Le bras de fer judiciaire continue autour des 30 tonnes d'or du Venezuela entreposées à la Banque d'Angleterre (BoE).

Considérant que le gouvernant britannique pouvait continuer à reconnaître de facto l'administration de Nicolas Maduro, président élu et toujours au pouvoir au Venezuela, en dépit de sa reconnaissance politique de l'opposant Juan Guaido comme "président par intérim", la Cour d'appel de Londres a annulé ce 5 octobre le jugement rendu en juillet, et ordonné une enquête approfondie pour déterminer lequel des deux hommes avait la légitimité pour accéder aux fonds du pays.

Le 2 juillet dernier, un juge britannique avait estimé qu'en tant que "président par intérim" du pays, c'est à l'opposant vénézuélien Juan Guaido que la Grande-Bretagne devait rendre l'or. Une décision qualifiée "d'absurde" à l'époque par la Banque centrale du Venezuela (BCV), qui avait fait appel. "La BCV fera immédiatement appel de la décision absurde et inhabituelle d'un tribunal anglais qui vise à priver le peuple vénézuélien de l'or dont il a un besoin urgent pour faire face à la pandémie de coronavirus", pouvait-on lire sur le compte Twitter de l'institution.

Depuis la reconnaissance de l'opposant Juan Guaido, figure contestée, y compris au sein de l'opposition vénézuélienne, en tant que président par intérim du pays en février 2019, la Banque d'Angleterre a systématiquement refusé à Caracas de lui rendre une partie de ses réserves d'or. Le Venezuela a effectué plusieurs demandes pour récupérer l'équivalent d'un milliard de dollars (environ 891 millions d'euros) de lingots, tandis que Juan Guaido, président autoproclamé du pays, a écrit à deux reprises à la BoE pour lui enjoindre de rejeter ces demandes de Caracas.

Face aux refus de la BoE, la Banque centrale du Venezuela a donc fini par assigner la Banque d'Angleterre devant un tribunal, faisant valoir qu'elle avait besoin de ces fonds pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Le défenseur du conseil d'administration alternatif de la BCV, nommé par Juan Guaido et invalidé par la Cour suprême, avait de son côté mis en avant le risque que l'or du pays soit dilapidé au profit de ses dirigeants. Afin de prouver sa bonne foi, la BCV avait proposé en avril que l'or soit transféré directement au Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), qui s'est dit disposé à l'envisager sous conditions.

Sarosh Zaiwalla, avocat de la BCV, s’est réjoui de la décision prise ce 5 octobre, estimant que le premier jugement avait conduit à "une situation totalement irréaliste" dans laquelle le trésor "était remis à un groupe d’individus vivant hors du Venezuela et que la Cour constitutionnelle du Venezuela avait déjà jugé sans autorité légale".

 

 

L'affaire va maintenant être renvoyée devant la Haute Cour, qui devra déterminer qui doit disposer de l’or vénézuélien détenu à la Banque d'Angleterre.