Commençons par regarder le cours de l’argent en euros.

De manière évidente, l’argent a développé une figure en épaule-tête-épaule inversée, qui a été finalisée jusqu’à sa ligne de base.

 

 

Sur le graphique en quotidien ci-dessus, on voit que la première forte poussée haussière de l’argent a correspondu à la première jambe de baisse de la Bourse en octobre.

La poussée haussière de décembre a également correspondu à une très forte baisse des Bourses mondiales.

Il y a donc eu un transfert de flux de capitaux depuis les marchés actions vers les métaux précieux… mais également vers les bons du Trésor, ce qui est un autre sujet.

Explosion de Carry-Trade

À la reprise des transactions sur le FOREX après la pause de fin d’année, un événement rarissime a eu lieu : il y a eu un mouvement de 8% sur les devises, ce qui ne s’était pas vu depuis 2009 d’après Reuters.

 

 

Le principe du carry-trade est qu’on emprunte dans un pays au taux le plus bas, en l’occurence du yen à la Bank of Japan, pour le placer sur une valeur offrant un meilleur rendement. Le carry-trade est une opération extrêmement lucrative lorsque les devises sont stables, mais peut être une opération dangereuse si les devises fluctuent.

Ce violent écart de la paire JPY/AUD a provoqué un débouclage très brutal de carry-trade, qui a forcé des fonds financiers à vendre des positions spéculatives sur différents marchés et, notamment, à racheter leurs positions vendeuses sur les métaux précieux.

Ce short-squeeze a amené une poussée haussière très brutale sur l’or et sur l’argent, au moment idéal pour casser certaines résistances majeures.

 



Sur le graphique en mensuel ci-dessus, on voit que l’argent est enfermé dans un triangle de compression depuis 2011.

Le support de ce triangle a été testé à quatre reprises en 2014 et 2015 et encore quatre mois d’affilée en 2018. Le support s’est révélé très solide.

La résistance du triangle a été cassée le 3 janvier et la clôture hebdomadaire a été faite au-dessus.

La sortie de triangle par le haut devra, bien sûr, être confirmée en janvier. Le cas échéant, la première cible de cette hausse devrait être aux environs de 23,5 € l'once.

Comme la consolidation a duré huit longues années et qu’il y a eu un ramassage systématique de l’argent physique disponible depuis au moins douze mois, sur un marché en déficit quasi-permanent, le plus raisonnable des calculs peut permettre d'espérer avoir touché cette cible avant la fin de 2019, même si elle sera plus probablement atteinte au printemps prochain.

Rien n’interdit de rêver que la règle 589 du COMEX soit appliquée à un moment ou à un autre et que l’on assiste à un saut de 12$ par jour, si personne ne veut vendre aux cours actuels.

LBMA

On retrouve une sortie de triangle identique sur l’argent coté en livres sterling.

La City de Londres étant une des premières places financières mondiales et le LBMA étant le marché mondial de référence des métaux précieux, la rupture de cette résistance pluriannuelle est un événement majeur pour l’argent.

 

COMEX

En dollars, l'argent semble avoir joué systématiquement à la hausse puis à la baisse, un certain nombre de faisceaux, qui sont peut-être le fait d’un algorithme de trading.

 

SGE

La sortie de triangle a eu lieu beaucoup plus tôt en Yuan, mais les cours ont été contraints à rester bas, alors que la Chine a permis à l’or de mener la hausse.

 

 

Comme on le voit sur ce graphique de l’or en Yuan, après une très violente poussée le 11 octobre, l’or en Yuan a cassé la résistance de son triangle de compression, est venu faire un pull-back sur la résistance le 13 novembre, avant de développer la jambe de hausse logique (trait bleu).

La paire Yuan/dollar étant aujourd’hui au même niveau que début août 2018, ce n’est pas le Yuan qui dévalue, mais l’or qui monte en Yuan, forçant la hausse sur les autres marchés.

 


Sur le graphique de l’or en dollars australiens, on constate l’effet du débouclage massif de carry-trade de début janvier.

 

 

LBMA

On retrouve la même poussée sur l’or en livres sterling.

 


De nombreux facteurs ont amené à cette situation, tant et si bien qu’il serait ennuyeux de les lister tous et plus encore de chercher à démontrer lesquels sont les plus importants.

La bourse de Wall Street avait atteint le sommet de son canal de trading, il était logique qu’elle consolide, d’autant plus que la Réserve fédérale remontait les taux directeurs et réduisait la taille de son bilan.

 


En Europe, la BCE avait annoncé qu’elle mettrait fin en décembre à son programme d’assouplissement quantitatif, réduisant ainsi le rachat d’obligations d’État ou privées, ce qui permettait d’améliorer les bilans des banques européennes. Or, en dépit de l’aide proactive de la BCE et son QE depuis 2009, le système bancaire européen est aujourd’hui extrêmement fragile.

 


La Deutsche Bank, qui est l’une des banques d’importance systémique, continue de chuter à un rythme des plus inquiétants. Son action ne vaut plus que 5% de sa valeur de 2007.

 

 

L’étude du bilan de la BCE par JP Chevallier est assez inquiétante pour justifier une fuite de capitaux hors de la zone Euro, qui se sont réfugiés en partie sur les métaux précieux, mais surtout massivement sur les bons du Trésor américains, venant s’ajouter au flux de capitaux quittant la bourse américaine pour se réfugier dans les obligations d’État.

Cette trop forte demande a amené une anomalie historique : les obligations à un mois, trois mois ou un an ont désormais le même taux que les obligations à 3 ans, 5 ans ou 10 ans. Cela reflète une véritable panique acheteuse, un total dérèglement du marché obligataire et une bulle.

 


Cela se voit sur les graphiques, avec ce PANIC-UP sur les marchés.

 

Vers une répétition de l’Histoire ?

Pendant la Première Guerre mondiale, devant les besoins en capitaux nécessités par la guerre, les nations européennes suspendent la convertibilité en or de leur monnaie. Les dettes accumulées provoquent des chocs monétaires successifs :

- Hyperinflation du mark allemand de la République de Weimar et de la monnaie autrichienne entre 1914 et 1923.
- Dévaluation Poincaré: Le franc, l’une des trois monnaies internationales de référence perd 4/5 de sa valeur par rapport à l’or, pour épurer une partie des dettes.
- Les petites nations font défaut sur leurs dettes par des dévaluations monétaires équivalentes.

Les capitaux fuient l’Europe pour se réfugier aux États-Unis, qui ne se sont pas endettés durant la guerre, mais au contraire ont fait marcher leur industrie à plein rendement. Ce flux de capitaux provoque une forte hausse du dollar et un gonflement démesuré de la bourse américaine de 1922 à 1929. Après l’explosion de la bulle spéculative de 1929, alors que la bourse continue de chuter et que l’économie américaine plonge dans une forte récession, le flux monétaire va s’inverser. Les capitaux vont fuir le dollar craignant une dévaluation, provoquant un krach obligataire en 1931-1932. Comme vous le savez, les États-Unis ont effectivement dévalué fortement le dollar par rapport à l’or en 1934.

 


En 2016, Martin Armstrong avait prévenu que la Réserve fédérale serait contrainte par la politique intérieure de relever ses taux pour arrêter la croissance de la bulle boursière. Cette hausse des taux entraînera une crise mondiale de la dette et probablement un krach des obligations d’État, comme en 1931-1932. Il conseillait donc à ses clients de vendre leurs obligations d'État pour acheter des titres obligataires des compagnies les plus solides, les fameuses "Blue Chips", en évitant toutefois les obligations des banques et des compagnies d'assurances, qui sont forcées d'acheter les obligations d'état souvent à hauteur de 85% de leur portefeuille.

Quoi qu’il en soit, alors que des sujets secondaires occupent la une des médias et l’attention des masses populaires, de vrais sujets d’inquiétude font bouger les marchés.

Ce mouvement de hausse sur les métaux précieux, qui vient de démarrer, devrait s’amplifier de février à mai, les sujets d’inquiétude également pour les marchés boursiers.

Sur le fond, nous sommes les témoins privilégiés des premiers pas d'un changement global de système monétaire international, qui nécessitera une revalorisation massive des métaux précieux.

Accrochez-vous à votre physique sans chercher à spéculer sur le "papier".