Incroyable, les vœux des banques ont été exaucés dès la première semaine de l'année 2013 ! Mais faut-il s'en réjouir ? Pas vraiment car une des principales dispositions de Bâle III, les normes prudentielles du secteur bancaire mondial actuellement en discussion, vient d'être vidée de sa substance.

La crise de 2008 a montré que des banques solvables, mais à court de liquidité, pouvaient  se retrouver en faillite. Un krach financier peut envoyer au tapis une institution financière en relative bonne santé mais à court de cash : l’argent ne circule plus, les déposants vident leurs comptes, et la banque n’a tout simplement plus de quoi fonctionner. L'idée consistait donc à obliger les banques à "tenir" 30 jours sans aucun accès au marché, à avoir à leur disposition des fonds aisément mobilisables, même dans une situation extrême.

Ce Liquidity Coverage Ratio (LCR) ne devait au départ prendre en compte que des actifs de grande qualité et très liquides comme les dépôts à la BCE ou des obligations d'Etat. Les banques ont argué, à juste raison, que les bons du Trésor, même de grands pays, ne représentaient pas une garantie absolue.

Mais surtout, toutes ces liquidités gelées "au cas où" embêtaient les banques, car cela représente un coût. Elles ont alors menacé de restreindre encore le crédit aux entreprises, déjà en berne, "submergées" qu'elles sont par toutes les nouvelles réglementations qu'on leur impose... Résultat, de nouveaux actifs ont été acceptés à titre garantie, comme des obligations d'entreprises et, interdit de rire, des crédits immobiliers titrisés. Et pour couronner le tout, la date d'entrée en vigueur a été repoussée en 2019 ! Autant le dire, l'une des plus utiles dispositions de Bâle III tombe à l'eau.

Mais ce sabordage du LCR révèle sans doute quelque chose de plus profond. Car au fond, ce que se sont certainement dit les banques, comme les régulateurs et les Etats qui discutent à Bâle, c'est que si une telle crise survenait, les banques centrales ouvriraient en grand le robinet à liquidité pour éviter une crise cardiaque du système bancaire (un peu comme les LTRO de la BCE de décembre 2011 et février 2012, de mille milliards d’euros au total). Conclusion, ce n'est pas la peine de s'en faire, dormons tranquillement sur nos deux oreilles, les banques centrales interviendront en cas de problème. Argument supplémentaire, la BCE veut se charger de la surveillance des banques européennes, elle sera donc parfaitement informée, peut être même avant les banques elles-mêmes. Pourquoi s'inquiéter ?

C'est ainsi la notion même de réglementation prudentielle internationale qui sombre face à l'extension sans limite du pouvoir des banques centrales. Ces dernières ne sont plus simplement le "prêteur en dernier ressort" mais la garantie ultime du système financier. Enfin, elles croient qu'elles le sont, nuance. Désormais les systèmes bancaire et monétaire sont plus interconnectés que jamais, sans véritable norme prudentielle, et au final sans autre outil ultime que la planche à billet. A force de repousser la crise, on en prépare une bien plus grande encore.