En Italie, l’instabilité ministérielle est chronique : le second gouvernement de Giuseppe Conte est tombé le 26 janvier après le départ d’un petit parti (Italia Viva de l’ex-chef du gouvernement Matteo Renzi), les deux grandes formations de la coalition (le Parti démocrate et le Mouvement 5 Etoiles) ne possédant pas à elles seules la majorité. Et qui voit-on réapparaitre, avec toutes les chances de devenir Président du Conseil : Mario Draghi ! Il a en effet été reçu le 2 février par le président de la république Sergio Mattarella pour former un nouveau gouvernement.

L’ancien président de la Banque Centrale Européenne (2011-2019), et de la Banque d’Italie (2006-2011), fait son retour au centre de la vie politique de son pays. Il est vrai que l’heure est grave, le PIB de la péninsule a chuté de 8,9% en 2020, et pour relancer son économie, Rome compte sur un plan d’aide de 200 milliards d’euros financé par le Plan de relance européen. Mais justement, la crise politique fait douter de la capacité du pays à le mettre en œuvre. C’est alors qu’apparaît le "sauveur" Mario Draghi.

La presse transalpine se fait dithyrambique pour accueillir celui qui est présenté comme le sauveur de la zone euro en 2012, lors de la crise de la dette européenne (Grèce, Irlande, Portugal, Chypre). Un sauvetage, rappelons-le, qui a essentiellement consisté à déverser de la dette (mais à échéance plus lointaine) sur ces pays, afin de sauver les grandes banques européennes, mais la Grèce est toujours fondamentalement insolvable, bref. "Super Mario face à un nouveau défi : sauver l’Italie après avoir sauvé l’Europe" affirme fièrement Il Messaggero, pour qui l’ancien patron de la BCE est le "dernier recours" quand rien d’autre n’a fonctionné pour sortir du marigot politicien.

Le "plan" de Draghi, c’est la dette, encore et toujours. Pour le Corriere della Serra, Mario Draghi sera l’homme du "quoi qu’il en coûte", comme lors de la crise de la dette en Europe en 2012. Cette formule, reprise en France par Emmanuel Macron, va donc trouver sa déclinaison en Italie. Comme le note astucieusement Il Fatto Quotidiano : "Financer le sauvetage économique avec des emprunts garantis par l’État, c’est rassurant pour le milieu des banques et des marchés dont est issu Draghi. Un credo qu’il avait énoncé dès le mois de mai dernier dans une interview au Financial Times… en forme de programme de gouvernement avant l’heure." Quel malin ce Mario.

C’est donc la dépense à tout va qui va s’imposer en Italie, moins pour relancer l’économie (les plans d’aide ont un effet réel limité) que pour sauver un système bancaire très fragilisé. Christine Lagarde ne trouvera rien à y redire, on peut donc être certain que la planche à billets de la BCE va continuer à tourner à pleine vitesse. Le bilan de la Banque Centrale Européenne vient de dépasser les 7.000 milliards d’euros, ce qui représente désormais près de 70,5% du PIB des pays de la zone euro. Un chiffre démentiel, le double de celui de la Fed (34,5%), mais on a encore de la marge si on se compare au Japon (132%). Pas de quoi s’inquiéter doit se dire la présidente de l’institution monétaire européenne, qui oublie que l’archipel fonctionne différemment (la dette est détenue à 100% en interne, ce qui permet une restructuration sans conséquences externes).

 

 

Le choix de Mario Draghi incarne cette fuite en avant, celle d’un État qui évacue toute réforme structurelle afin d’améliorer sa compétitivité et préfère au contraire faire exploser son déficit, mais ne s’en inquiète nullement puisque la Banque centrale rachète toute la dette émise par le Trésor (les deux institutions fusionnent en quelque sorte), comme c’est le cas depuis la crise du Covid. Le retour de Mario Draghi est sans doute une bonne nouvelle, à moyen terme tout du moins, pour l’Italie, mais incontestablement une très mauvaise pour l’euro, qui continue sa course en roue libre, avec les risques de dévaluation et d’inflation qui s’y rattachent.