En 1798, Thomas Malthus, Pasteur Anglican, publie un livre sous le titre « Essai sur le principe de population » qui connut un immense succès. Sa thèse était très simple : la population se développait en progression géométrique tandis que les ressources naturelles nécessaires pour nourrir cette population se développaient en progression arithmétique. Et donc, la taille de la population étant contrainte par les quantités de nourriture disponible, des famines étaient inévitables pour ajuster la population aux ressources disponibles.

Cette thèse expliquait parfaitement ce qui s’était passé des origines de l’humanité à 1798, mais, hélas pour l’auteur, elle fut publiée juste au moment où la Grande-Bretagne, suivis par le reste de l’Europe et les États-Unis se lançaient dans la révolution industrielle. L’émergence de progrès techniques incroyables dans l’agriculture « libéra » une partie importante de la population du travail agricole, ce qui permit le décollage de l’industrie et le développement des progrès techniques dans d’autres domaines (médecine, transports etc.… ), eux-mêmes createurs de richesse.

Cette idée a été reprise aux cours des deux derniers siècles par une série de penseurs pessimistes, qui annonçaient tous la fin du monde, les derniers étant les écologistes. La grande différence étant que les écologistes d’aujourd’hui ont accumulé assez de pouvoir politique dans nos sociétés pour empêcher tout progrès technologique. Or, si l’on interdit le progrès technologique, les analyses de Malthus sont parfaitement valables. Dans ce cas, l’une des premières manifestations du retour de la contrainte malthusienne dans nos sociétés serait une augmentation très forte du prix du blé, pour nourrir les gens, et aussi du prix de l’énergie, puisque l’économie n’est que de l’énergie transformée.

Comme d’habitude, vérifions, vérifions encore, vérifions toujours.

 

 

Depuis le début du siècle, les prix du blé et les prix du pétrole ont quadruplé et sont à un plus haut historique, ce qui semblerait indiquer que nous avons peut-être un problème. Allons un peu plus loin. Pour faciliter ma démonstration, je vais calculer un indice IDL (énergie-nourriture) maintenu tout le temps à 50 % énergie et 50 % nourriture pour le comparer à l’indice officiel des prix de détail aux États-Unis.

 

 

Nous constatons que sur le long terme, l’indice IDL nourriture et énergie revenait toujours sur l’indice des prix aux États-Unis et cette fois-ci, il s’en est écarté de façon considérable …

Ciel ! Malthus aurait il raison ?

Sommes-nous arrivés à la fin de l’histoire ?

Avant d’accepter cette idée, je voudrais faire deux remarques :

  1. En 1998, le ‘’ Bureau of Labor Statistics “, ou BLS, qui calcule l’indice des prix de détail aux États-Unis, a effectué des changements fondamentaux dans la façon dont il effectuait ses calculs, qui ont sans doute abouti à une sous-estimation patente de l’inflation aux États-Unis. Dans ce cas, ce n’est pas l’indice IDL qui est trop haut, c’est l’indice des prix qui est trop bas.
  2. Cette analyse est « confirmée » si je prends en compte le fait que la politique monétaire de la banque centrale américaine a été inflationniste depuis le début du siècle, ce qui aurait dû faire monter les prix de détail, ce qui n’a pas été le cas sauf depuis 12 mois  où ils montent comme des fusées, mais avec retard, alors même que l’indice IDL, lui, est monté comme chaque fois que la politique monétaire a été inflationniste, et c’est ce que montre le troisième graphique.

 

 

Ce qui m’amène à une explication alternative pour comprendre la hausse des matières premières depuis vingt ans : la banque centrale américaine, depuis 2002, a suivi une politique monétaire constamment inflationniste en maintenant des taux réels négatifs (hachurages verts), pour procéder à « l’euthanasie du rentier ». Le résultat a été le même que lors de toutes les expériences similaires dans les années 40 ou les années 70 : les prix se sont envolés.

La seule différence a été que, cette fois, l’indice des prix de détail a mis du temps à réagir et l’explication la plus simple est sans doute que le hasard n’a pas grand-chose à voir avec ce retard, et que cette non-réaction a été causée par un mode de calcul dont le but essentiel semble avoir été de minimiser la hausse des prix, pour pouvoir continuer à suivre des politiques imbéciles.

Conclusion

Il semble donc bien que la hausse des prix actuels ait peu à voir avec la contrainte Malthusienne et tout à voir avec des politiques monétaires débridées aux États-Unis, mais aussi en Europe.

Cependant, la différence essentielle entre cette période inflationniste et les précédentes est que cette fois-ci, la politique inflationniste est accompagnée d’une tentative d’empêcher l’augmentation de l’offre d’énergie « fossile » pour des raisons non scientifiques, l’écologie étant devenue une nouvelle religion.

Et comme les engrais sont aussi de l’énergie transformée et que l’offre d’énergie a été volontairement contrainte, nous allons souffrir d’un manque d’énergie et donc d’un manque de nourriture.

Mais cela n’a rien à voir avec la contrainte malthusienne et tout à voir avec cette nouvelle idolâtrie, l’adoration de la déesse Gaia. Comme le disait Chesterton : « Quand les gens cesseront de croire en Dieu, ce n’est pas qu’ils ne croiront à rien, c’est qu’ils croiront à n’importe quoi »

Le problème aujourd’hui vient donc de ce que nous sommes passés d’une société scientifique à une société magique, qui comme le Marxisme, se prétend scientifique mais ne l’est en rien.

En attendant que notre monde redevienne rationnel, ce qui se produira quand nous aurons été obligés par les nouveaux prêtres de marcher les pieds nus dans la neige pendant deux ou trois hivers de suite, je ne saurai trop recommander aux lecteurs d’avoir une part substantielle d’or dans leurs portefeuilles, puisque l’or suit parfaitement mon indice IDL de l’énergie et de la nourriture, et qu’il semble être en retard.

 


Source originale: Institut Des Libertés