La banque américaine Citigroup vient d'être condamnée par le Département de la justice à payer une amende 7 milliards de dollars. Elle est sanctionnée pour son rôle dans la crise des subprimes : "Citigroup était informée des déficiences sérieuses et généralisées des prêts de plus en plus risqués qu'elle transformait en obligations" et, pourtant, elle a continué, explique Eric Holder, le Procureur général des Etats-Unis. Les grandes banques sont dans le collimateur de la justice américaine pour leurs responsabilités dans la crise des subprimes. JP Morgan a déjà payé 13 milliards de dollars d'amende et on parle de 17 milliards pour Bank of America, pour laquelle les discussions sont en cours. Les banques préfèrent payer une forte amende, de façon à éviter un procès au civil, long et risqué.

On pourrait se réjouir que de lourdes sanctions tombent sur les banques fautives… on pourrait penser que cela les rendra plus prudentes à l'avenir. C'est une possibilité. Mais on peut aussi déplorer plusieurs éléments qui ne vont pas dans ce sens. En premier, c'est la seule responsabilité morale de la banque qui est en cause, mais pas celle, personnelle, des anciens dirigeants, y compris d'ailleurs de sociétés qui ont fait faillite comme Countrywide d'Angelo Mozziloo (pour prendre l'un des pires dans le genre). Si la justice leur avait repris l'intégralité des salaires et stock options qu'ils s'étaient versés à l'époque, voici qui aurait constitué une sacrée mise en garde pour les dirigeants actuels ! Mais cette voie n'a pas été empruntée.

L'autre inquiétude apparaît lorsqu’on apprend la répartition de ces 7 milliards d'amende. 4 vont directement dans la poche du Département de la justice… on a un peu l'impression que l'Etat fédéral cherche surtout des recettes d'appoint pour réduire son déficit budgétaire. 500 millions sont partagés entre les procureurs des Etats associés à la procédure et le Fonds de garantie des dépôts bancaires. Autrement dit, ce dernier, qui sert à limiter l'impact des crises financières et à protéger les épargnants, ne touchera que des miettes; voici une drôle de façon de préparer l'avenir. Enfin, le reste de l'amende, soit 2,5 milliards de dollars, doit servir à financer des allégements de conditions de crédit aux particuliers piégés par la crise immobilière. Là, c'est incroyable : l'Etat fédéral subventionne l'accès à la propriété, c'est-à- dire qu'il refait la même erreur qui est à l'origine de la crise des subprimes !

Dans le dossier des subprimes, les responsabilités sont en effet partagées : les banques revendaient des produits qu'elles savaient avariés, mais au début de cette histoire c'est bien l'Etat fédéral qui a encouragé l'accession à la propriété, en limitant le pouvoir des banques à refuser un crédit (avec le Community Reinvestment Act), ainsi qu'en subventionnant largement et en accordant sa garantie à deux agences publiques, Fanny Mae et Freddy Mac, qui servaient de grandes lessiveuses d'emprunts hypothécaires.

Avec ces fortes amendes imposées aux banques, l'Etat s'exonère de toute responsabilité, de toute autocritique. Pire (ou conséquence inéluctable), il refait les mêmes erreurs. De là à ce que, pareillement, les banquiers en activité empochent de confortables indemnités (les bénéfices des banques sont au plus haut) tout en négligeant des risques qu'ils voient passer devant leur yeux, il n'y a qu'un pas. Mais ce sont leurs successeurs qui devront gérer ce problème, ainsi que d'autres gouvernements. Pendant ce temps, ce mélange nocif de politique keynésienne et d'avidité à court terme continue, avec tous les dégâts que cela occasionne sur l'économie.