Interview exclusive avec Julian D.W. Phillips sur l’or, la géopolitique et la grande remise à zéro du système ("big reset").

 

 

Julian D.W. Phillips est dans le monde de la finance depuis 1970. À sa sortie de l’armée britannique, M. Phillips rejoint la Bourse de Londres, en tant que membre agréé. Dès le début, il est spécialisé dans les devises, l’or et les taux sur le dollar.

M. Phillips déménage en Afrique du Sud, où il est engagé comme macro-économiste pour la Electricity Supply Commission, en charge des décisions concernant les devises dans leur portefeuille de prêts étrangers de plusieurs milliards de dollars. Il travaille ensuite pour la Chase Manhattan, la banque marchande d’Angleterre, et Hill Samuel, à Johannesbourg, en tant que spécialiste de l’or et de l’argent.

M. Phillips est revenu depuis deux ans dans le monde de l’investissement dans les métaux précieux, a fondé Gold – Authentic Money, et il contribue régulièrement pour le Gold Forecaster et Silver Forecaster.

Julian D.W. Phillips a récemment créé une entité financière unique, qui protège l’or des individus des confiscations, des contrôles de capitaux et des pénalités. Stockbridge Management Alliance, et sa société mère, The Ultimate Gold Trust, ajoutent une couche supplémentaire de protection pour l’individu.

 

Dan Popescu: Julian, plongeons tout de suite dans le vif du sujet... Comment vont l’or et l’argent en ce moment ?

Julian D.W. PhillipsIl y a une expression que j’utilise... je dis qu’ils sont « à la dérive vers le haut », parce qu’ils sont peu échangés en ce moment. L'année dernière, il y a eu des changements structuraux sur le marché. En 2013, l’accent était porté sur les ventes d’or des États-Unis, d’or physique, et l’an dernier, en incluant la tendance baissière de la mi-avril, je crois que 1,300 tonnes ont été vendues. Si vous ajoutez à cela les quasi 4,200 tonnes nouvellement extraites ou provenant du recyclage, cela a mis de la pression à la baisse sur le prix de l’or, comme nous le savons, et l’a fait descendre à $1,180. Cependant, cette offre s’est asséchée en 2014 et, même si la demande de la Chine n’a pas été aussi robuste que par le passé, nous avons vu la montée de la demande indienne, que l’on a essayé de stopper, l’an passé, en août, avec des restrictions qui ont réduits les achats... Excluant la contrebande, la demande à atteint à peu près à la moitié du chiffre habituel, autour de 1,000 tonnes, mais je crois que cette demande pourrait s’élever à plus de 1,200 tonnes maintenant.

 

Dan Popescu: Quelle quantité croyez-vous que le marché noir a absorbé de cette offre, de ces chiffres officiels ? Pensez-vous que cela a fonctionné ?

Julian D.W. PhillipsLa contrebande fait partie de la culture indienne. Il y a un sentiment anti gouvernement qui a contribué à la naissance d’un marché noir dans la finance. Les Indiens ont confiance en l’or – et ils ont bien raison : si vous regardez l’or au début du siècle et son prix à l'époque – et, malheureusement, la corruption du gouvernement et de sa bureaucratie ont mené à ce manque de respect envers les autorités, envers les règles, et à ce besoin de se protéger soi-même... ce qui est compréhensible. Depuis que le gouvernement a instauré ces restrictions, nous estimons qu’il est entré au-delà de 250 tonnes en contrebande en une année. Et cela restera au même niveau tant que les taxes à l’importation resteront aussi élevé que 10%. Cela ne fait pas partie de la règle des ’80-20’ sur les importations d’or. Cela rend encore plus profitable l’importation pour les contrebandiers, qui peuvent ajouter 10% à leurs prix, et ils ne se gênent pas pour le faire, à cause de la nature du marché indien de l’or. Ces chiffres sont impossibles à vérifier, mais j’estimerais que cela ferait monter les importations nettes en Inde aux alentours de 750 tonnes, alors que la demande atteindrait 1,200 tonnes... alors ils font toujours face à un manque considérable.

 

Dan Popescu: Je voudrais vous parler de la Chine... Il y a deux semaines, vous avez écrit un excellent article sur la Chine qui contrôle le prix de l’or. Pourriez-vous nous expliquer ce que vous voulez dire par cette affirmation ?

Julian D.W. Phillips« Contrôler le prix » signifie que l'on a son mot à dire et un plus grand poids dans la détermination du prix : On pousse le prix à la hausse si l’on sent qu’il doit aller dans cette direction, et on le pousse à la baisse si c’est cela que l’on désire. Nous sommes habitués à un système bancaire et à des marchés d’actions basés sur la spéculation, les positions longues, la vente à découvert etc... c'est la nature du marché. Les Chinois ne sont pas comme ça. Quand ils achètent de l’or, ils achètent sur du long terme; pour eux, c’est de la monnaie, c’est une protection de richesse, c’est tout ce qu’une monnaie devrait être en termes de valeur. Mais la grande différence avec le marché chinois est qu’ils ne sont pas obsédés par le gain. Ce sont des acheteurs d’onces d'or et pour le long-terme. Si tu te fixes cet objectif, la meilleure façon d’acheter est simplement d’aller sur le marché quand le volume est disponible. C’est un facteur important : cela signifie, essentiellement, que quand le prix de l’or chute, il y a une grosse quantité qui se retrouve sur le marché; un dealer, une bullion bank, contacte son acheteur chinois et lui dit, « j’ai telle quantité à offrir ». L'acheteur saisit alors l'opportunité, tout simplement. Ceci ne fait ni monter, ni descendre le prix de l’or; cela ne fait qu’enlever de l’or physique du marché. En faisant cela, ils ont réussi à acquérir plus de 2,771 tonnes, l’an dernier. C'est une manière extrêmement efficace d'échanger sur le marché de l’or... parce que, sans faire bouger le prix de l’or, ils réussissent à sortir la majeure partie de cet or du marché, presque autant que tout le nouvel or extrait, sans faire bouger le prix, ce qui démontre leur niveau de contrôle. L'Occident ne comprend pas très bien cette notion de contrôle du marché... De grosses quantités d’or ont été transférées du monde développé vers les pays émergents; c’était leur objectif et ils l'ont rempli : ils ont le plein contrôle et vont continuer à procéder de cette manière.

 

Dan Popescu: Quand la Chine annoncera la quantité d’or qu’elle a en réserve ? La dernière fois qu’elle l’a annoncé, c’était en 2009... Il s'est dit que cela aurait lieu en avril de cette année, mais ça n’a pas été le cas. Et maintenant, certains croient que ce sera en septembre ou octobre... Pensez-vous qu’ils savent exactement quand ils le feront, ou qu'ils ne l’ont pas décidé encore ?

Julian D.W. PhillipsJe pense qu’ils le feront quand une certaine situation se présentera... ce n’est pas une question de temps. Ils l’ont fait, la dernière fois, après cinq ans, et je crois que cela était lié à leur record de production minière sur cinq ans, les 600 tonnes d’or qu'ils avaient ajouté à leurs réserves. En faisant cela, ils ont apporté de la crédibilité à leur Yuan, dans l'objectif de le rendre convertible en or. Nous nous attendions à ce que ça arrive cette année, parce que la Chine a toujours des plans sur 5 ans. Cependant, ils ne l’ont pas annoncé, et je crois que c'est stratégique, car une telle annonce aurait un impact sur le prix de l’or... cela mettrait de la pression sur le prix de l’or, et ce n’est pas dans leur intérêt pour le moment. Le premier ministre chinois s'est rendu récemment à Londres. Pour les chinois, Londres n'est pas un endroit très important... mais c’est un centre financier. Je trouvais cela étrange, mais il y est allé pour annoncer l’ouverture d’une clearing bank pour les transactions Yuan-livres sterling... en d’autres mots, pour mettre en place le détournement du dollar, en passant directement de la livre sterling au Yuan, une étape absolument indispensable sur le chemin de la convertibilité. Comme je l’ai écrit dans le passé, je crois que l'internationalisation du Yuan est l'élément le plus important pour l’or... et l’or fera partie de ce scénario. Je crois donc qu’une telle annonce sera faite au moment où assez de progrès auront été réalisés pour rendre le Yuan convertible, pour que ce soit dans l’intérêt de la Chine.

 

Dan Popescu: Est-ce que la Russie pourrait intervenir dans la stratégie de la Chine ? On voit Vladimir Poutine avec un lingot d’or devant les caméras, le premier ministre Medvedev fait la même chose... récemment à la conférence de Saint-Petersbourg, il a laissé entendre que des discussions avaient lieu avec les Chinois sur les réserves de devises étrangères et sur l’or. Est-ce que les Russes, vu l’impatience de Poutine, pourraient accélérer ou changer la stratégie des Chinois ?

Julian D.W. PhillipsPersonnellement, j’ai l’impression que les Russes ont beaucoup d'audace et, lorsque les enjeux sont si importants, ils font des déclarations plus fermes... Ce matin, un proche du gouvernement russe a déclaré qu’ils veulent détruire le dollar... Alors que la Chine, qui possède tellement de dollars, est plus pragmatique et énigmatique. Elle va agir pour que le Yuan soit établi dans le commerce direct. Quand ça servira ses intérêts, elle fera l’annonce de la pleine convertibilité du Yuan, et ce sans sourciller,... les importateurs de biens chinois, aux États-Unis, auront à payer leurs importations en Yuan, et non en dollars, à un certain moment, lorsque cela arrangera la Chine. Alors que la Russie est un petit peu trop ferme dans ses opinions et n’utilise pas assez de bon sens pour atteindre ses objectifs. La Russie a certainement une politique d’augmentation de ses réserves d’or, et elle a déclaré qu’elle voulait que lesdites réserves constituent 10% de leurs réserves de devises étrangères. Cette politique est toujours d'actualité. Je peux cependant comprendre que la crise Ukrainienne puisse les pousser à faire des déclarations quelque peu guerrières, mais je crois que c'est une politique lente, stable, faite avec précaution, d’accumulation de réserves d’or par les deux pays, qui supportera l’arrivée du rouble et du Yuan dans les réserves internationales... en tant que devises de réserve; c’est l'élément important, comme devises de réserve. Ils veulent se passer du dollar pour échanger ensemble, et cela constitue une menace extrême pour le dollar car le dollar n’est pas qu’une devise de réserve, c’est la seule devise de réserve. Si vous regardez les réserves des États-Unis, elles sont constituées à 70% d'or... et ce n’est pas parce qu’ils échangent avec de l’or; ils n’ont simplement pas de devises étrangères dans leurs réserves... ils utilisent le dollar pour payer leurs factures... Si quelqu’un leur disait, désolé, vous devez payer en Yuan, ils devraient vendre des dollars, ce qui créerait un déficit commercial, et des temps difficiles pour la crédibilité du dollar.

 

Dan Popescu: On a récemment entendu parler de menaces de l’Arabie Saoudite, il y a le conflit en Irak... L’Arabie Saoudite ne publie pas ses réserves d’or; ils l’ont fait comme la Chine, ou peu de temps après, la dernière fois, en 2009... Pensez-vous que l’Arabie Saoudite, qui semblent être fâchés contre les États-Unis, pourraient jouer un rôle dans la guerre des devises, la guerre de l’or ?

Julian D.W. PhillipsOh, oui, certainement, ils peuvent jouer un rôle. Ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient constitue sans doute la plus grande cause d’inquiétude pour la stabilité économique mondiale depuis plusieurs années. Le danger des dérives sectaires des gouvernements, partout au Moyen-Orient, est extrêmement haut et cela est en train de se passer... c’est seulement que cela n’a pas encore été reconnu comme tel. Un ingrédient de ce sectarisme est qu’il ne reconnaît pas les frontières géographiques. Alors un pays comme les États-Unis ne peut pas atteindre ses objectifs militaires, car ils sont étroitement liés à cet indéfinissable facteur sectaire. Il ne peut être mesuré et catégorisé... cela défie toute logique. Cependant, la Maison de Saoud est impliqué, parce qu’ils sont Sunnites et qu’ils emploient beaucoup de Shi’ites dans leurs champs de pétrole. Si les Shi’ites décident qu’ils ne sont pas contents et ne veulent plus travailler, cela pourrait affecter la production de pétrole de l’Arabie Saoudite. La Maison de Saoud est une dynastie shi’ite mise en place par les États-Unis, et ils ne sont pas populaires auprès de plusieurs nations qui les entourent. C'est une situation potentiellement explosive, qui menace la maison de Saoud. Evidemment, ils se tournent vers les États-Unis et leur disent « vous êtes notre sécurité mais nous fournissons votre pétrole… » Les États-Unis doivent bien y réfléchir, car 84% de leur pétrole est produit en Arabie Saoudite… si les Saoudiens se rendent compte qu’ils ne peuvent pas compter sur les États-Unis, qui favorisent les Shi’ites dans ce dossier et qui veulent parler avec l’Irak, cela déplairait énormément à la Maison de Saoud. Il est fort probable qu'il y ait une rupture, ou que le prix du pétrole soit établi dans une autre devise que le dollar, ou que l'offre de pétrole soit interrompue… nous savons que des rebelles attaquent la raffinerie… et ils s’approchent de Baghdad… il pourrait y avoir des interruptions, et tout cela pourrait pousser le prix du baril au delà de $140. Cela menacerait la stabilité économique du monde développé. Cet enjeu majeur est à la fois économique et politique. Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi indéfinissable, d’aussi immensurable, d’aussi difficile à anticiper. Alors je me tiens prêt pour tout ce qui pourrait arriver. Je ne crois pas qu’on puisse connaître le dénouement de cette histoire pour le moment.

 

Dan Popescu: On évoque souvent la relation entre le pétrole et l’or. Y a-t-il un lien entre les deux, ou peuvent-ils bouger dans des directions différentes ?

Julian D.W. PhillipsLe lien clé entre l'or et le pétrole remonte a 1973, quand l’Arabie Saoudite et les autres pays producteurs, tout l’OPEP, se sont mis d'accord pour échanger le pétrole seulement en dollars américains. En d’autres mots, ils ont lié le prix du pétrole au dollar… pas à tous les niveaux, mais en termes de capacité de payer pour lui. Et, en faisant cela, ils ont ajouté une certaine valeur au dollar qu’il n’avait pas avant. Auparavant, quand il a été détaché du prix de l’or, en 1971, l’avenir du dollar était incertain. Mais quand il fut lié au pétrole, tout le monde a été obligé d'acheter le pétrole en dollars. Cela donna au dollar une fiabilité qu’il n’avait pas auparavant. Et cela mena à ce que plusieurs appellent le ‘privilège exorbitant’… ils peuvent imprimer autant de dollars qu’ils le veulent. Chaque petit pays dont les importations de pétrole représentent 25% doit se procurer des dollars. Et, à partir de là, il est facile pour le dollar de se propager dans l’économie. Si ce lien se brise et que l’Arabie Saoudite se met à accepter d’autres devises, et que les autres pays producteurs le font également, les États-Unis vont perdre le contrôle et la mainmise qu’ils ont sur le marché du pétrole. Et ils ne peuvent pas se le permettre. Nous ne parlons pas seulement de la domination du dollar US, mais c’est comme un vase en cristal… si vous le brisez, il ne vaut plus rien. Alors, si vous brisez le lien d’hégémonie qu’a le dollar sur le monde de la finance, vous faites vaciller le dollar… il devient alors non seulement très vulnérable, mais extrêmement volatile… il serait difficile à gérer, et cela réajusterait complètement le monde des devises. Le rôle de l’or redeviendrait extrêmement important dans les échanges internationaux. En garantissant la liquidité, en permettant l’établissement de taux d’intérêt raisonnables. Une façon de voir l’or de façon intéressante aujourd’hui est que votre ennemi acceptera de l’or, mais votre ennemi n’acceptera pas votre devise. Et, si vous regardez la dernière guerre, une des armes était de forger la devise de l’ennemi. Et c’est pourquoi vous aviez 26,000 tonnes d’or en réserve aux États-Unis avant la guerre. Venait-il d’Europe ? Certainement. Avec le recul, il est clair que des précautions avaient été prises en prévision de la guerre. Maintenant, si on regarde cette période tendue que nous vivons, comme les choses évoluent, il est clair que l’or doit être réintroduit pour donner de la crédibilité aux devises. Si cela arrive, le prix de l’or ne s'arrêtera pas de grimper et atteindra des niveaux records, et ceci pour une raison très simple : il n’est pas disponible sur le marché.

 

Dan Popescu: Vous attendez-vous à de nouvelles négociations, un nouveau Bretton Woods, en quelque sorte ? Certains parlent d’un DTS soutenu par l'or… Il y aura t'il un nouveau système, une remise à zéro, mené par les Nations-Unies, un peu à la Bretton Woods, ou bien l’or s’imposera-t-il de lui-même à cause d’une crise, une crise majeure ?

Julian D.W. PhillipsJe vois l’or s’imposer de lui-même lors d'une crise majeure, comme support du système de devises, parce que c’est dans l’intérêt national que cela se fasse. Mais je ne vois pas une réelle réforme, une réforme mondiale du système de devises pour deux raisons : premièrement… le système monétaire mondial… le FMI a, dans sa structure, une règle qui requiert que tout changement qui est approuvé soit amendé par le vote de 85% des membres. Cependant, les États-Unis ont 16,83% des voix… ce qui rend le FMI dépendant des États-Unis; la Chine n’acceptera jamais cela. Elle avance de manière indépendante, elle a près d’1,4 milliard de population, elle est en passe de devenir bientôt la première économie mondiale et, jusqu'à maintenant, elle n’a jamais dit aux États-Unis ‘pouvons-nous nous joindre à vous ?’ pour quoi que ce soit, elle a plutôt signifié qu’elle restait indépendante et qu’elle ajusterait ses systèmes pour s’adapter, voire jusqu’à instituer une ‘banque mondiale’ des pays des BRICS. Les États-Unis doivent accepter qu’ils ne sont plus la puissance dominante avant que le processus de négociation ne soit lancé, et cela, je ne peux l’imaginer.

 

Dan Popescu: Le scénario sera t'il similaire à celui des années ’70… jusqu’à maintenant, les banques centrales et les fonds souverains ont acheté de l’or de manière très discrète, bien organisée. Il y aura-t-il une sorte de ruée vers l’or par les banques centrales, un peu comme quand de Gaulle, le président de la France, décida de convertir ses dollars en or et que, par la suite, la Hollande, l’Autriche, et l’Allemagne ont demandé la même chose, et quand les Anglais se sont pointés, Nixon a mis fin à la convertibilité du dollar en or. Cela peut-il se produire, comme cela est arrivé sur les marchés, une espèce de ruée vers l’or avec les gens et les banques centrales voulant désespérément échanger leurs dollars contre de l’or… voyez-vous cela arriver ?

Julian D.W. PhillipsCe que je vois est très proche de cela, vraiment très proche. On se dirige vers un point où tellement d’or est envoyé vers l’Extrême-Orient… et continuera de l'être. Pour le moment, cela n’a pas mené à une panique pour en obtenir, et cela est dû à la grande discrétion de la Chine sur ses achats d’or… on voit les pays émergents et la Russie augmenter leurs réserves d’or. Mais, ostensiblement en Occident, il n’y a pas eu de tels mouvements. En fait, les membres du Central Bank Gold Agreement ont arrêté de vendre de l’or en 2009. Et je ne crois pas qu’ils en vendront encore, ils veulent garder ce qu’il leur reste…Cependant, dans le nouveau monde monétaire que j’imagine, et je citerai Alan Greenspan, l’or est la monnaie de « dernier recours ». Et nous nous dirigeons vers une période tendue, et cela arrivera très rapidement, avec le Moyen-Orient qui mènera le bal. On a vu l'Irak acquérir 90 tonnes d’or lors des 3 derniers mois… cette action de la banque centrale a été faite pour donner de la crédibilité à sa devise. Je crois que c’est une tendance qui continuera. Autre chose au sujet de la crédibilité des devises : Toutes ces devises qui sont basées sur le dollar, ou qui y sont liées, sont comme des branches d'un arbre, et je vois tout l’arbre vaciller quand l’hégémonie du dollar diminuera comme nous l’avons vu avec les swaps, les swaps devise-or, via la BRI (Banque des règlements internationaux) il y a quelques années en arrière de 655 tonnes, nous allons voir quelque chose de similaire. La demande d’or augmentera. Mais, comme nous le savons tous les deux, l’offre minière est de 2,800 tonnes, dont 480 tonnes proviennent de la Chine et y restent, et 1,900 tonnes proviennent du recyclage. Si les pays dans l'ensemble décident d'augmenter leur réserves d'or, le volume d'or disponible est si faible qu'ils devront se tourner vers leur marché intérieur et, comme nous l’avons vu en Corée, ils exigeront que les citoyens donnent leur or au gouvernement.

 

Dan Popescu: Vous m’amenez à une question, maintenant, que je voulais vous poser… vous avez été impliqué, dernièrement, dans l’acquisition d’or pour protéger les actifs. Comment voyez-vous les individus se protéger avec de l’or ou de l’argent, et que pensez-vous de la Suisse qui ne serait plus aussi sûre qu’auparavant… Que pensez-vous de la Suisse et Singapour ? Des gens parlent très favorablement de Singapour, comparé à la Suisse. Comment voyez-vous cela, dans la perspective de quelqu’un qui veut protéger ses actifs ? Vous avez une grande expérience dans ce domaine…

Julian D.W. PhillipsMon implication dans la protection des individus contre les contrôles de change, les contrôles de devises, remonte au temps du ‘dollar premium’… quand l’Angleterre avait un dollar de commerce et un dollar d’investissement, appelé le ‘dollar premium’ et la devise s'échangeait à 30 % de moins du côté des capitaux par rapport au côté commercial. Et j’ai vu la même chose dans d’autres pays. J’ai vu des gouvernements essayer d’empêcher les gens de sortir de l’argent, j’ai vu des gouvernements essayer de forcer leurs citoyens à rapatrier leur argent. Et je reviens sur la confiscation de l’or de 1933, et je me rends compte que les gouvernements ont tendance à ne jamais sortir de leur juridiction, à ne pas viser d’autres personnes que leurs propres citoyens; alors, par exemple, si Joseph a son or à Singapour ou Tombouctou, tout ce que le gouvernement dira est, « rapatriez-le, sinon nous allons vous mettre en prison et vous faire payer une amende ». À quoi bon détenir votre or à l’étranger, à moins que la structure que vous utilisez ne protège contre de telles confiscations sans vous mettre dans position d’avoir à aller en prison ou payer une amende ? Et c’est sur quoi j’ai travaillé.

Vous avez parlé de la Suisse… Je dois dire que j’ai un point de vue différent de ceux qui disent qu’elle faiblit. Revenons sur l’histoire d'UBS…45,000 citoyens américains avaient des comptes en Suisse… les noms de 4,500 de ces comptes ont été révélés aux autorités américaines, parce que les Suisses ont senti qu’ils seraient potentiellement des criminels, l’évasion fiscale étant maintenant considérée comme un crime. Cependant, les noms de 40, 500 individus américains n’ont jamais été révélés, et les Suisses ont clairement indiqué que tout banquier suisse qui le ferait ne pourrait revenir en Suisse sans être emprisonné pour avoir enfreint la loi suisse du secret bancaire. Et, malheureusement, la réalité du monde, quel que soit votre pouvoir, ce sont les juridictions et les lois. Et la Suisse a une histoire vieille de 300 ans de protection des actifs étrangers; elle a le marché liquide de l’or les plus liquides au monde, son marché va continuer de fonctionner quoi qu’il arrive sur le marché de l’or, et donc cela reste, à mon avis, l’endroit le plus sûr pour la détention d'or. Maintenant, si je regarde Singapour, c’est un entrepôt… une entité créée pour faire de l’argent, vulnérable à des attaques venant du nord; le pays n'a pas vraiment une histoire de protection des individus, son marché n'est pas liquide… si vous y entreposez votre or et que vous voulez le vendre, il doit être transporté de nouveau… Alors, personnellement, je ne toucherais pas à Singapour, ni à Hong Kong, qui fait en quelque sorte partie de la Chine, et je ne toucherais pas non plus à Jersey, ou Guertsey, qui font parties de l’Angleterre. Je dois tirer mon chapeau aux Suisses pour leur persistance et leur longue résilience face aux plus grandes puissances mondiales.

 

Dan Popescu: On entend beaucoup parler dans la presse du London Gold fix et du silver fix… Qu’en pensez-vous ? Avons-nous vraiment besoin de ces fixings, ou ne pourrait-on pas laisser le marché dicter le prix, comme pour les autres produits ? En a-t-on besoin ? Des gens sont favorables, d’autres disent que c’est dépassé et que nous n’en avons plus besoin. Alors, quelles sont votre avis sur le fixing de l’or et de l’argent ?

Julian D.W. PhillipsC’est étrange que vous me posiez la question, car, juste avant que vous ne me contactiez, j’étais justement à écrire un article sur le ‘fix’, que je publierai bientôt… mais c’est une très bonne question. Comme toute chose, on se doit d’être pragmatique et pratique. Qu’est-ce que le ‘fix’ ? C’est là où toutes les transactions importantes d’or des vendeurs professionnels se passent, pour tout le marché, deux fois par jour. Et on dit qu’il s'échange environ 9% du marché physique d’or chaque jour, en excluant les contrats passés en référence au fix de l’or. Tous ces professionnels se rassemblent, les acheteurs et vendeurs nets, et ils négocient un prix auquel toutes les transactions se font. Il n’y a pas d’intermédiaire, il n'il y a pas de jeux… là où il y a un intermédiaire, la commission est établie et annoncée, et le client de la banque dira qu’il achète à ce prix et qu’il paiera cette commission… et les commissions sont tenues au strict minimum… Cette banque proposera la prochaine transaction aux cinq banques qui fixent le prix de l'or, qui établiront ensemble la prochaine position d'équilibre et un autre prix. Cela reflète la liquidité et le volume, et c’est la clé de tout ‘fix’.

Si vous prenez seulement le prix représentatif… cela pourrait être sur une transaction de dix onces… si cela reflète le volume échangé à ce prix particulier, c’est représentatif. Et c’est quelque chose sur quoi le prochain forum du World Gold Council devra se pencher le mois prochain. Et je suis content que ce soit le World Gold Council, parce qu’ils représentent les producteurs. Les banques représentent les acheteurs, ou tendent à représenter les acheteurs… quelquefois, elles ont des intérêts contradictoires, car elles représentent des acheteurs et des vendeurs. Et, actuellement cela représente une excellente opportunité de non pas avoir deux fixings à Londres, mais bien quatre fixings, avec deux d’entre eux à Shanghai, de manière à avoir un marché représentatif sur 24 heures qui reflète vraiment le volume échangé à un prix qui reflète la plus grosse partie du volume échangé. C’est cela, la définition : ce n’est pas un prix que quelqu’un juge, ce n’est pas décidé, ce n’est pas un instantané d’un certain moment dans le temps… toutes ces choses peuvent être manipulées. Mais si vous développez un système où tout le volume est pris en considération, et où tout le monde s’entend sur un prix, à ce moment-là vous avez quelque chose sur quoi vous baser. Alors, que ce soit un ‘fix’, que ce soit cinq banques, cela n’a pas d’importance, mais le mécanisme doit absolument représenter ces aspects particuliers que sont la liquidité et le volume.

 

Dan Popescu: On parle beaucoup de l’or, mais aussi de l’argent, le métal « turbulent ». Il y a son aspect industriel qui compte pour 70%, son aspect d’investissement et son aspect monétaire. Comment voyez-vous l’argent, dans cet environnement ? Va-t-il suivre l’or, ou va-t-il suivre les matières premières ? Il semble y avoir une dualité… quel facteur dominera ?

Julian D.W. PhillipsVous avez parfaitement raison sur les fondamentaux… l’argent a un aspect industriel mais il a aussi un aspect investissement. Des chiffres publiés par le Silver Institute, l’an passé, ont révélé que le côté investissement devient très important. Cela rend les investisseurs confus : ils se demandent comment il se fait que le prix de l’argent suive constamment celui de l’or. Et la réponse que je leur donne est, premièrement, parce qu’il le fait et que, deuxièmement, parce qu’il est considéré comme de la monnaie par plusieurs investisseurs. Alors, si l’or revient dans le système, ce ne sera pas bien long avant que l’argent ne le suive, à cause de cet caractéristique. Je regarde l’argent sous cet angle là… Si l’investisseur veut comprendre le prix de l’argent, il doit d’abord comprendre l’or. L’argent pourrait faire un retour en tant que monnaie une fois que l’or aura été intégré dans le système monétaire d’une façon ou d’une autre par les banques centrales. Mais l’argent est de la monnaie, et il l’a été pendant des milliers d’années. A une époque il a même été plus cher que l’or en Égypte. Aujourd’hui, c’est un métal secondaire… il grimpe plus vite et plus haut lorsque l’or monte, et il descend plus vite et plus bas lorsque l’or baisse, mais, sur le long terme, il reste proche du prix de l’or. A cause de cela, je trouve que l’argent est un métal excitant, un métal qui fait peur à cause de sa volatilité, mais perdure en tant que métal d’investissement et, dans l’avenir il sera métal monétaire.

 

Dan Popescu: Je voudrais parler du platine et du palladium, qui font partie de la même famille. En Inde, à cause des restrictions sur l’importation d’or, les gens se tourner vers l’argent et d’autres se sont tournés vers le platine, augmentant la demande pour le platine. Avec les problèmes en Afrique du Sud récemment avec l’offre de platine, comment voyez-vous le platine et le palladium ?

Julian D.W. PhillipsPremièrement, en tant que métal précieux, je crois qu’il serait trop facile pour les producteurs ou pour le marché d’ajuster le prix. Le platine est principalement utilisé dans les catalyseurs d’autos, ce qui fait que le prix est dominé par la demande automobile. Deuxièmement, les producteurs de platine contrôlent le prix du platine, parce que 80% du platine mondial est produit ici, en Afrique du Sud… et nous connaissons tous les problèmes avec les syndicats. Mais la réalité qui n’est pas toujours compris par les marchés, est que les mines ont besoin d’un prix de 17,000 rands l’once pour couvrir les coûts d’exploitation. Et, en ce moment, le rand vaut environ 10.70 et à peu près 14.40 pour les acheteurs de platine. Les producteurs doivent vendre leurs dollars pour obtenir des rands pour payer leurs factures. Et le prix du platine ne bouge presque pas. Parce que la demande, même si elle est bonne, n’a toujours pas épuisé les réserves, et les réserves, c’est là que le prix se décide. Mais cet inventaire, avec ces dernières grèves, a considérablement diminué. Cela prendra plusieurs mois, même si la grève se terminait aujourd’hui, avant que la production ne puisse reprendre la production… Les producteurs sont en position de contrôler ce prix. On s’attendait à ce que le rand décline encore, afin d’améliorer les marges des producteurs de platine et des producteurs d’or, mais cela ne s’est pas produit. Je m’attendais à ce que le rand descende à 12 pour un dollar, mais il est toujours à 10,70, et le prix du platine est toujours sous les coûts de production. Alors, vous verrez des galeries de mines fermer, la mécanisation de mines, les problèmes sont loin d’être terminées dans cette industrie, mais je crois que le métal physique aura de bonnes performances, en tant que métal industriel, et non pas comme métal précieux, à cause de ces facteurs, et cela pour un bon bout de temps. Je n’ai aucun doute que le prix atteindra $2,500 l’once comme l'espèrent ces producteurs.

 

Dan Popescu: Je pourrais vous écouter pendant des heures, mais malheureusement notre temps est limité. Je veux vous remercier d’avoir accepté mon invitation et celle de Goldbroker.com pour cette interview. Je recommande aux gens de s’abonner à vos newsletters qui sont exceptionnelles… je les attends chaque semaine. La première chose que je fais, le matin, est de lire votre rapport journalier, qui est court mais très concis. Je conseille donc aux gens de s’abonner à Gold Forecaster. J’espère qu'on aura l'occasion de se parler à nouveau. Encore une fois, merci d’avoir accepté cette invitation.

Julian D.W. PhillipsCe fut un plaisir, et à la prochaine fois. J’espère seulement que vos lecteurs, vos visiteurs, vos investisseurs, ne sont pas découragés par le bas prix de l’or de l’an passé, mais qu’ils ont plutôt confiance en son brillant avenir.