On connaît la problématique des banques "too big to fail" (trop grosses pour faire faillite) : leur faillite provoquerait un tel cataclysme économique qu’elles ont l’assurance d’être secourues par l’Etat en cas de déroute, et elles en profitent pour prendre encore plus de risques ! Cet effet pervers, dénommé "hasard moral", rend le système financier dans son ensemble plus instable et plus exposé à la crise.

Dans le troisième chapitre de son dernier "Rapport sur la stabilité financière" d’avril 2014, le FMI revient sur ce phénomène et tente de le mesurer. Car il ne faut pas considérer que le principe "too big to fail" n’aurait d’effets concrets que le jour où la banque se trouverait effectivement en situation de faillite. Comme l’explique fort justement le FMI, c’est en permanence que les grandes banques bénéficient de ce principe, cette garantie implicite leur permet en effet d’emprunter à des taux d’intérêt moins élevés, de lever plus d’argent auprès de plus de clients rassurés par cette garantie étatique, et d’aller chercher des rendements plus risqués, mais plus rémunérateurs.

Le FMI estime ainsi que cette garantie de l’Etat équivaut à une subvention implicite envers les banques de 300 milliards d'euros au sein de la zone euro, 110 milliards au Royaume-Uni, autant au Japon et 70 milliards aux Etats-Unis. Ces calculs valent pour l’année 2012. Ce ne sont bien sûr que des estimations, elles peuvent être discutées, mais leur niveau élevé démontre que cette protection étatique représente un avantage considérable pour ces établissements financiers.

En conséquence tout le jeu de la libre concurrence qui est faussé. Les banques de taille moyenne ou petite doivent, elles, intégrer le risque de faillite et se comporter de façon plus prudente, moins agressive, avec un effet de levier moins important, avec moins de positions risquées sur les marchés. Ce faisant elles sont moins compétitives que les grandes banques systémiques et perdent ainsi des clients à leur profit. Et au final l’instabilité globale du système financier augmente.

Le pire est que la crise de 2008 a renforcé ce phénomène. Plusieurs grandes banques ont été absorbées par d’autres (Bear Stearns par JP Morgan, Fortis par BNP-Paribas, etc.) et leur nombre a diminué. Paradoxalement, la faillite de Lehman Brothers, abandonnée par la Fed et le gouvernement (l’exception à la règle "too big to fail"), a provoqué un tel effondrement des marchés qu’elle a renforcé la croyance que les Etats feront tout pour empêcher que cela ne se reproduise à l’avenir.

Pour lutter contre cet effet pervers, le FMI suggère d’obliger à un renforcement des fonds propres et de contraindre les actionnaires et les créanciers à prendre leurs pertes en cas de faillite. Nous pourrions rajouter la nécessité de sanctionner les dirigeants fautifs et revenir à une séparation entre la banque de dépôt et les activités de marché. Le FMI assure que les gouvernements ont encore un long chemin à parcourir pour "protéger les contribuables [et les épargnants, c’est nous qui rajoutons], assurer l'égalité des chances et promouvoir la stabilité financière", nous sommes bien d’accord !