Fin de la sanctuarisation de l’or de la Banque de France : de nouvelles preuves

Publié par Philippe Herlin | 24 janv. 2019 | Articles 6097

Mon article précédent sur la fin de la sanctuarisation de l’or de la Banque de France a vivement intéressé avec plus de 20.000 vues, ainsi que sa publication sur Twitter avec près de 500 retweets. L’information n’a cependant pas été reprise dans les grands médias, sans doute paraissait-elle trop "complotiste" (une accusation ridicule, je défie quiconque d’en trouver trace dans mes huit ouvrages, et je n’utilise que des données publiques et des sources reconnues), alors revenons sur cette affaire d’importance.

L’annonce de cette information, à savoir la création d’un marché de l’or entre la Banque de France et JP Morgan, provient d’une dépêche Reuters du 12 novembre. Notons qu’il n’y a aucun communiqué de ces deux institutions financières, ce qui est assez bizarre et dénote d’un troublant goût du secret. La source première de Reuters est une publication de Sylvie Goulard, second sous-gouverneur de la Banque de France, dans la revue Alchemist d’octobre 2018. Or il se trouve qu’elle est en accès libre. Lisons-la !

Tout d’abord un constat : "Depuis la crise financière de 2008, les gestionnaires de réserves [les banques centrales] ont renouvelé leur intérêt pour l'or. En effet, l'or a confirmé son statut de valeur refuge et s'est également révélé être un très bon actif de diversification, compte tenu de sa faible corrélation avec les autres classes d'actifs." (page 6) Très juste !

Sylvie Goulard poursuit : "S'appuyant sur sa longue expérience dans la gestion de ses réserves d'or, la Banque de France a commencé en 2012 à élargir sa gamme de services sur l'or aux gestionnaires de réserves [les banques centrales]. En plus d'offrir la garde de l'or physique dans son coffre-fort à Paris, la Banque de France peut acheter et vendre de l'or sur les marchés au comptant pour ses clients institutionnels, en utilisant son expertise en matière d'exécution."

L’annonce de la création du marché de l’or consiste à proposer des gold swaps (contrats d’échanges or contre devises) et gold leasing (prêts d’or), et donc à ne plus se limiter au marché au comptant. 

Des services à destination des banques centrales étrangères qui stockent tout ou partie de leur or à la Banque de France (et dont la liste est secrète…).  Serait-ce aussi le cas de l’or de la Banque de France ? Comme l’explique Sylvie Goulard : "Depuis 2009, la Banque de France s'est engagée dans un ambitieux programme d'amélioration de la qualité de ses réserves d'or. L'objectif est de s'assurer que tous ses lingots sont conformes aux normes LBMA [London Bullion Market, le marché de l’or de Londres] afin de pouvoir être négociés sur le marché international." Je crois que c’est clair.

Il faut aussi lire l’article qui suit, écrit par Isabelle Strauss-Kahn, ancienne dirigeante de la Banque de France. Elle explique ainsi : "Je me souviens d’avoir écrit plusieurs mémorandums pour contrer les multiples demandes des députés et des membres du gouvernement de vendre des réserves [d'or] et de restituer les recettes au gouvernement, ce qui aurait constitué une violation du principe de financement non monétaire énoncé dans la plupart des lois des banques centrales." (page 9) Bravo, on ne peut que l’en féliciter, même si elle n’aura pu empêcher la vente de 589 tonnes d’or par Nicolas Sarkozy en 2004, une décision funeste.

Elle précise en outre qu’en juin 1999, "la BNS [Banque Nationale Suisse] a décidé que la moitié de ses 2590 tonnes de réserves d'or n'étaient plus nécessaires à des fins monétaires." La BNS a donc sanctuarisé la moitié de ses réserves d’or. Qu’en est-il pour la Banque de France ? Telle est la question.

 


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Docteur en économie

   

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