Les manuels d’économie présentent l’inflation comme un des moyens privilégiés, pour un Etat, de réduire drastiquement sa dette et, effectivement, ce moyen a souvent été utilisé dans l’histoire. Une vague de forte inflation apparaît et, comme par enchantement, le poids de la dette publique s’en trouve réduit d’autant, même si, au passage, les épargnants sont ruinés, et tous ceux qui touchent des rentes (les retraités notamment) s’appauvrissent considérablement.

Cependant ce procédé a l’inconvénient de provoquer un choc important sur l’économie. Dans le cadre de la mondialisation, avec une interconnexion croissante des nations, un effet boule de neige sur les prix menace de provoquer un effondrement de l’activité (dépréciation de la monnaie, fuite des capitaux, krach boursier, chute de la consommation, fermetures d’usines, etc.). Alors il faut s’y prendre autrement, plus subtilement, comme nous pouvons le voir aujourd’hui.

Qu’elle soit sous forme de livret ou d’assurance-vie, l’épargne ne rapporte plus rien. Seuls les placements boursiers se révèlent encore intéressants, mais ils sont volatiles et concernent, au final, une petite fraction de la population. La politique de taux zéro de la Banque Centrale Européenne (BCE) produit ses effets : l’épargne n’est plus récompensée. Elle n’est pas encore perdante, puisque l’évolution des prix à la consommation tend également vers zéro, mais ça va venir.

De leur côté, les Etats refinancent leur dette à 0% ou presque, ce qui implique qu’avec le temps elle leur coûte de moins en moins cher. La durée moyenne de la dette publique de la France, de l’Italie ou de l’Allemagne est d’environ 7 ans, ce qui signifie qu’au bout de 7 ans la moitié du stock de dette aura été refinancé avec de nouveaux emprunts à 0%, en conséquence le poids de cette dette (le coût des intérêts à verser) dans le budget sera divisé par deux. Magique !

Ensuite, pour diminuer le poids du capital lui-même, il suffira de revenir à une inflation "normale" (définie comme telle par la banque centrale) de 2 à 3% l’an. L’épargnant, lui, restera planté avec des produits remplis de bons du Trésor ne rapportant rien, et son capital s’érodera donc d’autant tous les ans. Avantage inverse pour les Etats qui verront leur dette publique perdre 2 à 3% de leur valeur tous les ans. La BCE souhaite explicitement revenir à un tel niveau d’inflation, et à force de planche à billets (QE de 60 milliards d’euros par mois) et de perte de valeur de l’euro, elle va bien y parvenir.

De cette façon, l’euthanasie des rentiers et des épargnants se fera en douceur, sans cris, sans crise, sans perturber une économie qui continuera de végéter à un taux croissance à peine supérieur à zéro. Voici le plan des pays européens et de la BCE, il est plutôt médiocre et mesquin, mais finalement relativement efficace. Ceci dit, cette politique de taux zéro et de QE génère des bulles et des déséquilibres qui peuvent favoriser l’apparition d’un "cygne noir" qui viendra bouleverser tout ce dispositif. Mais quoi qu’il en soit, l’épargnant et le rentier paieront, soyons-en certains.