une boule de cristal que de provoquer la réflexion, de bousculer les certitudes et de surprendre. Leur lecture reste intéressante, qu’on soit d’accord ou non. À l’heure où les économistes se réfugient trop souvent dans des projections sages, qui prolongent simplement les tendances passées sur l’inflation ou la croissance, ces scénarios de rupture ont le mérite de nous sortir la tête des modèles macro traditionnels.
Les huit prévisions "chocs" 2026 ne dérogent pas à la règle. L’une de mes préférées imagine la nomination d’une IA à la tête d’une grande entreprise américaine — un scénario qui paraît, à ce stade, presque plausible. La première de ces prédictions annonce que l’ordinateur quantique opérationnel sera mis au point plus vite que prévu, dès 2026 justement. Une telle avancée rendrait vulnérables toutes les adresses Bitcoin un peu anciennes, entraînant un krach dantesque du marché crypto. De nombreux systèmes de sécurité, notamment bancaires, seraient eux aussi mis à genoux. Dans cet environnement, « L’or s’envole vers 10 000 USD en devenant l’actif ultime “sans mot de passe”. » Ce serait bien le minimum dans un tel cataclysme.

Mais la prévision qui nous intéresse ici, c’est la septième : « La domination du dollar remise en cause par le yuan doré de Pékin ». Elle s’ouvre sur un véritable coup de tonnerre : « La Chine surprend le monde en annonçant des réserves d’or auditées bien plus importantes que ce qui avait été communiqué jusqu’ici, suffisamment élevées pour dépasser les réserves officielles des États-Unis. » J’avais déjà évoqué cette possibilité il y a dix ans (Réserves d’or, PIB : la Chine joue au poker menteur), convaincu que Pékin minimise délibérément le montant réel de ses réserves d’or. De plus en plus d’économistes et d’analystes estiment d’ailleurs que celles-ci excèdent depuis longtemps celles de Fort Knox.
À la suite de cette annonce, Pékin lancerait un yuan offshore indexé sur l’or, négociable uniquement sur les places de Hong Kong et de Singapour, tandis que le yuan domestique — celui utilisé par les ménages et les entreprises chinoises — resterait, lui, strictement administré.
Ce “yuan doré”, selon l’expression de Saxo, serait « complété par d’autres actifs de réserve, obligations américaines et matières premières, afin d’en réduire la volatilité. » Il deviendrait ainsi une devise de confiance, d’échange et de réserve qui concurrencerait directement le dollar. Saxo conclut : « Le “yuan doré” devient un second pilier durable du système monétaire mondial, non pas en remplaçant le dollar, mais en mettant fin à son monopole. »
Ce serait un coup de maître de Pékin : une offensive magistrale contre la toute-puissance du dollar, une affirmation de la souveraineté et de la puissance chinoise. Avant d’envahir Taiwan ? Ce yuan indexé sur l’or constituerait une réponse idoine aux sanctions américaines, pour continuer à échanger hors du système dollar.
Saxo n’évoque pas ce scénario, mais tout le monde y pense depuis longtemps. Pour tout dire, ce n’est plus vraiment une prévision “choc”.
Le “yuan doré” nous paraît être un scénario tout à fait crédible, en 2026 ou plus tard. Et gardons ceci à l’esprit : accumuler de l’or comme le fait la Chine n’a aucun sens si l’on ne révèle jamais le véritable montant de ses réserves. Un jour ou l’autre, Pékin mènera une opération vérité, et ce sera une déflagration.
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