Revenons sur les péripéties du marché de l’argent depuis le début de l'année.

En janvier dernier, une armée de traders novices s’est coordonnée sur le forum Reddit pour faire trembler Wall Street en prenant massivement position face aux hedge funds. Ces petits spéculateurs sont près de 13 millions et chassent en meute. L’affaire GameStop a notamment fait couler beaucoup d’encre. Cette société a été vendue à découvert par des hedge funds, qui ont vendu plus d’actions que la société n’en avait émise. Les traders de Reddit ont acheté toutes les actions disponibles sur le marché, puis ont demandé livraison de leurs titres, ce qui était impossible. Le cours de GameStop, alors à 20 $, s’est envolé. Certains traders se vantent d'avoir vendu leurs actions hors marché à 5,000 $. Les Autorités de marché et les médias se sont emparées de l’affaire, la déconfiture des hedge funds ayant failli faire exploser tout le système. 

 

 

Sachant qu'il y a près de 100 onces d’argent-papier pour une once d’argent physique, une petite partie de ce groupe de traders, appelés les Wall Street Silver, a décidé de tenter de mettre le marché de l’argent en "short-squeeze". Au départ, ils n’étaient que quelques milliers d’individus connaissant mal les complexités du marché. De ce fait, leur première attaque a été assez désordonnée. Ils ont attaqué tous azimuts à la fois les stocks de pièces et lingots des revendeurs, mais aussi le SLV et le COMEX. Cela a néanmoins provoqué une brève embardée des prix entre le 28 janvier et 2 février, poussant les cours à 24,8 $ à 30 $.

Leur investissement sur l’ETF SLV a été peine perdue. Au lieu d’acheter du physique sur le marché, SLV a, d’une part, augmenté le nombre de parts virtuelles du fonds et d’autre part, s’est contenté de louer de l’argent physique au "gardien de ses réserves de métal", c’est à dire la banque JP Morgan. Trois jours après l’attaque, SLV annulait le contrat de location sans avoir eu besoin d’acheter de l’argent physique.

Huit jours après cette première offensive, Craig Hemke Hemke (TFMetalsReport) a publié un article leur conseillant de se désintéresser de SLV et du COMEX pour attaquer les places secondaires comme Perth (Australie), Zurich (Suisse) ou Montréal (Canada).

 

 

Il a alors parfaitement décrit ce qui allait se passer.

Effectivement, la horde des petits investisseurs a rapidement vidé les stocks d’argent disponibles à la vente de la Perth Mint (Monnaie australienne).

Le 20 mars dernier, l’économiste australien John Adams (Adamseconomics) a dévoilé que certains de ses contacts avaient demandé livraison de leur argent en compte à la Perth Mint. La Monnaie leur aurait répondu qu’il n’y avait pas d'argent physique. John Adams a conclu son tweet par "La Monnaie australienne a fait défaut." 

 

 

Ce Tweet a été vu par 369 000 personnes. L'affaire a réveillé les australiens qui détenaient de l'argent (ou de l’or) via un compte-métal, déclenchant une ruée sur la Perth Mint et les Bullion Banks australiennes qui offraient ce type d'investissement. Les investisseurs se sont précipités pour récupérer leur argent physique, tant qu’il y en avait de disponible.

 

 

En quelques jours, la Perth Mint s’est retrouvée totalement à sec de barres de 1 000 onces. Les clients livrés au début du mois d'avril ont reçu des barres provenant de Chine, achetées en catastrophe par la Perth Mint, qui a le monopole de frappe en Australie.

Les clients australiens sont furieux parce qu’ils tiennent à ce que leur argent soit frappé "Mint of Perth" et de qualité LBMA. De plus, la Monnaie australienne facture les produits chinois en rajoutant des frais de frappe, qui ont été multipliés par 4 depuis un an.

C’est une preuve de plus que le prix spot du COMEX ou de Londres n’a plus rien à voir avec la réalité du prix physique.

 

 

John Adams ne s’est pas contenté d’écrire sur Twitter, il a multiplié les interviews vidéos sur de nombreux sites qui couvrent le marché de l’or et à l’argent. 

Son post initial a fait effet boule de neige pour déclencher le début d'une avalanche. Partout dans le monde, les investisseurs ont commencé à s’inquiéter de la réalité de leurs investissements dans l’argent physique. Adams indique avoir reçu des mails d'investisseurs du monde entier (Min 15:20 de cette interview).

Depuis le 8 avril, la Royal Mint (Monnaie britannique) est en rupture de stock de lingots d’argent, quel que soit le poids :

"Toutes nos excuses, du fait d’une demande accrue, ce produit n’est plus en stock".

"L’argent digital est en stock et en vente 24h/24 7j/7… Achetez de l’argent digital".

Un comble !

 

 

Le journal de la Couronne a publié un article le 13 avril au sujet de la Austrian Mint (Monnaie autrichienne) :

"De toute évidence, les métaux précieux sont en demande comme jamais auparavant : la Monnaie autrichienne, même en opérant en deux équipes, a du mal à honorer les commandes de pièces Philharmonique de Vienne en or, argent et platine."

"L'argent, en particulier, est actuellement balayé du marché et pratiquement épuisé."

"Pour chaque once produite, il y a plusieurs précommandes ! […]"

"Il y a aujourd'hui une telle demande internationale que nous sommes dans l'incapacité de produire autant d'argent que le marché le souhaiterait. Nous avons des commandes pour les prochaines semaines et chaque once que nous produisons a déjà été vendue," a déclaré Gerhard Starsich, directeur général de la Monnaie autrichienne.

"Cette année, 3,2 millions d'onces de Philarmonique argent ont déjà été vendues."

 

 

Les Wall Street Silver ayant dévalisé les stocks des revendeurs en ligne, il faut s'attendre à plusieurs semaines de délai avant d'être livré, ainsi qu'à une prime sur les pièces pouvant monter jusqu’à 45% au dessus du cours de l’argent-papier.

 

 

Pour John Adams, le marché de l’argent est en train de changer profondément. Les investisseurs réalisent que les ETFs, les comptes-métal, et tous les produits financiers synthétiques sur les métaux précieux, sont un piège. Ils comprennent enfin qu'investir dans ce type de produit est totalement contre-productif et va à l'encontre de leurs propres intérêts.

La Perth Mint avait des stocks d’argent en barres industrielles de presque 50 kg. Pour répondre à la demande, elle a fondu en catastrophe une partie de ces barres en lingots d’un kilogramme, qui sont partis comme des petits pains.

Tant et si bien que, en fin de semaine dernière, une cliente n'a pu se procurer que 12 kg. Elle a demandé dans combien de temps elle pourrait revenir pour en acheter plus. "Dans 4 mois, pas avant !" lui a répondu le responsable des ventes.

Depuis, la Monnaie australienne a limité les achats d'argent à un kilogramme par personne… mais ils continuent d’affirmer qu’il n’y a pas de pénurie.

Adams a commenté les efforts déployés par la Perth Mint dans les médias grand public pour contrer la mauvaise impression laissée par les rumeurs de défaut. Mais la Monnaie s'est contentée de livrer des généralités, sans répondre aux questions du public. De plus, cela a touché une population qui, jusque-là, ne s’intéressait pas spécialement aux métaux précieux. Pour trouver les réponses à leurs questions, ces gens se sont tournés vers les médias alternatifs. La campagne médiatique s'est donc révelée contreproductive pour la Perth Mint.

 

 

La confiance dans le système de l'argent-papier et de réserves fractionnaires est en train d’exploser devant nos yeux. Nous allons peut être voir des files d'attente se former devant les boutiques de numismates et les Bullion Banks, comme en Chine le 23 décembre 1948, lorsque les gens se battaient pour obtenir un peu d’or alors que la monnaie perdait sa valeur.

 

 

Cela fait plusieurs années que je parle du jeu des chaises musicales en alertant sur le fait que, lorsque la musique s’arrêtera sur le SLV et GLD, il y aura une personne assise et au moins 49 autres sans chaise.

C’est en train d'avoir lieu.

La petite boule lancée par les Wall Street Silver en janvier s'est transformée en un glissement de plaque de neige. Elle est sur le point de déclencher une avalanche.

Si nous regardons le graphique ci-dessous, la ligne pointillée verte est le niveau actuel des cours. Ce niveau a été un support essentiel de 2010 à 2013. 

En 2020 et 2021, ce support est devenu résistance. Mais celle-ci ayant été cassée à quatre reprises en comptant ce vendredi 16, elle est extrêmement affaiblie. Je considère que la hausse au-delà de 26 $ commencera cette semaine.

La prochaine résistance, testée une première fois en août 2020 et une deuxième fois en janvier 2021, nous attend à 30-31 $. 

 

 

Sur ce graphique, le deuxième constat est que la Moyenne Mobile à 40 mois (MM40) a joué un rôle majeur en 2009 et 2010 pour soutenir les cours et leur permettre de se propulser à la hausse. Cela a également été le cas en 2020. 

Depuis le 22 mars, cela fait quatre semaines de suite que les cours s’appuient sur cette moyenne mobile. Une forte poussée haussière est imminente.