Les principales banques du Liban ont commencé à renforcer leurs mesures informelles de contrôle des capitaux ce mois-ci, réduisant de moitié le montant de dollars que les déposants sont autorisés à retirer chaque mois, malgré la colère grandissante du public.

Confrontées à une pénurie de liquidités en dollars, les banques ont imposé des restrictions sur les retraits et les transferts de dollars vers l'étranger depuis septembre, dans un contexte de protestations anti-gouvernementales généralisées et de crise économique, la pire que le Liban ait connue depuis des décennies.

Les retraits hebdomadaires étaient initialement fixés à 1 000 $. Mais cette limite, qui varie d'une banque à l'autre, a rapidement été abaissé à quelques centaines de dollars par semaine, alors que la plupart des transferts vers l'étranger ont été interrompus.

Trois grandes banques contactées par l'AFP lundi ont déclaré avoir réduit de moitié la limite de retrait depuis début février, certaines plafonnant le montant à 600 $ par mois.

Plusieurs banques ont autorisé des plafonds légèrement plus élevés aux déposants disposant de 100 000 $ sur leurs comptes, ont indiqué les clients sur les réseaux sociaux.

Même les déposants avec plus d'un million de dollars sur leurs comptes ne peuvent pas retirer au delà de 2 000 à 3 000 $ par mois.

Le contrôle informel des capitaux a déclenché l'indignation des Libanais, dans un pays en proie aux protestations, où un mouvement antigouvernemental lancé le 17 octobre se révolte contre les politiques bancaires.

"Ces nouvelles mesures illégales prises par les banques viennent avec la bénédiction politique du nouveau gouvernement", a déclaré l'activiste Lucien Bourjeily.

Le nouveau gouvernement, formé le mois dernier, devrait présenter cette semaine son plan de sauvetage.

Les experts et les manifestants affirment que les contrôles informels équivalent à une "décote" de l'épargne, car ils obligent les déposants de dollars à faire des transactions dans la livre libanaise, qui s'effondre.

La monnaie a plongé face au billet vert sur le marché parallèle des changes, bien que le taux officiel fixé par la Banque du Liban (BDL) depuis 1997 (1 507 livres pour 1 dollar) reste inchangé.

Le mois dernier, le directeur de la banque centrale, Riad Salameh, a déclaré avoir convenu avec les bureaux de change d'un plafond de 2 000 livres pour 1 dollar, mais plusieurs bureaux de change continuent de pratiquer un taux d'environ 2 200.

Le mois dernier, M. Salameh a demandé des pouvoirs exceptionnels afin d'autoriser les banques à fixer des limites de retrait, ce qui n'a pas encore été officiellement validé par le gouvernement.