Traduction d’une interview de Finance News Network avec Jim Rickards, de JAC Capital Advisors, au Gold Investment Symposium de Sydney.

Lelde Smits : Bonjour, ici Lelde Smits pour Finance News Network, et nous accueillons aujourd’hui le conseiller Américain de Hendg Fund Jim Rickards. Jim, bienvenue en Australie et à Luna Park ici à Sydney.

Vous venez tout juste de terminer une conférence intitulée ‘L’avenir du système monétaire international : du papier, de l’or, ou le chaos ?’. Jim, il s’agit de trois options... laquelle de ces options est la plus souhaitable ?

Jim Rickards : L’option la plus souhaitable serait probablement une forme de monnaie appuyée sur l’or. Et cela ne veut pas dire que nous nous promènerions avec des pièces d’or dans les poches. Nous pourrions avoir des monnaies papier supportées par l’or, liées à l’or d’une certaine façon. Et nous pourrions aussi avoir des politiques monétaires discrétionnaires, ces deux choses ne s’excluent pas l’une et l’autre. Alors je pense que c’est cela qui serait le mieux, car cela signifierait que les gouvernements arrêteraient de voler leurs citoyens par l’inflation.

Si vous possédez de l’épargne ou un fond de retraite, ou des revenus annuels fixes ou une police d’assurance, vous dépendez d’un revenu fixe ou d’une rentrée fixe de dollars. Si je diminue la valeur de ces dollars, c’est exactement comme si je vous volais de l’argent. Et c’est ce que les pays font à leurs citoyens, c’est ce que les gouvernements font à leurs citoyens. Les citoyens peuvent se protéger de cela en achetant de l’or, et les pays pourraient l’éviter en premier lieu en ayant un standard-or. Je crois que c’est ce qui est le plus souhaitable.

Lelde Smits : Jim, vous avez été l’un des premiers à demander que les USA retournent à un standard-or : pourquoi croyez-vous que cela soit si important et, selon vous, qu’est-ce qui retient le gouvernement américain ?

Jim Rickards : Et bien, je ne crois pas que le standard-or soit absolument nécessaire, mais nous avons besoin d’une monnaie fiable. Il est possible d’avoir de la monnaie papier fiable, si la Réserve fédérale limite l’impression d’argent, mais ce n’est pas ce qu’elle fait. Alors j’aimerais que nous étudions les possibilités pour l’or, car je ne crois pas que nous puissions automatiquement y retourner. Il y a de nombreuses questions à aborder. Donc, ce que je demande réellement, c’est d’étudier un retour potentiel au standard-or, mais ce que je souhaiterais vraiment voir, c’est un dollar fort.

Lelde Smits : Et pourquoi ?

Jim Rickards : Simplement parce que c’est de la monnaie fiable. Si les gens travaillent pour de l’argent, ils sont payés avec de l'argent, et cet argent devrait avoir une valeur fiable. Si vous en abaissez la valeur, c’est comme si vous volez le labeur des gens ou leur richesse. Et cela mine la confiance en la démocratie, cela mine la confiance dans les lois, cela peut mener aux troubles sociaux. Ce sont de graves conséquences de la dépréciation des monnaies. Les conséquences ne sont pas qu’économiques... elles peuvent mener à des problèmes sociaux qui risquent de détruire des pays.

Lelde Smits : Êtes-vous en train de dire que le chaos serait le seul catalyseur pour un retour au standard-or ?

Jim Rickards : Une fois que c’est le chaos, c’est-à-dire une perte complète de confiance dans les monnaies papier, il y a des troubles sociaux et des émeutes... quand ces choses arriveront, les gouvernements devront faire quelque chose, car ils auront à regagner la confiance. Et la façon la plus facile, la plus rapide de regagner la confiance est de retourner à un standard-or. Alors, comme je dis, ils ne voudront pas le faire, mais ils devront le faire, ce sera nécessaire.

Lelde Smits : Avez-vous une idée sur quand vous croyez que ces événements vont se produire ?

Jim Rickards : La méthode d’analyse que j’utilise se nomme ‘théorie de la complexité’, et tout théoriste de la complexité vous dira que vous pouvez comprendre le danger, vous pouvez comprendre le degré de risque, vous pouvez comprendre les mauvaises conséquences, mais il est très difficile d’en prédire l’avènement dans le temps (timing). Alors je ne pourrais vous donner une date précise. En fait, ces choses arrivent souvent de manière spontanée, c’est comme une avalanche. Vous pouvez voir que la quantité de neige augmente, elle augmente, elle augmente... et puis, un jour, tout s’effondre. Vous ne pouvez savoir avec certitude quel jour cela se produira, mais vous pouvez le voir venir. Nous voyons donc cet effondrement arriver, mais il est difficile de dire quand il se produira. Mais je ne pense pas que nous parlions de dix ou vingt ans... je crois plutôt que cela se produira dans les cinq à sept années à venir.

Lelde Smits : Le prix de l’or est tout juste au-dessus de $1,700 l’once. Vous prédisez qu’il atteindra entre $3,000 et $7,000 l’once; sur quoi vous basez-vous ?

Jim Rickards : Je me base sur la relation entre la monnaie papier et l’or physique. Ces chiffres ne sortent pas d’une boîte à surprise, je ne m’en sers pas pour provoquer ou attirer l’attention des médias, pas du tout. Si vous regardez la monnaie papier et que vous la comparez à la quantité d’or physique disponible, et ces faits sont connus, il n’y a pas de grand secret ici : divisez un nombre par l’autre et vous aurez le résultat.

Lelde Smits : Si vous êtes confiant comme vous dites l’être, quel est le pourcentage d’un portefeuille que les investisseurs devraient dédier à l’or ?

Jim Rickards : Pour l’investisseur conservateur, je recommande 10% et pour l’investisseur plus agressif, 20%. Cela surprend beaucoup de gens. Ils disent ‘ Vous savez, Jim, si vous êtes si confiant pour l’or, pourquoi pas plus, pourquoi pas 50% ou plus ?’. La réponse en est simplement que vous ne voudriez pas mettre tous vos oeufs dans le même panier. Quelle que soit votre opinion, il y a certains risques associés à l’hyper-concentration. Et il existe d’autres actifs dans lesquels vous pouvez investir pour protéger vos avoirs : des terres agricoles, des tableaux ou oeuvres d’art, d’autres métaux précieux, et vous devez aussi avoir de l’argent liquide.

Les gens sont surpris de m’entendre dire cela; ils me disent ‘ Wow, Jim, toi qui dis que ces monnaies vont s’effondrer, pourquoi nous dis-tu d’en avoir ?’. Je leur réponds qu’ils peuvent ne pas les détenir longtemps, mais qu’elles peuvent servir, à court terme, à préserver la richesse et qu’elles donnent des options. Quand vous en avez un peu plus, cela vous donne la possibilité de le convertir en d’autres actifs. J’aime bien un portefeuille diversifié qui comprend de l’or, de l’argent-métal, des terres, de l’art et des monnaies.

Lelde Smits : Jim Rickards, nous vous remercions grandement pour vos éclaircissements aujourd’hui.

Jim Rickards : Merci, Lelde.