Pourquoi l'or ? C'est une question que l'on me pose souvent. Elle est généralement suivie d'un commentaire du genre : "Je ne comprends pas. Ce n'est qu'un rocher brillant. On l'extrait du sol pour ensuite le remettre sous terre. À quoi ça sert ?"

Je commence généralement par répondre : "Ce n'est pas un rocher, c'est un métal".

J'aime beaucoup ces discussions. Si les gens ne connaissent rien à l'or, ce n'est pas de leur fauteL'establishment politique et économique, les universitaires et les banquiers centraux en ont fait un sujet tabou.

L'or est enseigné dans les écoles des mines, mais pas dans les écoles d'économie. Dans le contexte monétaire actuel, si quelqu'un fait l'éloge de l'or, il est immédiatement catalogué comme "Noix d'or", "Scarabée d'or", "Néandertalien" voire pire. Il n'est pas écouté et la conversation est écourtée.

 

Sur la photo, je tiens une barre d'or dans un coffre près de Zurich, en Suisse. Il s'agit d'une barre dite de "bonne livraison" selon les règles établies par la London Bullion Market Association. Cela signifie que la barre pèse environ 400 onces, avec une pureté de 99,9 % (ou plus), et a une forme et des dimensions spécifiées. Cette barre vaut environ 700 000 $ au prix actuel du marché. En 1971, elle valait 14 000 $.

 

Il n'en a pas toujours été ainsi. J'étais étudiant en économie internationale en 1973-1974. De nombreux observateurs pensent que l'étalon-or a "pris fin" le 15 août 1971, lorsque le président Nixon a suspendu la convertibilité des dollars détenus par les principaux partenaires commerciaux en or. Ce n'est pas exactement ce qui s'est passé.

La décision de Nixon a été un événement important. Cependant, il voulait que la suspension soit "temporaire", comme il l'a dit dans son annonce. L'idée était de mettre en "pause" le rachat des dollars avec de l'or, d'organiser une nouvelle conférence monétaire internationale similaire à celle de Bretton Woods en 1944, de dévaluer le dollar par rapport à l'or (et à d'autres devises comme le deutschemark allemand et le yen japonais), puis de revenir à l'étalon-or aux nouveaux taux de change.

Ce plan m'a été confirmé par deux conseillers de Nixon qui étaient avec lui à Camp David en 1971, quand il a fait son annonce. J'ai parlé à Kenneth Dam (un avocat du pouvoir exécutif) et à Paul Volcker (à l'époque, secrétaire adjoint au Trésor). Selon eux, la suspension de la convertibilité du dollar en or était censée être temporaire, et l'objectif était de retourner à l’or avec de nouveaux prix.

Nixon a réalisé une partie de son plan, pas l'autre. La conférence internationale a eu lieu à Washington, en décembre 1971, et a abouti à l'accord du Smithsonian Institute. Cet accord a entériné la dévaluation du dollar de 7,89%, ce qui fit passer l’once d’or de 35 $ à 38 $ (avant une nouvelle dévaluation à 42,22 $ l'once en mars 1972), et la réévaluation des devises de l'Allemagne, du Japon, du Royaume-Uni, de la France et de l'Italie par rapport au billet vert.

Pourtant, le retour à un véritable étalon-or n'a jamais eu lieu. Ce fut une période chaotique dans l'histoire de la politique monétaire internationale. L'Allemagne et le Japon ont adopté des taux de change flottants, sous les conseils malavisés de Milton Friedman, qui ne comprenait pas vraiment le rôle des devises dans le commerce international et les investissements étrangers directs. La France s'est rebiffée et a insisté pour le retour à un véritable étalon-or.

De plus, Nixon s'est retrouvé pris dans sa campagne de réélection de 1972, puis dans le scandale du Watergate, si bien qu'il a perdu de vue l'or. Finalement, la dévaluation du dollar est passée, mais la convertibilité officielle de l'or n'a jamais été rétablie.

Les querelles monétaires ont duré quelques années. Ce n'est qu'en 1974 que le FMI a officiellement déclaré que l'or n'était pas un actif monétaire (bien que le FMI ait comptabilisé de l'or dans ses livres dans les années 1970, et qu'il possède toujours 2 814 tonnes d'or, soit la troisième plus grande réserve au monde après les États-Unis et l'Allemagne).

Par conséquent, ma promotion de 1974 a été la dernière à recevoir un enseignement sur l'or en tant qu'actif monétaire. L'or a ensuite été relégué aux livres d'histoire. L'or est resté une "matière première" enseignée dans les écoles minières, mais plus en économie.

Il n'est pas étonnant que la plupart des gens ne comprennent pas l'or aujourd'hui.

L'or a peut-être été banni des salles de classe, mais pas du monde réel. En fait, un autre développement majeur a eu lieu, juste un an après l'obtention de mon diplôme. En 1974, le président Ford annula le fameux Executive Order 6102. Cette ordonnance, signée par le président Franklin D. Roosevelt en 1933, rendait illégale la détention d'or par les citoyens américains. L'or était alors une marchandise de contrebande, comme l'héroïne ou les mitraillettes.

Pour la première fois depuis plus de 40 ans, les Américains avaient le droit de posséder des pièces et des lingots d'or. L'étalon-or officiel était mort, mais un nouvel "étalon-or privé" venait de commencer.

C'est alors que les choses sont devenues intéressantes.

Maintenant que l'or s'échangeait librement, nous avons assisté aux premiers marchés haussiers et baissiers (ce qui n'existe pas sous un étalon-or, où le prix est fixe).

Les deux grands marchés haussiers de l'or ont été ceux de 1971-1980 (+ 2 200 %) et de 1999-2011 (+ 760 %). Entre temps, il y a eu deux marchés baissiers (1981-1998 et 2011-2015), mais la tendance à long terme est indéniable. Depuis 1971, l'or a augmenté de 5 000 %.

Le troisième grand marché haussier est en cours. Il a débuté le 16 décembre 2015, lorsque l'or a atteint son plus bas à 1 050 $ l'once à la fin du marché baissier de 2011-2015. Depuis, l'or a augmenté de plus de 65 %. C'est une belle performance, mais ce n''est rien comparé aux gains de 2 200 % et de 760 % enregistrés lors des deux derniers marchés haussiers.

Les marchés des capitaux et des matières premières n'évoluent jamais en ligne droite, surtout pas l'or.

Mais cela suggère que les plus gros gains sont encore à venir. En ce moment même, mes modèles m'indiquent que l'or est sur le point de réaliser des gains historiques alors que le troisième grand marché haussier prend de l'ampleur.

Actuellement, l'or se négocie à plus de 1 700 $. Qu'est-ce qui pourrait l'amener au-dessus de 2 000 $ l'once et le faire monter ? Il y a trois facteurs principaux :

- Le premier est une perte de confiance dans le dollar américain suite à l'impression massive de monnaie pour renflouer les investisseurs. Si les banques centrales viennent à utiliser l'or comme ancrage pour rétablir la confiance, le prix devra être de 10 000 $ l'once ou plus. Tout prix inférieur obligerait les banques centrales à réduire leur masse monétaire pour maintenir la parité, ce qui serait fortement déflationniste.

- Le deuxième facteur est un prolongement du marché haussier. En utilisant les deux marchés haussiers précédents comme points de référence, une simple moyenne des gains pendant ces périodes permettrait à l'or de se situer aux alentours de 14 000 $ l'once d'ici 2025.

- Le troisième est l'achat de panique en cas de nouvelle catastrophe. Cela pourrait être déclenché par une "deuxième vague" de Covid-19, l'incapacité d'un ETF ou du COMEX à honorer les demandes de livraisons d'or physique, ou la victoire de Joe Biden à l'élection présidentielle.

Le prix actuel de l'or n'a pas intégré ces éventualités. Il n'est pas nécessaire que ces trois événements aient lieu pour que le prix de l'or augmente. N'importe lequel ferait l'affaire. Mais aucun des trois ne peut être exclu.

Ces événements (et d'autres) pousseront l'or au delà de 2 000 $ l'once, d'abord vers 3 000 $ l'once, puis ensuite beaucoup plus haut.