La France sortira bientôt totalement du confinement, mais la sortie de la crise, c’est pour quand ? Le pays le plus touché par la récession en Europe, hormis peut-être l’Espagne, va en effet traverser une épreuve difficile.

Le pari du gouvernement est simple : le PIB va reculer d’environ 10% en 2020, donc faisons un plan de relance d’au moins 10% du PIB et nous retomberons sur nos pieds. Peut-être pas dès cette année, mais très rapidement. Ce raisonnement est d’ailleurs corroboré par la Banque de France qui vient de publier ses prévisions : elle anticipe un recul du PIB de l'ordre de 10% cette année suivi d'un rebond de 7% en 2021, et d’un retour à la normale (le niveau de fin 2019) la mi-2022.

C’est beau comme du papier à musique, mais malheureusement totalement irréaliste : comment imaginer que la France, avec ses niveaux de taxes et d’impôts confiscatoires (numéro un en OCDE pour les prélèvements obligatoires), ses normes parmi les plus exigeantes d’Europe, sa bureaucratie envahissante, son interventionnisme étatique permanent, ses syndicats jusqu’au-boutistes qui bloquent régulièrement le pays, ses manifestations qui gênent régulièrement le commerce, puisse faire 7% de croissance annuelle ? Durant les Trente Glorieuses, l’année record s’est inscrite à 7,9%. Comment penser faire aussi bien ?! La Banque de France prévoit un million de chômeurs supplémentaire cette année, soit une vague dévastatrice de faillites et de plans sociaux. Comment envisager ensuite un dynamisme suffisant pour repartir et exploser les compteurs de la croissance ?

Ce rebond n’a aucun sens. Un retour au niveau d’avant-crise en un an et demi seulement, à la mi-2022 (pour l’élection présidentielle, quelle coïncidence), est illusoire. Il procède d’une vision macroéconomique simpliste, d’un calcul de tableau Excel, d’une foi naïve dans l’efficacité de la dépense publique. Cette prévision hallucinante montre surtout que le gouvernement et les économistes officiels n’ont pas compris la nature de la crise actuelle : le coronavirus n’a été que l’élément déclencheur, il y avait de toute façon trop de dettes, la crise devait survenir un jour ou l’autre. En France, il y avait en plus un surcroît d’impôt et de bureaucratie qui étouffait le pays. C’est à cela qu’il faut répondre pour retrouver la croissance, l’emploi et la réindustrialisation.

Au lieu de cela, le gouvernement multiplie les plans et les annonces contradictoires : 7 milliards d’euros pour Air France, qui était déjà malade avant et ne mérite pas tout cet argent, mais qu’on oblige à fermer plusieurs de ses lignes régionales pour raison écologique… Elle va venir d’où la "croissance" de la compagnie aérienne dans ce cas ? Idem pour les constructeurs automobiles que l’État force à vendre des véhicules électriques aux Français qui n’en veulent que marginalement. Airbus devra lancer avion "zéro émission de CO2" dès 2035, moins pour répondre au marché qu’à la volonté du ministre des transports…

Alors qu’il faudrait baisser massivement les impôts et les taxes, rabaisser le niveau des normes, en suspendre temporairement d’autres, le gouvernement applique la recette perdante depuis le milieu des années 70 : encore plus de dépenses publiques. Le résultat ne changera pas : croissance molle et chômage persistant. La France risque de basculer définitivement dans le club des pays du Sud et de décrocher complètement de l’Allemagne, des pays nordiques, et de se faire rattraper par l’Europe centrale et de l’Est.

Tout cet argent public est mal dépensé. L’État ferait bien de garder des cartouches pour les banques, qui vont souffrir de la récession, comme nous l’expliquions dans notre article précédent. Voici une menace qui ne semble pas vraiment prise en compte, et qui rajouterait une crise à la crise…