Un économiste américain à l’esprit caustique a fait remarquer que les États-Unis étaient devenus une société communiste – définie par la "propriété collective des moyens de production" – puisque les grandes entreprises du pays sont détenues majoritairement par les fonds de pensions, c’est-à-dire les caisses de retraites des salariés. Les travailleurs "possèdent" donc les moyens de production, CQFD. Bien sûr, cela ne se fait pas sous l’autorité d’un État central autoritaire mais par l’entremise de la "main invisible" du marché. Ce mécanisme se fait aussi à travers des institutions financières au fonctionnement plutôt opaque, le contrôle des salariés est donc tout relatif. Mais formellement, la remarque se tient, au-delà de son ironie première.

Dans une société de liberté, le "collectif" se construit à travers des décisions individuelles libres, et c’est tant mieux, mais la volonté d’imposer des normes collectives "pour le bien des gens" est une tendance malheureusement répandue chez les dirigeants. En Occident, l’étatisation progresse insidieusement, mais aussi par des sauts brutaux : lors de la Première Guerre mondiale (l’étalon-or disparaît et l’État met la main sur la monnaie, création de l’impôt sur le revenu), lors de la Deuxième Guerre mondiale (explosion des dépenses étatiques, nationalisations, contrôle des prix), lors de la crise des années 1970 (fin de la convertibilité or-dollar, croissance des dépenses publiques et du déficit budgétaire), lors de la crise financière de 2008 (intervention massive des banques centrales). Il est à craindre que l’actuelle pandémie de coronavirus amène à franchir une nouvelle étape.

Avec cette crise, les dépenses publiques des gouvernements et les planches à billets des banques centrales explosent tous les records précédents, pour le bien des populations bien entendu. C’est pourtant l’impréparation et l’amateurisme de nombreux États à travers la planète qui ont accentué cette crise (manque de tests et de masques). Ce sont les mêmes qui vont, disent-ils, nous en sortir... On connaît surtout cette formule de communicant : "il ne faut pas gâcher une bonne crise". Tous ceux qui veulent faire avancer le collectivisme se frottent les mains en ce moment. Ce sont pourtant des États ayant de faibles niveaux de prélèvements obligatoires et gérés comme des entreprises (Taiwan, Singapour, Corée du Sud) qui ont le mieux contenu cette pandémie, et avec un confinement limité, donc des pertes réduites pour leurs économies, mais cela on l’oublie.

Alors allons-y, en avant pour les dépenses publiques ! Mais dont on voit qu’elle servent en grande partie un délétère "capitalisme de connivence" (aidons les grosses entreprises, les PME et les indépendants se débrouilleront avec le reste). N’attendons en outre aucune remise en cause de l’État, car la crise économique existait bien avant que ne surgisse le coronavirus (des baisses d’impôts ? moins de bureaucratie ? rêvons un peu, ça ne coûte rien). En avant pour la planche à billets "illimitée" des banques centrales, qui se présentent comme le chevalier blanc censé nous sauver, mais qui finiront par ruiner nos monnaies lorsque que l’inflation sortira de sa boite.

La collectivisation progressive de nos sociétés se fait, depuis le début du XXe siècle, par l’alliance entre l’État et de sa banque centrale : de la fin de l’étalon-or à l’argent dématérialisé d’aujourd’hui, le pouvoir de l’État croît à mesure que la monnaie perd de son intégrité et lui est de plus en plus soumise. Un État fort et omniscient ne peut pas coexister avec une devise qu’il ne contrôle pas, ce serait laisser un immense espace de liberté aux individus.

Comment résister ? Une voie consiste à s’intéresser à la monnaie justement. Dans cette perspective l’or (et le bitcoin, mais son adoption est encore trop limitée) représente un vrai espace de liberté et d’autonomie ; multiséculaire et partout reconnu, il inspire confiance. Une façon de contrer cette marée collectiviste consiste à poser la question de la monnaie, de son contrôle, de sa valeur, de sa circulation, du système bancaire. Il faut exiger la remonétisation de l’or, la possibilité – pour ceux qui le souhaitent, comme une monnaie complémentaire – de pouvoir effectuer des virements et des paiements en métal précieux, ce qui passe notamment par la fin de la taxe sur la plus-value le concernant (l’or n’est pas un "actif", c’est une monnaie). Ce sera un combat difficile, mais retrouver notre autonomie face à un État Leviathan passe, entre autres, par la monnaie, qui est un instrument de notre liberté.