Assistons-nous à l’émergence généralisée de bulles, ou à la création d’une bulle géante ? Tous les actifs financiers montent en même temps : les actions, les dettes souveraines, les obligations d’entreprise ! Et les émetteurs considérés comme sans risque, comme les USA ou l’Allemagne pour les emprunts d’Etat, ou les grandes entreprises bien notées, offrent des rendements très faibles, nuls ou négatifs. Résultat, les investisseurs à la recherche de rendement se déportent sur des produits plus risqués, faisant à leur tour monter leur prix, et diminuer le retour sur investissement.

On constate ainsi une ruée vers les obligations d’entreprises à haut risque, ou vers des produits qui rappellent la période des subprimes comme les CLO (Collateralized loan obligations). Les primes de risque s’aplatissent partout, mais globalement le risque systémique augmente...

En période normale on assiste à un arbitrage entre les actifs, les emprunts d’Etat "sans risque" sont délaissés au profit des actions, mais l’on n’assiste nullement à ce phénomène en ce moment. Il est vrai que les banques centrales, aux Etats-Unis et au Japon notamment, acquièrent une part importante de la dette de leur pays, mais tout de même, cela n’explique pas tout.

Les pays développés comme les pays émergents profitent de cette hausse générale. Les matières premières, même si l’évolution de leurs cours s’avère plus erratique, ne sont pas délaissées. Ah si, il y a tout de même un actif qui baisse un peu en ce moment, c’est l’or. L’or ne participe pas à la fête. Est-ce un bien ou un mal ?

Prenons un peu de recul : toute cette hausse généralisée des actifs financiers se fait dans un contexte de croissance zéro (l’Europe), faible (USA), ou en ralentissement (la Chine). Autrement dit elle n’est pas tenable à long terme. Cette hausse se fait sur l’espoir d’une reprise, qui a été particulièrement bien vendue en ce qui concerne les Etats-Unis, mais qui n’arrive pas. Pas conséquent, un jour ou l’autre, il va se produire un "atterrissage" plus ou moins brutal. Beaucoup feront alors la grimace, mais certainement pas ceux qui détiennent de l’or.

Quand cela va-t-il se produire ? Difficile à dire bien sûr, mais jusqu’ici les banques centrales expliquaient qu’elles contrôlaient la situation et qu’elles n’hésiteraient pas à utiliser tous les moyens disponibles en cas de déséquilibre menaçant. Or désormais elles semblent s’en inquiéter, en tout cas Ben Bernanke, qui a déclaré vendredi dernier : "Nous suivons de particulièrement près les exemples de "recherche du rendement" et les autres formes de prises de risques excessives qui peuvent affecter les prix des actifs et leurs relations avec les fondamentaux." Si le patron de la Fed commence à craindre des bulles, il faut s’inquiéter !