Le 28 mai dernier est sortie la 13èmeédition du rapport In Gold We Trust rédigé par Ronald-Peter Stöferle et Mark J. Valek (S&V) de la société de gestion liechtensteinoise Incrementum.

Un an après le rapport 2018 que j’ai eu l’occasion d’évoquer dans ces colonnes, nos deux Autrichiens remettent le couvert pour commenter les 12 mois qui viennent de s’écouler et nous faire part des scénarios qu’ils envisagent.

À la lecture du seul titre du rapport, on sait qu’il s’agit d’une édition toute particulière puisque S&V ont choisi cette année comme thème central "L’or à l’ère où la confiance s’érode".

 

 

Autant dire que pour nos deux Autrichiens, on se rapproche de l’heure de vérité où les détenteurs de métaux précieux physiques devraient retrouver le sourire.

2001-2019 : les principales devises se sont dévaluées en moyenne de 9% par an par rapport au métal jaune

Si tant est que les détenteurs de métal jaune aient jamais perdu le sourire car, comme le rappellent S&V, l’or a enregistré une performance remarquable au cours des 18 dernières années et demie, et ce quelle que soit la devise considérée.

 

 

Y compris exprimé dans ce qu’il est convenu d’appeler les devises "refuge", à savoir le dollar US, le yen ou encore le franc suisse, l’or s’est apprécié en moyenne de 9,6%, 9,2% et 6,8% par an entre 2001 et le 28 mai 2018.

De l’importance de suivre le cours de l’or dans sa devise locale

Pour ce qui est de l’euro, je me permets de vous livrer un extrait des propos de S&V, lequel vient confirmer l’importance toute particulière que j’attache à la devise dans laquelle on exprime le cours du métal jaune *.

"Le monde entier semble s'intéresser exclusivement au prix de l'or en dollars américains. Le monde entier ? Non, nous avons examiné un grand nombre de devises dans lesquelles le prix de l'or est déjà proche de son record historique. Il nous est incompréhensible que même au sein de la zone euro, le prix de l’or en dollars américains bénéficie d’une plus grande attention dans les médias que le prix de l’or en euros et que, par conséquent, les gains considérables de l’or en euros tombent à l’eau, ce qui rend l’or moins attrayant qu’il l’est en est réalité pour l’investisseur de la zone euro."

Et pour cause, sur les 5 dernières années et sur l’année en cours, à l’exception notable de 2017, l’or a enregistré de bien meilleures performances vis-à-vis de l’euro que cela n’a été le cas vis-à-vis du dollar US. Or, en tant qu’épargnants résidant dans la zone euro, ce sont bien entendu ces statistiques-là qui nous intéressent.

Si l’on remonte jusqu’à l’introduction de l’euro en tant qu’unité de compte en janvier 1999, l’or s’est au total apprécié de pas moins de 367%.

 

 

Cet état de fait est en encore plus impressionnant lorsque l’on envisage les choses du point de la monnaie unique. Elle a en effet perdu 77,5% de sa valeur face à l’or depuis janvier 1999.

 

 

(*exceptionnellement cependant, je m’exprimerai seulement en dollars US dans la suite de cet article, puisqu’il s’agit de la devise la plus utilisée dans le rapport IGWT.)

"L’or est au tout début d’un nouveau marché haussier" qui a débuté fin 2015

Si l’on en croit nos deux Autrichiens, l’or devrait poursuivre son petit bonhomme de chemin vers de nouveaux plus hauts. Ils réitèrent en effet leur conviction exprimée l’année passée selon laquelle "l’or est au tout début d’un nouveau marché haussier", lequel a débuté (en dollars US, cette fois-ci) fin 2015.

Sur le plan technique, S&V mettent notamment en avant le fait que tant le cours de l’or exprimé en dollars US que le "prix mondial de l’or" évoluent sur un support qui a été testé sans être remis en cause.

 

 

Par ailleurs, le fait que le métal jaune soit repassé au-dessus de sa moyenne mobile à 50 jours quelques temps après la publication de ce rapport va dans le sens des propos de S&V – la moyenne mobile à 200 jours n’ayant quant à elle jamais été remise en cause depuis le plus bas de fin 2015.

 

 

Pour S&V, le franchissement du Rubicon technique des 1360-1380 $ mettrait un "prix de l'or supérieur à 1 800 $ […] à portée de main."

Voyons maintenant avec quels arguments fondamentaux ils étayent leurs pronostics techniques. Comme le rapport IGWT fait cette année 339 pages dans sa "version extensive", je vous demande par avance de bien vouloir m’excuser de ne vous en livrer que la substantifique moëlle. Vous pourrez cependant prendre connaissance du détail de l’analyse de S&V en vous reportant sur cette page, laquelle est d’ailleurs disponible cette année non seulement en Anglais et en Allemand, mais également en Mandarin.

La prochaine récession américaine précipitera la perte de confiance dont jouissent encore les banques centrales, et fera par conséquent grimper le cours de l’or

S&V estiment que c’est des Etats-Unis que sera donné le signal de la hausse du cours de l’or. "Nous maintenons notre opinion selon laquelle le climat social, la dynamique économique et le déroulement du débat public laissent penser que la Réserve fédérale amorcera un revirement de politique monétaire avant la prochaine élection présidentielle de novembre 2020. Ce retournement, et probablement même sa simple annonce, a de fortes chances d'être le déclencheur qui fera monter le prix de l'or au-dessus de la zone de résistance psychologiquement importante" évoquée plus haut, écrivent-ils.

"Les risques de récession sont nettement plus élevés que ceux actualisés par le marché. En cas de ralentissement, il faut s’attendre à des taux d’intérêt négatifs, à un nouveau round de QE et à la mise en œuvre d’idées encore plus extrêmes en matière de politique monétaire (par exemple, la Théorie Monétaire Moderne)", ajoutent-ils. L’application de telles politiques conduira in fine les marchés à progressivement "retirer la confiance qu’ils portent aux devises traditionnelles."

Niveau du timing, on ne pourra pas reprocher à S&V de ne pas se mouiller. Voyez donc : "La solidité économique des États-Unis - et donc du dollar américain - ne deviendra apparente que lors de la prochaine crise. Nous sommes convaincus que la confiance sans bornes dans le moteur économique américain et le dollar américain pourrait commencer à s'effriter au cours des prochains mois", écrivent-ils.

Voilà qui m’amène à vous proposer la mise à jour d’un graphique d’Incrementum que j’avais déjà relayé dans ces colonnes, à savoir celui des marchés haussiers et baissiers de l’or exprimé en dollars US.

 

 

Autant dire que si nos deux Autrichiens ont raison, nous sommes à la fin de la phase d’accumulation lors de laquelle "les investisseurs les plus informés, astucieux et contrariens achètent".

Succédera alors à cette phase initiale du marché haussier la phase dite (selon la théorie de Charles Dow) de "participation", qui se déroule en principe comme suit : "Les prix commencent à augmenter lentement. Les suiveurs de tendance manifestent leur intérêt ; les nouvelles s'améliorent ; les commentateurs, les médias, etc. écrivent des articles de plus en plus optimistes. L'intérêt spéculatif et les volumes augmentent, de nouveaux produits sont lancés et les objectifs de prix des analystes sont relevés", comme l’explique leur confrère invité Florian Grummes de Midas Touch Consulting.

S’ensuit la phase dite de "distribution", cette "phase finale de fièvre acheteuse" durant laquelle "le groupe d’investisseurs avertis qui a accumulé quasiment depuis le point bas initial commence à réduire ses positions. Les médias et les analystes se surpassent les uns les autres au niveau de leurs objectifs de prix, et l'environnement se caractérise par un sentiment du type 'cette fois-ci, c’est différent' (cf. bitcoin fin 2017, le pétrole en 2008 ou encore les FAANG ou et les licornes en ce moment)", détaille Florian Grummes.

 

 

Si vous partagez la vision de S&V, à vous de décider au cours de quelle phase du marché haussier vous souhaitez prendre position sur le métal.