Max Keiser: Bienvenue au Keiser Report, ici Max Keiser, et c’est le moment de se tourner vers Egon von Greyerz, de Matterhorn Asset Management, à Zurich. Bienvenue au Keiser Report, Egon.

Egon von Greyerz: Merci, je suis ravi d’être ici.

 

Max Keiser: Egon, nous venons tout juste de voir les annonces de Janet Yellen et de la Fed, et il y a toujours une connexion intéressante entre ce qu’elle dit et le prix de l’or, qui est votre spécialité, alors commençons en parlant un peu de cela...

Egon von Greyerz: Oui... Janet Yellen ne changera rien, évidemment, à ce que Bernanke faisait. À la Fed, ils sont les plus grands créateurs de monnaie au monde, et ils continueront de l’être. À court terme, elle devrait continuer les réductions (tapering), mais cela ne durera pas. Concernant l’influence des annonces de la Fed sur l’or les six dernières fois... j’ai vérifié et, à chaque fois, l’or descend, et de façon assez violente, à l’approche de chaque annonce de la Fed. Et après, comme lors des six derniers mois, il remonte à chaque fois. Alors, c’est une bonne idée de prendre une position short avant l’annonce de la Fed, et puis de racheter ensuite.

 

Max Keiser: Vous venez de dire quelque chose... le tapering ne durera pas. Rappelons aux gens ce qu’est le tapering (réduction des achats de la Fed). L’assouplissement quantitatif, c’est le programme de rachat d'obligations de la Fed, qui a pour but de monétiser la dette, et maintenant que ce QE est en place depuis un bout de temps, les gens se demandent comment la Fed va sortir de ce programme, et le mot utilisé est taper, signifiant une réduction d’achats sur une base mensuelle. Ils disent qu’à terme ils vont arrêter cet assouplissement quantitatif et Yellen dit que, six mois après, les taux d’intérêt pourraient augmenter... mais vous dites qu’il ne peut y avoir de réductions (taper), pas de réductions du tout... pouvez-nous nous parler de cela ?

Egon von Greyerz: La Fed vit dans un monde virtuel. Ils croient que, comme leur Président, l’économie des États-Unis est forte, que les choses ne peuvent que s’améliorer... cela n’arrivera pas. L’économie américaine est en faillite et elle continuera de l’être, car ils doivent émettre des quantités illimitées de monnaie, seulement pour survivre. Et, bien sûr, l’impression de monnaie ne créera jamais de richesse, et ils ne survivront pas ainsi non plus, car ils ne font que retarder les échéances. Alors la Fed continuera d’imprimer de la monnaie... elle peut réduire ses achats quelques mois, mais, plus tard, il y aura des événements qui nécessiteront une impression monétaire accélérée de la Fed.

 

Max Keiser: Comment comparez-vous ce qui se passe avec la Fed aux États-Unis avec, par exemple, ce qui se passe ici avec la Banque d’Angleterre au Royaume-Uni ? Bien sûr, nous avons maintenant un nouveau directeur, Mark Carney, qui vient de parler du budget… il semble que des programmes comme le ‘Help to Buy’, qui sont une façon de financer l’achat immobilier, comme Fannie Mae et Freddie Mac aux États-Unis, soient assez similaires, n’est-ce pas ?

Egon von Greyerz: Très similaires. Il y a deux secteurs de l’économie du Royaume-Uni en ébullition, et l’un d’eux est juste derrière nous, ici, la City... tout le monde est riche dans la City parce que, si vous avez de l’argent, vous pouvez faire de l’argent, parce que toutes les banques centrales mondiales vous aideront en imprimant de la monnaie et ainsi vous laisser échanger avec cette monnaie et engranger des profits très intéressants. Et l’autre secteur qui prospère est le marché immobilier. Et vous ne pouvez pas baser une économie sur le secteur financier et sur l’achat d’immobillier… surtout en ce moment, presque sans dépôt requis et avec des taux d’intérêt subventionnés. Donc, les consommateurs britanniques empruntent, l’immobilier est en hausse... cela ne durera pas.

 

Max Keiser: Egon, corrigez-moi si je me trompe mais, Matterhorn Asset Management, en Suisse, la société que vous dirigez, a pour but la préservation de la richesse, via l’or. Non pas l’or nécessairement pour échanger, ou l’or pour investir, mais l’or pour préserver la richesse. Qu’est-ce que cela veut dire ? Parlez-nous en un peu.

Egon von Greyerz: Nous avons réalisé, il y a environ douze ans, en 2002, que le monde allait dans le mur et qu’il faudrait s’en tenir à l’essentiel pour préserver sa richesse. Et nous avons alors conseillé à nos clients d’allouer jusqu’à 50% de leurs actifs financiers en or physique...

 

Max Keiser: Oui, c’était un conseil vraiment agressif, car la plupart des conseillers diraient d’y allouer 5%, 10%... mais votre société, même quand l’or n’était qu’à $300, disait à vos clients d’investir 50% dans l’or ?

Egon von Greyerz: Évidemment, ce ne sont pas tous nos clients qui ont 50% de leurs actifs en or... certains en ont 100% et d’autres n’en ont que 5 à 10%. Mais, néanmoins, nous avons pressenti que la destruction de la monnaie papier s’accélérerait. Alors, pour nous, c’était une question d’acheter quelque chose au moment où cette chose n’est pas aimée et sous-évaluée et, à ce moment, l’or n’était pas aimé et il était sous-évalué, alors c’était assez facile. Maintenant, les gouvernements, comme ils l’ont fait à travers l’Histoire, vont continuer de détruire la valeur des monnaies de papier en en imprimant des quantités illimitées. Ils l’ont fait, ils le font encore... sous Bernanke, durant son mandat à la tête de la Fed, la dette des États-Unis est passée de $8,000 milliards à $17,000 milliards... alors il a créé plus de dette en sept ans que pendant les 200 ans que cela prit aux États-Unis pour en créer autant. Cela prit 200 ans pour passer de zéro à $8,000 milliards, et il en a créé $9,000 milliards en sept ans. Et cela va continuer... ils ne peuvent rien faire d’autre!... Et le déficit budgétaire! Ils ont des déficits depuis 50 ans, des déficits commerciaux depuis la même période…

 

Max Keiser: Tout est lié à cette idée que les taux d’intérêt devraient être maintenus près de zéro, ce qui est comme un pari complètement fou. Mais avant de parler de taux d’intérêt, je veux savoir ce que vous pensez de ceci : À la base, les gens parlent du prix de l’or, et ils ont cette fixation sur le prix... $900, $1,400, etc... ils se concentrent vraiment sur le prix. Je voudrais introduire le concept de prix par rapport à la disponibilité, l’idée étant que, lorsque viendra le moment de récupérer l’or, à cause de l’effondrement du système bancaire, avec tout ce qui s’y passe, il se peut qu’il n’y ait pas d’or disponible, quel que soit le prix. Vous voyez où je veux en venir ? En d’autres termes, il y a des histoires en Suisse et ailleurs dans le monde où les gens veulent prendre possession de leur or qui se trouve dans une banque – et votre société n’est pas une banque, vous stockez dans un entrepôt sécurisé hors du système bancaire, ce qui fait une grosse différence – et leur or ne s’y trouve plus. Alors, c’est mon sujet : le prix vs la disponibilité... allez-y!

Egon von Greyerz: Vous savez que la taille du marché papier de l’or est environ cent fois plus grande que la taille du marché de l’or physique. Nous vivons dans un monde de papier, aujourd’hui, tout le monde croit au papier. Mais, tristement, ceux qui détiennent de l’or-papier n’auront pas accès à l’or physique. Et, quand les problèmes feront surface dans l’économie – et ils le feront – et que les gens commenceront à se demander si les bullion banks ont vraiment de l’or et qu’ils réaliseront que les banques centrales sont loin d’avoir tout l’or qu’elles disent avoir, et qu’ils commenceront à exiger la livraison de leur or, ils n’obtiendront pas d’or... ils obtiendront peut-être de l’argent liquide, s’ils sont chanceux. Et le COMEX, le marché de futures dont nous parlions, ne sera pas en mesure de faire les livraisons non plus.

 

Max Keiser: Alors, ces bullion banks, HSBC, JP Morgan, et d’autres... vous dites qu’elles n’ont pas l’or qu’elles disent avoir ?

Egon von Greyerz: Exactement. Elles n’ont pas l’or, les banques centrales n’ont certainement pas l’or... elles disent posséder 30,000 tonnes... je pense qu’elles n’en ont même pas la moitié... peut-être même moins. Tout le monde dans le marché de l’or sait que la Fed n’a pas fait d’audit de leur or depuis l’époque d’Eisenhower. 

 

Max Keiser: Et cet or est en Asie ?

Egon von Greyerz: Il est en Asie, parce que ce qui est arrivé, surtout l’an passé quand l’or s’est effondré, je ne suis pas certain que vous en ayez parlé auparavant... quand le prix de l’or s’est effondré, à cause de la manipulation, cela a été fait pour que les bullion banks puissent remplir leurs coffres. Normalement, quand les bullion banks vendent ou achètent de l’or, cet or demeure sous leur garde... les acheteurs, les vendeurs, vous savez, les banques centrales, les ETF etc... Ce qui est arrivé, c’est que les Chinois ont acheté tout cet or qui est devenu disponible...

 

Max Keiser: ... Et la Russie ?

Egon von Greyerz: Et la Russie aussi.

 

Max Keiser: Dites-moi, rapidement, sur le front géopolitique, une équation... la Chine et la Russie semblent se positionner du même côté comme ce que j’appellerais les puissances de l’or-pétrole-gaz, en opposition aux puissances de « papier » des États-Unis, du Royaume-Uni et des autres. Tout ce papier... et ces guerres monétaires, comme vous dites. L’année dernière, durant la chute du prix de l’or, la Chine et la Russie ont acheté de l’or de manière agressive. Sont-ils maintenant dans une position où ils peuvent rejeter le dollar US comme monnaie de réserve internationale, se débrouiller tout seul, et cela expliquerait-il en partie ces tensions mondiales ?

Egon von Greyerz: Absolument. Selon moi, le dollar ne mérite pas d’être la monnaie de réserve internationale, malheureusement. Étant de Suisse... quand j’ai commencé à travailler en Suisse, il y a assez longtemps, en 1970 environ, le ratio franc suisse/dollar US était 4,30 pour un dollar. Aujourd’hui, il est d’environ 0,88 pour un dollar. C’est une chute de 80%. Lors des douze dernières années, le dollar a perdu 50% contre le franc suisse. Le dollar est en perdition. C’est triste, très triste. Mais vous ne pouvez pas entretenir tous ces déficits que je viens de mentionner et constamment dépenser ce que vous n’avez pas et imprimer de la monnaie et, en même temps, être la monnaie de réserve internationale. Alors oui, le dollar, même s’ils essaient de le supporter, va s’effondrer; toutes les devises vont vers l’effondrement, vers la réalisation de leur valeur intrinsèque qui est, évidemment, zéro. Mais le dollar sera la première devise à s’effondrer. Alors, je crois que ce n’est qu’une question de temps avant que, comme vous dites, la Chine, la Russie... l’arme merveilleuse dont dispose la Russie dans cette bataille d’Ukraine pour la Crimée est qu’elle pourrait arrêter d’utiliser le dollar. Et, évidemment, c’est aux États-Unis que cela ferait le plus de mal... Alors, ces sanctions ne voudraient plus rien dire.

 

Max Keiser: Donc, vous parlez de cette guerre monétaire comme d’une partie de poker, et vous dites que la Chine et la Russie détiennent trois as, avec l’or, tandis que les États-Unis n’ont qu’une paire de deux ?

Egon von Greyerz: Absolument. Surtout parce qu’ils ont une monnaie très faible. Elle est sur-évaluée parce que le monde entier l’utilise pour les échanges. Si le monde arrête de l’utiliser, la Chine et la Russie seront les premiers à le faire. 

 

Max Keiser: Et il y a le Brésil... et tous les pays du BRICS qui concluent un grand nombre d’accords bilatéraux. Je voudrais parler de la manipulation du marché, parce que c’est un sujet épineux. Un endroit où nous voyons, sans aucun doute, la manipulation est – et on voit ceci presque à chaque jour - le prix de l’or grimpe en Asie, les Asiatiques achètent de l’or, pour se protéger d’un effondrement des monnaies et, quand le COMEX ouvre, à New York, on observe un nombre massif de ventes, presque chaque jour. Pour moi, ce ne ressemble pas au mécanisme normal de détermination des prix, il s’agit plutôt de manipulation des prix. 

Egon von Greyerz: Il y a une manipulation constante du prix, et, spécialement, vous pouvez la voir se produire, parce que cela se passe toujours sur des marché relativement étroits... certaines transactions ne sont pas normales. Personne n’inonderait le marché d’or – évidemment, il s’agit ici d’or-papier, et non pas d’or physique – de cette façon, parce qu’il perdrait une fortune à chaque fois qu’il le ferait ainsi. Alors, cette manipulation... il y a plusieurs personnes, vous avez entendu parler de Chris Powell, de GATA, et d’autres qui sont plus experts en la matière que je le suis, mais il est absolument clair qu’il y a une manipulation. Pourquoi le font-ils? Bien, premièrement, parce qu’ils n’ont pas l’or qu’ils disent avoir, et ils ont besoin de faire baisser le prix. Et, deuxièmement, l’or révèle la mauvaise gestion de l’économie, et c’est pourquoi ils veulent l’or à un bas prix. Mais je suis de ceux qui croient fortement que la manipulation ne peut durer qu’un court temps. À la longue, le vrai marché l’emportera, c’est-à-dire l’or gagnera. Ils ne peuvent pas... Lors des 14 dernières années, nous sommes passés de $250 à $1,330 aujourd’hui, et cette tendance se maintiendra. Parce que tout ce l’or fait est de refléter la destruction de la monnaie de papier.

 

Max Keiser: Bien! Nous sommes avertis! Merci d’avoir participé au Keiser Report.

Egon von Greyerz: Ce fut un plaisir, Max, merci beaucoup.