Après avoir augmenté ses réserves officielles d’or pour la première fois depuis presque deux ans (depuis octobre 2016) en décembre, la Chine semble s’être jointe à la ruée mondiale, en augmentant ses réserves d'or pour un troisième mois consécutif, en février, à 60,26 millions d’onces.

 

 

La Chine est longtemps restée silencieuse au sujet de ses réserves d’or, alors que de nombreux pays se détournent du dollar US. 

 

 

La valeur des réserves d'or du pays a atteint 79,5 milliards $, soit une augmentation de plus de 3 milliards $ par rapport à la fin de l’année dernière.

 

 

Goldman Sachs considère les achats des banques centrales comme un soutien à ses perspectives haussières pour l’or, dont elle voit l'once atteindre 1 400 $ d’ici six mois. 

La Chine essaie aussi de "diversifier ses réserves" en se détournant du dollar US, selon Jeffrey Halley, analyste de marché senior chez le courtier en devises OANDA. L’analyste a déclaré au South China Morning Post que la situation politique mondiale, notamment la guerre commerciale avec les États-Unis, incitait la Chine à acheter de l’or comme "valeur refuge".

Tout comme en 2015-2016, il semble que la Chine réduise son exposition aux bons du Trésor américain, tout en augmentant ses réserves d’or…

 

  

 

En janvier, la Chine est tombée à la sixième place des plus gros détenteurs de métal jaune, derrière la Russie. Avec 67,9 millions onces d’or, la Russie occupe désormais la cinquième place, derrière les États-Unis, l’Allemagne, la France et l’Italie.

L'achat de 10 tonnes d’or en février fait suite à l'ajout de 11,8 tonnes en janvier et de 9,95 tonnes en décembre. Soit un total d'environ 32 tonnes sur les trois derniers mois. Si la Chine continue d’accumuler du métal précieux à ce rythme en 2019, elle pourrait finir l’année en tant que deuxième plus gros acheteur après la Russie, qui a ajouté 274,3 tonnes d’or à ses réserves en 2018.

Enfin, le montant des achats d’or est beaucoup moins important que le signal qu’ils envoient – pourquoi la Chine a-t-elle décidé que le moment était venu d'admettre publiquement que ses réserves d'or augmentaient ?

Après des mois de stabilité du yuan par rapport à l’or, le quatrième trimestre 2018 et le premier trimestre 2019 ont vu la Chine laisser l’or s’apprécier par rapport au yuan (même si la semaine dernière a vu le yuan se renforcer contre l'or).

 

 

On peut se demander si Alasdair Macleod n’avait pas vu juste quand il a déclaré que si le Yuan remplaçait le dollar pour le commerce chinois, les officiels devraient l’adosser à l’or :

"En cas d'instauration d'un système monétaire sain en Chine, il est difficile de voir comment les États-Unis pourraient rivaliser. Les finances du gouvernement américain sont en piteux état, et un retour à une monnaie saine nécessiterait une réduction des dépenses gouvernementales que tous les observateurs jugent politiquement impossible. Le gouvernement chinois n’a pas ce problème, et l'objectif d’une émission "jumbo" d'obligations adossées à l’or n’est pas tant de lever des fonds, mais bien de sceller une relation de prix entre le yuan et l’or.

Que la Chine mette en place son plan ou non, une chose est certaine : la prochaine crise du crédit se produira et aura des conséquences majeures sur tous les pays qui utilisent des systèmes de monnaie fiduciaire. La question des taux d’intérêt, en raison des montagnes de dettes contractées par les gouvernements et les consommateurs, devra être résolue, avec toutes ces économies occidentales irrémédiablement empêtrées dans le piège de dette. Les obstacles à la mise en place d'une politique monétaire saine semblent tout simplement trop importants pour être surmontés.

En fin de compte, un retour à une monnaie saine est une solution qui fera moins de dégâts que des devises fiduciaires qui perdent leur pouvoir d’achat à un rythme accéléré. Pensez au Venezuela et à la façon dont une monnaie saine permettrait de résoudre ses problèmes. Mais ce chemin est barré par un gouffre qui menace d’engloutir des gouvernements entiers. Essayer de gagner du temps en injectant encore plus d’argent dans une économie souffrant d’une crise du crédit ne fera que détruire la monnaie. Cette tactique a fonctionné pendant la crise de Lehman Brothers, mais l’opération fut menée avec une gestion serrée. Il serait improbable que cela fonctionne à nouveau. 

Étant donné que l’économie de la Chine a connu une expansion de la dette au cours des dix dernières années principalement axée sur la production, si elle n’agit pas bientôt, elle fera face à un effondrement, avec des industries en faillite et une explosion du chômage. La Chine n’offre presque pas d’aide sociale et, sans une répression de type maoïste, elle risque non seulement de voir ses plans mal tourner, mais aussi de subir le mécontentement et la révolte du peuple. 

Pour la Chine, un étalon-or (yuan convertible en or) est désormais le seul moyen de s'en sortir. Elle devra aussi réfuter fermement ce que les universités occidentales ont enseigné à leurs étudiants les plus brillants. Mais si la Chine agit tôt et de manière ferme, elle sera la dernière debout lorsque la poussière retombera, et nous, les autres, dans nos États-providence financés par la monnaie fiduciaire, devront manger la poussière de nos monnaies malsaines."

Le "signal" de la Chine est-t-il un avertissement explicite de la fin de l’ère du dollar, qui existe depuis août 1971, lorsque l’or, en tant que monnaie ultime, fut chassée du système monétaire ?

En fait, c'est exactement ce qui se passe, car pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et encouragées par la crise financière mondiale de 2008-2009, les banques centrales ont commencé à se diversifier agressivement dans l'or et à se détourner du dollar américain...