Il ne va pas faire bon prendre sa retraite dans les années qui viennent car deux forces inéluctables vont jouer contre elle, la démographie et les taux zéro :

- La démographie d’abord avec l’allongement de l'espérance de vie et la baisse du taux de natalité qui fait que le nombre de cotisants par retraité diminue, augmentant d’autant la charge leur incombant. Mais aussi le chômage qui soustrait autant d’actifs à l’effort nécessaire. Et même dans les pays qui connaissent le plein emploi, on le sait, de large portions de la population sont sorties des statistiques et dépendent de l’aide sociale, et c’est autant de main-d’œuvre qui manque. Le taux d’emploi réel, entre les jeunes qui rentrent de plus en plus tard sur le marché de l’emploi et les pré-retraités toujours plus nombreux, ne cesse de baisser. Au final, les actifs peuvent de moins en moins supporter la charge des cotisations. Le recul réitéré de l’âge de départ à la retraite, pour simplement maintenir le pouvoir d’achat des pensions, dans le meilleur des cas, semble être la seule perspective.

- Les taux zéro ensuite, qui sapent les systèmes de retraites pas capitalisation des pays anglo-saxons. Pendant un peu plus de deux décennies, du début des années 80 à la crise de 2008, les retraites par capitalisation avaient pu masquer la tendance démographique grâce à leurs bons rendements. Les taux d’intérêt réels clairement positifs ainsi que la très bonne tenue des marchés boursiers permettaient à ces régimes de continuer à verser des retraites correctes, en tous cas préservant le pouvoir d’achat, tout en maintenant des cotisations modérées. Avec les taux zéro, et même négatifs dans certains cas, cette époque est révolue. Ces régimes pourraient consacrer intégralement l’argent recueilli aux actions, plus rentables, mais les Bourses deviennent de plus en plus instables (krach en 2000 puis en 2008, en attendant le prochain), la prise de risque serait trop importante. Et puis signalons que même dans les systèmes par répartition, les caisses possèdent souvent des excédents qui pouvaient leur rapporter des interêts, et donc limiter l’impact de la démographie ; c’est désormais terminé.

Dans ce cadre, comment s’en sortir, ou au moins limiter les dégâts ? Au niveau européen, déjà, sortir des taux zéro, ce qui impliquerait que les États déficitaires reviennent à l’équilibre budgétaire et, par ailleurs, que les banques nettoient leurs bilans et renforcent leurs fonds propres afin de ne plus avoir besoin de la Banque centrale européenne. Autant croire au Père Noël. Ensuite, retrouver le chemin de la croissance économique en luttant contre la bureaucratie et en baissant nettement les impôts (à mesure d’une diminution des dépenses publiques) de façon à atteindre les 3% de croissance du PIB, comme aux États-Unis (la preuve que c’est possible), ce qui faciliterait grandement les choses. Mais la probabilité de ce scénario s’avère malheureusement très faible.

Pour ce qui est du système des retraites lui-même, en France, il faudrait panacher les deux méthodes, la répartition pour assurer la solidarité via un minimum vieillesse, et la capitalisation qui offre l’énorme avantage de responsabiliser les individus. On choisit sa mutuelle santé, pourquoi pas sa complémentaire retraite ? Là encore on peut rêver, tant nos dirigeants, toutes couleurs politiques confondues, aiment tellement les systèmes étatiques englobants, obligatoires, et si peu efficaces... Mais ainsi chacun pourrait choisir de consacrer une part de ses cotisations aux actions, à l’immobilier, à l’or, ou à d’autres actifs.

En fait c’est la capacité de notre société à se réformer qui fait cruellement défaut et le sujet des retraites est tellement explosif que le statu quo l’emportera certainement. D’ailleurs, le projet de retraite par point n’est qu’une modification de forme qui ne changera pas grand chose sur le fond puisque l’État continuera de tout contrôler, et que la capitalisation restera un mot tabou.

Que faire au niveau personnel ? Pas dupes, les Français ont déjà arbitré en investissant dans l’immobilier, et en ce moment ils commencent à chercher autre chose que l’assurance-vie, qui ne rapporte plus rien. Ils feraient bien de penser à l’or physique, l’actif le plus sûr pour protéger de la valeur sur le long terme.