L’année 2026 s’ouvre sous le signe d’une fragilité structurelle masquée par des marchés encore sous anesthésie. À très court terme, la première question est celle de la fin du trade short volatilité. Après une période historiquement longue de compression du risque, le marché aborde 2026 sans véritable filet. La volatilité a été écrasée pour soutenir les indices, mais ce régime arrive à un point de saturation. Le danger n’est pas une correction lente et ordonnée, mais une rupture de régime brutale, précisément parce que les protections n’ont pas été mises en place en amont.

Le trade short volatilité est aujourd’hui le principal mécanisme qui explique pourquoi les marchés tiennent malgré l’accumulation de fragilités. Cela fait désormais 28 séances consécutives que ce régime est en place, ce qui est exceptionnel par sa durée. Concrètement, la mécanique est presque devenue routinière. Chaque matin, on observe souvent un gap haussier sur le VIX (VIX futures), lié à un peu d’inquiétude overnight, à un flux macro résiduel ou simplement à l’ouverture de books encore mal équilibrés. Ce mouvement initial donne l’illusion d’un réveil du risque. Mais très rapidement, une fois la séance américaine engagée, la volatilité est vendue méthodiquement.

Cette vente de volatilité n’est pas émotionnelle, elle est structurelle. Les desks short vol, les stratégies systématiques et les dealers en gamma positif commencent à intervenir. À mesure que le VIX reflue, les options deviennent moins chères, ce qui déclenche mécaniquement des flux acheteurs sur les indices : soit parce que les vendeurs de puts n’ont plus besoin de se couvrir, soit parce que les market makers, en gamma positif, achètent les replis et vendent les hausses pour rester neutres. Cette érosion intraday du VIX agit comme un coussin permanent, empêchant les corrections de s’amplifier.

 

Volatilité S&P 500

 

Le résultat est un marché qui peut être fondamentalement fragile, voire hésitant, mais qui reste artificiellement soutenu. Tant que la volatilité baisse au fil de la séance, les indices tiennent, même sans volume, même sans conviction. Ce régime ne crée pas de vraie tendance haussière ; il empêche simplement la baisse. C’est pour cela que l’on observe souvent des marchés qui stagnent près des sommets, avec peu de participation, mais incapables de corriger franchement.

Le point clé, et c’est là que le risque s’accumule, est que ce type de contrôle repousse le stress sans l’éliminer. Chaque séance de plus renforce le positionnement short vol et réduit la couverture disponible. Tant que le schéma “VIX en hausse le matin, VIX écrasé l’après-midi” fonctionne, le régime tient. Mais le jour où cette érosion ne se produit plus — ou pire, où le VIX continue de monter malgré les tentatives de vente — le mécanisme s’inverse brutalement. Après 26 séances consécutives, ce n’est donc pas la hausse du marché qui est impressionnante, mais le degré de dépendance du système à cette perfusion de volatilité vendue.

En toile de fond, les tensions avec la Chine restent aussi un autre facteur clé qui devra être résolu d’une manière ou d’une autre. Les restrictions sur les chaînes d’approvisionnement, et en particulier l’interdiction ou le contrôle accru des exportations d’argent, rappellent que les métaux stratégiques ne sont plus de simples commodités, mais des outils géopolitiques. Ce contexte renforce la dimension systémique du marché des métaux précieux, bien au-delà d’une simple lecture inflationniste ou cyclique.

 

 

Les primes sur l’argent en Chine sont en train de remonter vers des niveaux historiquement élevés, ce qui constitue un signal extrêmement fort sur l’état réel du marché physique. Ces primes traduisent un déséquilibre croissant entre l’offre disponible localement et la demande, dans un contexte de contraintes d’approvisionnement, de flux physiques tendus et de contrôles plus stricts sur les exportations. Ce type de situation n’est jamais stable dans le temps : ces primes devront se résoudre dès le début de l’année, d’une manière ou d’une autre. Soit par un ajustement des prix internationaux à la hausse, afin de rééquilibrer les flux vers l’Asie, soit par un ralentissement forcé de la demande si l’accès au métal devient trop coûteux ou trop restreint. Historiquement, ce genre de tension sur les premiums chinois ne se normalise pas doucement ; il se dénoue par un mouvement visible sur le prix ou sur les volumes. Autrement dit, le marché physique de l’argent envoie un message clair : la situation actuelle n’est pas soutenable, et la résolution de ces primes pourrait devenir l’un des catalyseurs majeurs du début d’année.

 

SGE primes sur l'argent

 

2026 sera aussi une année charnière pour les cryptomonnaies et les stablecoins. Le système crypto est désormais suffisamment gros pour être systémique, mais pas forcément assez robuste pour encaisser un choc majeur. Le bitcoin se trouve au cœur de cette équation : au-dessus de certains seuils, le narratif de résilience tient ; en dessous, notamment en cas de rupture sous des niveaux critiques autour de 82 000 $, la question de la liquidité et de la confiance se poserait brutalement. Un stress sur le bitcoin ne resterait pas cantonné au crypto-écosystème : il aurait des répercussions directes sur les valeurs technologiques, fortement corrélées aux dynamiques de liquidité globale.

 

Bitcoin en dollars US

 

Dans ce contexte, l’intelligence artificielle entre elle aussi dans une phase de vérité. En 2025, les premières tensions sur le CAPEX ont commencé à apparaître. En 2026, la question devient centrale : le marché peut-il continuer à pricer un scénario idéal, avec une croissance infinie des investissements, ou va-t-il exiger des retours concrets sur capital ? Le cycle de l’IA passe d’un récit d’expansion à un test de rentabilité, et ce passage est rarement indolore pour les valorisations.

Face à ce paysage, les minières, l’or et l’argent occupent une position paradoxale. Leur potentiel de différenciation est réel, mais il reste conditionné à une rotation de capital franche et assumée. Tant que cette rotation n’a pas lieu, le secteur reste prisonnier des mêmes contraintes de liquidité, des mêmes algorithmes globaux et des mêmes ventes forcées que le reste du marché actions. Pour que les métaux précieux se démarquent réellement, une déconnexion est nécessaire.

Paradoxalement, cette déconnexion ne peut venir que d’un choc systémique. C’est précisément ce que redoute le marché aujourd’hui, mais c’est aussi ce dont le secteur des métaux précieux a besoin pour s’affirmer comme une classe d’actifs à part entière, et non comme un simple sous-segment du risque actions.

Autrement dit, 2026 sera une année de vérité : soit le système absorbe le choc et se reconfigure, soit il casse. Et c’est dans cette rupture, plus que dans la continuité, que se jouera la véritable rotation de capital.

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