L’affaire de l’amende de 10 milliards de dollars envers BNP Paribas, un signe inquiétant

Publié par Philippe Herlin | 5 juin 2014 | Articles

L’amende de 10 milliards de dollars dont pourrait écoper BNP Paribas aux Etats-Unis ne manque pas de soulever des interrogations. Nous n’avons pas vraiment l’habitude ici de défendre les banques, mais tout de même, la première banque française n’a enfreint aucune loi française, européenne ou internationale ! Elle n’a simplement pas respecté un embargo américain envers l’Iran, le Soudan et Cuba concernant le négoce de matières premières. Elle n’a pas initié ces transactions, elle a juste assuré leur couverture en dollars, et la sanction tombe. En outre, les autorités américaines demandent la démission de plusieurs responsables de la BNP et, plus grave, sa licence bancaire aux Etats-Unis pourrait être suspendue temporairement, ou définitivement.

La survie de la banque n’est pas en jeu, mais cette amende représente tout de même presque deux années de bénéfice. C’est autant d’argent en moins pour renforcer ses fonds propres, à l’heure où toutes les banques européennes sont requises de le faire. La perte de la licence bancaire sur le sol américain, même temporairement, porterait un coup très dur à cette banque globale.

BNP Paribas a reconnu sa faute, mais la disproportion de l’amende est évidente (l’une des plus lourde jamais envisagée dans le secteur financier). Par ailleurs, on le sait, d’autres banques européennes sont dans le collimateur de Washington. Après les banques suisses, sévèrement punies pour leur secret bancaire, on a l’impression que les Etats-Unis cherchent à faire le ménage chez eux et à décourager les banques étrangères de prendre trop d’importance sur leur marché.

Ce qui est inquiétant dans cette affaire, c’est son aspect unilatéral. A l’heure où se négocie le Traité transatlantique (TAFTA, Transatlantic Free Trade Area), sensé créer un marché commun entre les Etats-Unis et l’Union européenne, l’attaque américaine contre la banque française semble relever d’une autre époque, d’un pur rapport de force. A ce tarif-là, pourquoi est-ce que l’Europe ne condamnerait pas les banques américaines pour leur responsabilité dans la crise des subprimes ? Pourquoi n’impose-t-elle pas 10 milliards d’amende aux filiales européennes de JP Morgan, Goldman Sachs, Bank of America, etc. en vertu d’une directive opportunément votée à cet effet ?

Pour l’instant les clients et les déposants ne sont pas inquiétés, mais au vu de ces méthodes agressives, on a un peu peur de ce qui pourrait se passer en temps de crise. Pour des Etats désargentés et en situation précaire face à un krach, les dépôts bancaires apparaissent comme un trésor bien tentant. Déjà l’Union européenne a émis une directive pour que les banques en faillite puissent puiser dans les comptes de leurs clients afin de se renflouer. Les Etats-Unis pourraient se servir également d’une façon comparable.

Il faudra suivre le dénouement de cette affaire mais elle semble traduire un regain de protectionnisme et un unilatéralisme de la part des Etats-Unis qui fait peser une menace supplémentaire sur les banques.


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Philippe Herlin  Chercheur en finance / Docteur en économie

   

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