Max Keiser : Bienvenue dans le Keiser Report, ici Max Keiser. Nous sommes aujourd’hui avec Egon von Greyerz ! Egon, avec le Mont Cervin en arrière-plan, je confirme que vous êtes bien en Suisse !

Egon von Greyerz : Tout à fait ! C'est une montagne magique, l’endroit idéal pour se confiner… Cela fait des années maintenant que je vis en Suisse où, d’ailleurs, j’ai basé mon entreprise Matterhorn Asset Management.  

Max Keiser : Super ! Faisons le point sur différents sujets. Vous avez récemment tweeté : « La découverte des prix est clairement impossible dans ce faux marché de l’or papier. Il s’échange 70 000 milliards $ d’or papier chaque année, alors que la production minière annuelle ne représente que 213 milliards $. »

Egon von Greyerz : Le volume brut des échanges entre les banques LBMA sur le marché de l’or est supérieur au volume S&P. Le marché de l’or est pourtant très petit. Seulement 0,5% des actifs financiers mondiaux sont investis dans l'or. On peut donc se demander pourquoi un tel volume est négocié sur ce marché.

Selon moi, il s'agit d'une manipulation à la baisse et d'une intervention constante de la part de la BRI (Banque des Règlements Internationaux) et des banques d'investissement. Basée à Bâle, la BRI est la banque centrale des banques centrales. Évidemment, elle bénéficie d'une immunité totale contre toute poursuite. Elles interviennent sur le marché de l’or car les banques centrales n'ont pas le métal physique qu'elles prétendent détenir et une grande partie de celui-ci a été loué sur le marché.

La BRI et les banques d'investissement doivent constamment faire du négoce sur ce marché, notamment en effectuant des swaps, pour prétendre qu'il y a encore de l'or et que les banques centrales en ont. Mais nous savons que les banques centrales prêtent ou louent leur or sur le marché.

Autrefois, l'or restait à Londres. Il n'y avait pas de problème, car c'est là-bas que la plupart des banques centrales stockaient leur or et que se trouvait la majorité des avoirs de la LBMA, y compris l'or de L’ETF GLD. Mais au cours des 10-15 dernières années, les principaux acheteurs ont été l'Inde, qui a une grande tradition de l’or, puis la Chine. Avant, l'or était prêté par les banques centrales aux banques d'investissement et conservé à Londres, mais dorénavant la Chine prend livraison du métal, et ce, depuis plus de dix ans. L'or appartenant aux banques centrales, l'or loué, est donc parti en Chine. Et il ne reviendra jamais. Toutes les banques centrales détiennent donc une reconnaissance de dette (IOU) de la part des banques d'investissement, que ces dernières ne pourront jamais honorer. À mon avis, cette forte activité de négoce sert à dissimuler une pénurie d’or physique.

Max Keiser : La manipulation du prix de l'or finit par envoyer un signal de prix. Ce signal de prix est repris par les médias financiers et devient un consensus selon lequel le prix de l'or reflète une certaine absence d'inflation. Cela justifie des taux d'intérêt bas, qui sont ensuite recyclés en gains pour les banques, qui perpétuent une fraude massive sur le marché obligataire. Les banques centrales achètent non seulement de l'or factice, mais aussi des obligations factices ; vous savez que ces obligations sont imprimées et cachent une énorme bulle obligataire. La bulle obligataire est le marché le plus manipulé au monde. Le cours de l'or ne reflète pas l'offre et la demande, ce qui prouve qu'il est complètement manipulé. Je ne pense pas que nous résoudrons l'énigme du prix de l'or tant que nous n'aurons pas trouver de solution aux énormes bulles que sont les banques centrales et le marché obligataire. Ma question est la suivante : comment cette bulle pourrait-elle éclater ? Car nous ne verrons jamais l'or s'échanger à sa véritable valeur tant que la bulle obligataire n'aura pas éclaté.

Egon von Greyerz : Je suis d'accord avec vous sur le marché obligataire. C'est de loin la plus grosse bulle du monde et elle va éclater, sans aucun doute. Il n’est pas logique d’avoir un montant d’emprunts record et des taux si bas, voire négatifs. On voit bien que ça n’a rien à voir avec la loi de l’offre et de la demande, mais que c’est de la pure manipulation. Je pense que les marchés de la dette vont faire défaut. Les banques centrales, en particulier le duo de choc Biden-Yellen, vont accélérer l’impression monétaire, ce que tout le monde pensait impossible à faire étant donné qu’elle a déjà augmenté de manière exponentielle. Obama a créé plus de monnaie en huit ans que tous les précédents présidents en 200 ans.

Il y aura des défauts sur la dette. Le Coronavirus a été le catalyseur parfait pour cette phase finale d'impression monétaire, mais ces défauts entraîneront une hausse des taux d'intérêt et les banques centrales perdront le contrôle du marché obligataire. Un effondrement des marchés financiers serait grave. Cela risque d’avoir lieu cette année, je pense même dans les mois à venir. Le krach du marché obligataire pourrait prendre un an ou deux.

Quand cela se produira, nous assisterons à la fin du système financier. Le cours de l’or commencera à monter bien avant l’effondrement. Les actions vont entamer leur plongeon dans les prochains mois, c’est inéluctable. L’or pourrait légèrement baisser au départ, comme c'est souvent le cas, mais ensuite, son prix s’envolera. Un effondrement des marchés obligataires déclencherait une hausse rapide. Peu importe s’il n’augmente pas d’un seul coup, tant que c’est une hausse continue.

Nous avons commencé à nous intéresser à l'or physique il y a 20 ans, lorsqu’il coûtait 300 $. La tendance à la hausse va se poursuivre, mais le métal ne montera jamais en ligne droite comme le Bitcoin. L’or a subi d’importantes corrections, certes pas aussi marquées que celles du Bitcoin, mais il y a toujours eu des corrections et de la manipulation. Il y a quelques semaines seulement, le prix de l'or a perdu 75 $ en quelques secondes. 1,4 million d’onces ont été vendues. Manipulation typique. Aucun trader dans le monde qui tient à son emploi ne vendrait 1,4 million d'onces sans qu’il y ait un achat correspondant, ni ne ferait chuter le prix à 75 $.

À court terme, le marché est manipulé. À long terme, l'offre et la demande prévaudront.

Toutes ces quantités massives d'or papier à terme, qui ne seront jamais livrées physiquement, provoqueront l’écroulement du système. Le COMEX implosera et les banques LBMA ne survivront pas, ou alors elles auront tellement d'argent imprimé par la banque centrale qu'elles ne vaudront plus rien. Nous approchons de la fin de l’ère des banques centrales, débutée il y a plus de 100 ans. La phase finale sera spectaculaire et elle se terminera mal. Nous conseillons de détenir de l'or. Dans votre cas, ainsi que pour de nombreux investisseurs, c’est aussi bien d'avoir du Bitcoin. L'or vous protégera-t-il ? Je pense que oui. Je ne connais pas suffisamment le Bitcoin, je ne peux donc pas dire comment il pourrait protéger. Selon moi, l'or jouera son rôle de monnaie et continuera à préserver la richesse, comme cela a été le cas pendant 5 000 ans. Mais nous aurons d'autres problèmes à régler si mes prévisions sont justes.

Max Keiser : Cette manipulation du marché, orchestrée par un système bancaire de réserve fédérale corrompu à l'échelle mondiale, a été dénoncée par certains directeurs d'entreprises comme Michael Saylor (MicroStrategy); il a investi des milliards de dollars dans le Bitcoin et appelle ouvertement à détruire le système corrompu en achetant du Bitcoin parce que, contrairement à l'or, contrairement au marché obligataire, le Bitcoin semble immunisé contre les manipulations des banques centrales, des banques d'investissement et des banques d’affaires de Wall Street. Si la valeur du marché du Bitcoin atteignait 4 000 à 8 000 milliards $ (il est actuellement évalué à environ 600 milliards $), serait-ce le déclenchement de l’explosion de cette bulle et assisterions-nous alors à une découverte des prix de l'or ? C'est le point que j'essaie de faire valoir auprès de personnes comme Peter Schiff, qui critique le Bitcoin. Le Bitcoin devrait être son ami parce qu'il pourrait faire éclater la bulle obligataire et ouvrir la voie à une véritable découverte du prix de l'or.

Egon von Greyerz : Comme je l'ai dit, je ne suis pas un expert du Bitcoin. Je ne ferais pas de lien direct entre l’or et le Bitcoin, parce qu'ils ont évolué de manière totalement différente et je doute que le Bitcoin fasse monter l'or. Mais s'il atteint ces niveaux, je pense que les banques centrales diront qu’elles ne veulent pas du Bitcoin, qu’il est devenu trop important. Il y a un risque qu'elles bannissent le Bitcoin. Vous savez, elles ne détiennent pas de Bitcoins et elles n'en détiendront probablement pas. S’il doit y avoir une monnaie numérique, ce sera celle créée par la banque centrale. Je vois l'or suivre une tendance haussière continue à long terme et même s’il corrige à court terme, la tendance à long terme est plus forte. Nous allons assister à des mouvements majeurs au cours des prochains mois. Mais là encore, nous mesurons tout cela en monnaie papier. Cela ne veut rien dire car, quelle sera la valeur de la monnaie papier à ce moment-là ?

Max Keiser : Le FMI appelle à un nouveau Bretton Woods, qu'est-ce que cela signifie ?

Egon von Greyerz : Cela signifie une nouvelle manipulation des monnaies et des marchés financiers. Ils pourraient essayer de tromper temporairement le marché en créant de nouvelles monnaies numériques et en mettant la dette de côté. Vous savez bien que la vieille dette ne compte pas… Cela ne fonctionnera pas, ou alors pendant un très court laps de temps. Peu importe le Reset “officiel”, il échouera. La véritable réinitialisation sera incontrôlée, incontrôlable et très désagréable pour le monde entier.

Max Keiser : Merci beaucoup Egon d'être venu au Keiser Report.

Egon von Greyerz : C'est toujours un plaisir de te voir Max. Ravi de te parler. Merci beaucoup.