Les banques centrales du monde entier augmentent la quantité d’or qu’elles détiennent dans leurs réserves de change, portant le total à un record depuis 31 ans en 2021.

Selon le World Gold Council, les banques centrales ont acheté plus de 4 500 tonnes d'or au cours de la dernière décennie. En septembre dernier, les réserves d’or totales des banques centrales étaient estimées à environ 36 000 tonnes, soit le niveau le plus élevé depuis 1990 et une augmentation de 15% par rapport à la décennie précédente.

La valeur du dollar a fortement chuté par rapport à l'or au cours de la dernière décennie, en raison notamment de l'assouplissement quantitatif (QE) à grande échelle qui a fait exploser l'offre de monnaie. Alors que la Fed accélére le resserrement du crédit, d'autres banques centrales poursuivent leur virage vers l’or, reflétant les préoccupations mondiales concernant un régime monétaire basé sur le dollar.

L'or n'est pas directement lié à l'économie d'un pays et peut résister aux turbulences sur les marchés financiers internationaux, a déclaré Adam Glapinski, gouverneur de la Banque nationale de Pologne, alors qu'il expliquait l'accumulation de réserves d'or par la banque centrale polonaise. La NBP a acheté quelques 100 tonnes d'or en 2019 et continue d'accumuler du métal jaune.

L'achat d'or par les économies émergentes se poursuit. De janvier à septembre 2021, la Thaïlande a acheté environ 90 tonnes, l'Inde 70 tonnes et le Brésil 60 tonnes.

 

 

Contrairement aux obligations du gouvernement américain et autres actifs libellés en dollar, l'or ne rapporte aucun intérêt. Mais au printemps dernier, la banque centrale de Hongrie a triplé ses réserves d'or pour les porter à plus de 90 tonnes, car le métal ne comporte aucun risque de crédit et de contrepartie.

Les gros achats d'or étaient auparavant limités à la banque centrale de Russie et à quelques pays qui tentaient de s'affranchir de leur dépendance au dollar, sous fonds de conflits politiques avec les États-Unis.

Récemment, les banques centrales des pays émergents, qui ont tendance à être exposés aux dépréciations de leurs devises, et des pays d'Europe de l'Est, à l'envergure économique limitée, ont été des acheteurs notables. Face à la dépréciation persistante de sa monnaie, le Kazakhstan a fortement augmenté la part d'or dans ses réserves de change.

 

 

Les banques centrales et les institutions publiques ont commencé à augmenter leurs réserves d'or vers 2009. Jusque-là, elles avaient régulièrement vendu leur or pour augmenter le montant des actifs libellés en dollars, tels que les titres du Trésor américain. Les États-Unis ayant bénéficié d'une économie florissante dans les années 1990 en tant que seule superpuissance après la fin de la guerre froide, les bénéfices générés par les actifs libellés en dollars étaient attrayants pour les autres pays.

La crise financière mondiale de 2008 a provoqué une fuite massive de capitaux, même des obligations d'État américaines, entraînant une baisse de la valeur des actifs libellés en dollars. "La confiance dans les actifs en dollars a vacillé", a déclaré Itsuo Toyoshima, analyste de marché à Nikkei Asia.

 

 

Cette crise a été suivie d'une baisse des taux d'intérêt à long terme aux États-Unis en raison d'un assouplissement monétaire à grande échelle, rendant moins avantageuse la détention continue d'actifs libellés en dollars. Les banques centrales des économies émergentes dont la cote de crédit est faible ont commencé à protéger leurs actifs avec l'or.

Aujourd’hui, la part du dollar dans les réserves de change est en baisse, ce qui contraste avec la part croissante de l'or. L'an dernier, la part du dollar dans les réserves a atteint son plus faible niveau en 25 ans.

La part décroissante du dollar est en partie attribuable à la baisse à long terme de la valeur de la monnaie par rapport à l’or. Depuis que le président américain Richard Nixon a annoncé la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, le dollar est tombé à environ un cinquantième de son ancien niveau. L'offre de monnaie, n'étant plus liée à l'or, a été multipliée par 30 au cours des 50 dernières années.

La Fed a clairement indiqué qu'elle mettait fin à sa politique accomodante et prévoit trois hausses de taux en 2022. Mais les banques centrales des économies émergentes continueront probablement de privilégier l'or plutôt que le dollar.