Interdit de rire, Ben Bernanke réfute le fait que la politique d’argent facile de la Fed ait favorisé Wall Street, il soutient au contraire qu’elle a aidé les classes moyennes ! "Au risque de vous choquer, je suis en désaccord avec cela. Les effets de notre politique monétaire ont aidé les foyers américains à améliorer leur situation financière. La Fed a contribué de manière importante au bien-être de la classe moyenne et des plus pauvres." Voici ce qu’il a déclaré le 19 novembre selon l’AFP.

Ce n’est plus de l’aveuglement mais de la mauvaise foi. Lorsqu’il avait évoqué une possible diminution du montant du Quantitative easing en juin dernier, Bernanke avait provoqué une sévère chute des cours. Sa décision, en septembre, de maintenir le rythme de la planche à billets, contrairement à ce que craignaient les marchés, a permis aux indices de reprendre leur progression. Sans les 85 milliards de dollars créés ex nihilo tous les mois, les marchés s’effondrent, ils ont besoin de cette drogue. Ce ne sont certes pas les bénéfices des entreprises ou les perspectives de croissance qui poussent ainsi les actions vers le haut…

Et la population américaine, sa situation se serait améliorée, vraiment ? Le taux de chômage "officiel" se situe à 7,3% en octobre, mais chacun sait que ce chiffre est obtenu en sortant des statistiques les chômeurs de longue durée. La pauvreté ? Elle progresse : il y aura bientôt 50 millions d’Américains recevant des "food stamps", des bons alimentaires, contre 29 millions en août 2008, voici la triste réalité.

Ce qui ne manque pas d’inquiéter, c’est la perversion du raisonnement du dirigeant de la Fed, qu’il partage malheureusement avec son successeur : "Je suis d'accord avec l'opinion exprimée par ma collègue Janet Yellen : le plus sûr chemin vers une approche plus normale de la politique monétaire est de faire tout ce que nous pouvons pour promouvoir une forte reprise." Il y a une confusion fondamentale dans ce raisonnement, et une inversion. La confusion consiste à considérer que la Fed doit promouvoir la reprise économique : ce n’est pas la fonction d’une banque centrale ! Ce sont d’abord les agents économiques qui décident d’une reprise ou pas, en fonction des progrès de productivité, de l’épargne et des investissements. Puis le gouvernement, en levant les entraves au marché (par exemple Obamacare dont on se rend compte qu’il alourdit le coût du travail). Que peut faire une banque centrale ? Baisser d’autorité ses taux… et ainsi décourager l’épargne, moteur premier de l’économie. L’inversion c’est justement considérer qu’il faut attendre la reprise pour remonter les taux, alors qu’il faudrait faire le contraire pour encourager l’épargne.

Et ce raisonnement vicié va continuer : "Le FOMC [Federal Open Market Committee, le Comité de politique monétaire] demeure engagé à maintenir une politique hautement accommodante aussi longtemps qu'il le faudra". "Qu'il le faudra" quoi ? Jusqu’à la reprise ? Mais elle ne viendra pas ! Par contre les bulles, un jour ou l’autre, ça éclate…