L’attitude des banques centrales vis-à-vis de l’or se modifie inéluctablement, même si cela se fait à la vitesse d’un paquebot. Dans les années 1990, elles vendaient leur or (notamment la France et l’Angleterre), puis elles ont stoppé ces ventes dans les années 2000 face à la hausse des cours, tout en comprenant leur erreur, pour se mettre à en accumuler à partir des années 2010, essentiellement les pays émergents (Chine, Asie, Russie, Kazakhstan, Turquie, Moyen-Orient), en retard sur les grands détenteurs (États-Unis, Allemagne, Italie, France).

Depuis le 3 juillet, une nouvelle étape est franchie : Donald Trump vient en effet de nommer Judy Shelton au Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine (Fed), l’instance dirigeante de la banque centrale, qui ne compte que 7 membres dont le président de l’institution, en l’occurrence Jerôme Powell, en poste depuis le 5 février 2018. Chaque nomination revêt donc une importance particulière. Elle sera accompagnée de Christopher Waller, actuel vice-président exécutif à la Fed de Saint-Louis, et tous deux devront être confirmés par le Sénat.

Justement, Judy Shelton s’est fait connaître comme une fan de l’étalon-or, à travers plusieurs articles récemment publiés. Elle aborde l’étalon-or par le biais du commerce international – une approche plutôt originale – puisqu’elle déplore, le 21 avril, dans le Wall Street Journal, que "Malgré tous les discours sur un système "basé sur des règles" pour le commerce international, […] les arrangements actuels permettent aux gouvernements de manipuler leurs devises pour obtenir un avantage à l'exportation", alors que l’étalon-or établi une "référence internationale pour les valeurs monétaires", conformément aux principes du libre-échange, qui empêche la triche (en faisant de facto l’or la "monnaie unique" du commerce international). Un argument qu’a dû apprécier le président Trump, lui qui se plaint régulièrement des manipulations monétaires de la Chine et de l’Europe.

Autre point de vue atypique, et plutôt culotté pour quelqu’un qui va siéger à la direction d’une banque centrale, elle se demande "s'il ne vaudrait pas mieux lier l’offre de monnaie et de crédit à l’or […] plutôt que de se fier au jugement d'une dizaine de responsables monétaires réunis huit fois par an pour fixer les taux d’intérêt." Les dirigeants des grandes banques centrales de la planète ont trop de pouvoir, faisons plutôt confiance à l’or ! On ne peut que l’approuver. Elle suggère par ailleurs, en 2018, dans un article du Cato Institute, que les États-Unis devrait proposer "un nouveau système monétaire international lié d'une certaine manière à l'or, […] tout en promouvant un véritable libre-échange fondé sur une base monétaire solide."

Voici des prises de position extrêmement novatrices et encourageantes pour quelqu’un qui, une fois nommée au Conseil des gouverneurs, pourrait accéder à la fonction suprême, la présidence de la Fed… En attendant, on notera déjà cette inflexion supplémentaire significative visant à redonner à l’or un rôle dans le commerce international, comme dans la politique monétaire. Après le passage de l’or en actif sans risque par les accords de Bâle III en mars dernier, qui concerne les banques commerciales, voici une autre avancée capitale pour l’avenir de l’or.