J’ai toujours considéré l’or non pas comme un investissement, mais plutôt comme de l’argent liquide solide. De l’argent liquide et réel et qui, surtout, n’a pas de risque de contrepartie. S’il y a un point sur lequel je suis d’accord avec Warren Buffett, c’est que je n’investis pas dans de l’argent liquide mais dans des affaires, commerces ou industries. Je me réfugie dans l’argent liquide et surtout dans l’or quand les risques sont trop grands et que je ne vois pas d’opportunités intéressantes d’investissement. Ceci n’exclut pas la possibilité de spéculer sur des devises ou matières premières (or, argent, pétrole, dollar, euro, etc.) sur le très court terme. Si je veux investir dans l’or ou l’argent métal, j’achète des actions ou des entreprises liées à l’or et l’argent, telles que des compagnies minières, des entreprises qui stockent, achètent ou vendent de l’or pour des clients, des joailliers, etc. Il y quand même eu dans l’histoire des moments où l’argent liquide solide était roi. On dit que dans une bulle financière “l’or est un déchet” et dans une crise financière “l’or est roi”.

Même si c’est rarement le cas, il arrive parfois que les risques imposent de se réfugier dans l’argent liquide et, en plus, le plus sûr. Nous sommes dans une de ces périodes. La dette américaine est gigantesque et il faut également y additionner la dette du reste du monde. C’est justement cette accumulation de dette au niveau global depuis cent ans, et surtout depuis l’abandon du standard or, qui met en danger tout le système monétaire. Cette liquidation de dette est favorable à l’or, mais aussi à l’argent métal. En ce moment il faut penser à protéger son patrimoine et non pas à l’augmenter. 

J’aime les graphiques comme celui (graphique #1) du marché financier mesuré en onces d’or depuis 1700. Il nous montre des changements qui arrivent rarement en 100 ou même 300 ans. En observant le marché calculé en onces d’or plutôt qu’en dollars ou livres sterling, on élimine l’effet de l’inflation. On peut également constater l’énorme augmentation de la volatilité des marchés depuis le début du siècle. Ceci correspond avec l’arrivée de la monnaie fiduciaire (papier) et des banques centrales. Au lieu de rendre les marchés plus stables les cycles ont été plutôt amplifiés, et de beaucoup.

 

Graphique #1 : Indice des Bourses américaine et britannique en onces d’or

 

Si on regarde seulement la Bourse américaine que représente l’indice Dow Jones en onces d’or depuis 1900, on distingue clairement les cycles boursiers séculaires qui ne sont pas aussi clairs si on les observe en dollars américains. L’inflation brouille l’image, mais surtout le marché baissier qui paraît plat en dollars, alors qu’en onces d’or ou ajusté par l’inflation, il retrace tout le marché haussier.

En regardant le graphique #2 on serait tenté, si on a un esprit contradictoire, de conclure que c’est plutôt la fin du marché baissier et le début d’un nouveau marché séculaire haussier. Mais regardez bien et comparez avec 1933 et 1976 (graphique #2, cercle en rouge). Il semble évident qu’on serait plutôt dans un “piège baissier” plutôt qu’au début d’un nouveau marché séculaire haussier. Je crois fermement qu’on va finir ce marché baissier séculaire de l’indice Dow Jones quand on va atteindre le prix du Dow Jones en onces d’or d’au moins une once et peut-être même moins. Nous sommes actuellement autour de douze onces.

 

Graphique #2: Indice Dow Jones en onces d’or

 

On entend souvent dire par ceux qui ne sont pas en faveur du standard or que l’arrivée de la monnaie fiduciaire (papier) a apporté la stabilité sur les marchés financiers, et on prétendait même que c’était la fin des cycles économiques au sommet de la bulle spéculative de 2000. On sait ce qui s’est réellement produit. On voit clairement l’explosion de la volatilité dès l’arrivée du système de monnaie fiduciaire (papier), autant aux Etats-Unis (graphique #3) qu’au Royaume-Uni (graphique #3).

 

Graphique #3: 200 ans de l’indice Dow Jones en onces d’or

 

Graphique #4: 300 ans de l’indice britannique FTSE en onces d’or

 

Je ne peux finir sans vous présenter un autre graphique (#5) qui montre d’une façon extraordinaire ce qui s’est produit depuis l’introduction de la monnaie papier, l’arrivée de l’inflation et, plus tard, l'abandon de toute référence à l'or dans le système monétaire. On observe, premièrement, l’explosion de l’inflation depuis 1900 et, deuxièmement, que l’or a maintenu sa valeur. Comme l’indice Dow Jones, l’or a également vu sa volatilité en termes réels augmenter considérablement. L’inflation produit des distorsions dans les prix et, donc, des sur-estimations et des sous-estimations des prix, produisant ainsi de l’incertitude et de la volatilité dans l’économie.

 

Graphique #5: Le prix nominal de l’or, l’indice des prix de gros britanniques et le prix réel de l’or

 

Le prix du Dow Jones en onces d’or montre la corrélation négative presque totale entre le marché financier et l’or. Ceci s’explique par le rôle de l’or comme argent liquide solide et sans la distorsion produite par l’inflation. En période de croissance économique, les gens abandonnent l’argent liquide et investissent. Alors qu’en période de crise économique, ils se réfugient dans l'argent liquide. Si, en plus, nous avons comme aujourd’hui une crise majeure de la devise papier, alors les mouvements de l’or à la hausse sont accentués. Ceci n’exclut pas, pour des courtes périodes, d’observer des mouvements de l’indice Dow Jones et de l’or dans la même direction. Il est possible qu’au début du marché baissier de l’indice Dow Jones, l’or baisse aussi, car on ne vend pas quelque chose qui a perdu sa valeur pour couvrir ses dettes, mais ce qui peut encore être vendu, comme les valeurs sûres (ex. l’or). Par la suite, l’indice Dow Jones va continuer à descendre, alors que l’or va reprendre son mouvement à la hausse. 

La récente manipulation des marchés boursiers et de l’or avec des taux d’intérêt extrêmement bas et des ventes d’or sur les marchés à termes va certainement s’accentuer. Mais, une fois que son effet temporaire sera terminé, on aura un mouvement à la baisse du Dow Jones et une hausse de l’or. Si le cycle séculaire se répète, on peut conclure que le prix du Dow Jones atteindra une once d’or et peut-être même moins.

 

Bibliographie: Nick Laird, www.Sharelynx.com