Les taux sur les dettes italiennes et espagnoles ont atteint des niveaux élevés durant les années 2011 et 2012, par moment 7%, un taux considéré comme "mortel", car impliquant un effet boule de neige menant rapidement au défaut. Mais sur l’année 2013 et en ce début de 2014, ces taux s’affichent autour de 4%, le tout dans une faible volatilité. Faut-il considérer que la crise affectant l’Europe du Sud est terminée ?

Ce serait aller un peu vite. En apparence les choses vont mieux, les CDS sur les banques italiennes et espagnoles ont également baissé, les indices boursiers progressent. Mais qu’en est-il de l’économie réelle ? La production industrielle, l’investissement, le crédit aux ménages et aux entreprises, et les permis de construire, qui se sont écroulés lors de la crise de 2008, demeurent atones et ne montrent aucun véritable signe de redémarrage. Le chômage explose, les faillites d’entreprises également, ainsi que le taux de défaut des ménages sur les crédits immobiliers. Pour ce dernier indicateur, également déterminant pour la santé des banques, le montant des créances douteuses en Espagne est estimé à 192 milliards d’euros et, en Italie, à 150 milliards d’euros. On rappelle que le plan d'aide européen accordé en juin 2012 aux banques espagnoles se montait à 41 milliards d'euros; on est donc loin du compte, et il faut espérer qu’elles pourront générer suffisamment de revenus et de bénéfices pour couvrir ces charges… En Italie, l’une des plus importantes banques, et la plus ancienne du monde, Monte dei Paschi, a repoussé à juin l’augmentation de capital de 3 milliards qu’elle devait faire en décembre, ce qui fragilise dangereusement l’établissement.

Quelles sont les bonnes nouvelles, quels sont les indicateurs à la hausse ? Le prix des maisons, les marchés-actions, nous l’avons dit, et bien sûr les obligations souveraines (la baisse des taux, de 7 à 4%, traduit le fait que leur prix augmente). Voilà qui ressemble à une bulle ! Peut-on trouver une bonne nouvelle "réelle" ? Les profits des entreprises espagnoles progressent nettement et dépassent leur niveau d’avant-crise, ceux des entreprises italiennes remontent, eux, plus mollement. Rassurons-nous en se disant qu’il s’agit là d’un indicateur avancé, mais c’est tout de même léger.

Et puis une dette souveraine à 4%, ce n’est pas non plus l’Eldorado, ce n’est même pas soutenable, à long terme, si la croissance du PIB demeure proche de zéro, ce qui est le cas, et si le déficit budgétaire persiste, ce qui est également le cas dans ces deux pays.

Et on sait comment a été obtenue cette baisse des taux : par le déluge de liquidités déversées par la BCE lors des LTRO de décembre 2011 et février 2012 (au total 1.000 milliards d’euros prêtés aux banques européennes à 3 ans et à 1% l’an seulement) et dont les banques italiennes et espagnoles ont largement profité, notamment pour acquérir de la dette de leur Etat, ce qui a enclenché la baisse des taux.

En conclusion, nous sommes ici surtout face à un phénomène bullaire; trop peu d’éléments réels permettent d’être optimiste. Et puis les LTRO arrivent bientôt à échéance, en décembre de cette année et au mois de février suivant. Nous verrons bien si les banques parviendront à rembourser, sinon on risque de reparler de l’Italie et de l’Espagne dans des termes plus inquiétants.